‹ Discours sur l'action de Marie dans la Société prononcé devant l'Union catholique de St. Hyacinthe le 8 décembre 1872 [microforme]Chapitre 13 sur 23 · TERRES · texte numérisé non relu

TERRES

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Cependant les processions, lies pelérinages continuaient sur le théâtre du prodige. Les guérisons miraculeuses se multipliaient. La presse irréligieuse était en fareur. Le conseil municipal de Lourdes ordonna de faire une analyse de l'eau de la source dans l'intention de voir si elle avait quelque vertu médeécinalo qui enlèverait aux guérisons leur caractère surnaturel. Un des premiers chimistes de la France, le professeur Filhol, est charge de cette opération, et la conclusion de son rapport est que cette eau ne renferme aucune substance capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.

La superstition, comme on l'appelait, était victorieuse de tous les moyens dont on s'était servi pour la combattre. Il ne restait plus que la violence ; on l'employa. Il faut en finir à tout prix. écrivait le ministre des Cultes ; et bientôt un arrèté du Préfet défendit, sous de rigoureuses amendes, de prendre de l'eau à la source et de se rendre auprès de la grotte, dont une barrière empècherait l'accès. Alors on vit un singulier ct touchant spectacle. Des malheurenx venus de loin, en proie à la paralysie. à la cécité, à d’autres tristes infirmités que la médecine abandonne, se rendaient auprès de la barrière, et élevaient leurs mains et leurs voix suppliantes vers la grotte où Marie s'était montrée. Bientot les foules se pressaient en ce lieu même, et en attestant leur foi en la réalité de l'apparition de la Reine du ciel, olles protestaient contre la mesure vexatoire du gouvernement. Souvent la clôture était violée, et l'on trouvait moyen de monter à la grotte, et de puiser à la sourec.

Incapable de maitriser 6e mouvement religieux, le ministre demande à l'Evèque de Tarbes de réprouver ce qu'il appelait los scènes scandaleuses de Lourdes. L'autorité ecclésiastique, qui n'était intervenue en rien jusque là, refusa avec énergie de se rendre au désir du ministre; mais croyant qu'il était temps pour elle d'agir, elle institua une commission canonique, chargée d'examiner tout ce qui s'était passé depuis le premier jour de l'apparition ; et sur le rapport que cette commission Ini adrossa. confirmé par celui de médecins nombreux appolés à jugor du caractère des guérisons qui avaient en lieu, l'Evêquo dans un

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mandement proclama la realité de l'apparition de la Ste. Vierge, autorisa le culte de Notre-Dame de Lourdes, et l'érection d’un sanctuaire sur le terrain de la grotte merveilleuse.

Cependant l'Empereur avait été mis au fait de tout ce qui s'était passé à Lourdes. Avec une sagesse dont il s’écarta trop depuis, il vit qu’il n'avait rien à gagner à froisser le sentiment religieux des populations. Il révoqua l'arrêté prohibitif du Préfet. Le commissaire de police qui avait placé la barrière fut forcé de l'enlever aux regards d’une foule immense, aceourue pour être témoin de cette réparation, Bientôt on se mit en frais de construire l'Eglise demandée par la Vierge de l'apparition : la ville de Lourdes en concéda le terrain à lEvêché, et le ministre des cultes fut contraint d'autoriser cette transaction. Le temple s'est élevé, et il est dans ces jours le sanctuaire le plus fréquenté du monde,

Bernadette à triomphe de tout. EHe s'est éloignée du théatre où une gloire immortelle s'est attachée à son nom ; elle s’est vouée à Dieu dans une maison religieuse pour y donner ses soins aux pauvres et aux malades,

Les guérisons produites par Et source qu'elle à ouverte se sont multipliées. Un jour, un homme, auteur de quelques opuscules religieux, mais dont la renommée etait fort restreinte, atteint d'une maladie d'yeux qui ne lui permettait ni de lire, ni d'écrire, est prié par un de ses anis protestants d'avoir recours à l'eau merveilleuse. Il est guéri instantanément, En reconnaissance, il composa l'histoire de Notre-Dame de Lourdes. Il n'est aucune épopee, aucun drame, aucun roman qui offre un si saisissant intérét que la lecture de ce livre, où se révèle d’ailleurs le talent d’un écrivain supérieur. Trente-cinq éditions enlevées en trois ans, en attachant une grande gloire au nom de l'auteur, M. Henri Lasserre, ont fuit connaitre aux deux mondes les merveilles

opérées à Lourdes.

De toutes parts on invoque la Vierge qui est apparue en ce lieu : on demande de l'eau miraculeuse : fréquemment encore

des guérisons s'accomplissent ; une foule de pélerins de la France

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et des diverses contrées de l'Europe viennent jouir du bonheur de contempler le théâtre de l’une des plus grandes merveilles qui se soient vues dans le monde. Mais Notre-Dame de Lourdes vient de recevoir l'hommage le plus glorieux et le plus solennel dans un événement qui a quelque chose de prodigieux, et dont la trace éclatante se retrouvera dans l’histoire.

On a voulu que la France entière, dans un pélérinage auquel par de nombreuses députations, prendraient part les villes diverses de cette contrée, attestàt sa foi à l'apparition de la Sainte Vierge et à ses suites miraculeuses, eten même temps sa confiance en la Reine du Ciel et de 1 terre qui avait donné un tel témoignage de su bienveillance. Ce projet avait contre lui les frais et la longeur d'un voyage à une extrémité du pays. les railleries et les dérisions des journaux si multipliés de la presse irréligieuse, et la crainte d'un renouvellement des insultes et des violences qui avaient eu lieu récemment, à Grenoble et à Nantes, contre des pélerins revenant de la Salette où de Lourdes même. Ce dessin est toutefois adopté partout avec enthousiasme : le pélérinage est tixé au 6 Octobre, fête de Notre-Dame du Rosaire.

Lourdes n'est qu'une fort petite ville; mais avec une Olga Is tion d'une si admirable habileté, on y tit des préparatifs pour y recevoir des visiteurs dix fois plus nombreux que ses propres hubitants. Tout fut dispose au lieu de Fapparition pour satisfaire la piété de l'immense multitude que l'on attendait, Trente deux uutels furent dressés dans l'Eglise non encore entièrement achevéc, élevée à la demande de Marie, etsur le terrain adjacent, pour que tous les fidèles pussent participer aux saints mystères. Dans les jours qui précédèrent la grande solennité, la pluie tombait par torrents. Voici cependant que dès la veille des chirs venant de toutes les directions amènent des milliers de pélerins. Le lendemain 100 mille hommés se trouvent réunis devant la grotte visité par l'auguste Mère de Dieu. Trois cent bannières aux plus

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sclatantes couleurs, aux plus riches decorations brillent de toutes parts. C'est un spectacle grandiose, magique, dont la beauté se joint à celle de ce lieu d’une situation pittoresque admirable.

Lu cérémonie s'est accomplie avec l'ordre le plus parfait. Le plus religieux silence s'est maintenu pendant les offices sacrées et pendant les serons qui ont été entendus. L'un des prédicateurs en cette fète solennelle a été le R. P. Chocarne, Provincial de l'Ordre des Dominicains, qui a visité deux fois St. Hyacinthe dans ces dernières années, et dont la parole s'est fait entendre dans quelques chapeiis € notre ville. Les fêtes de Lourdes ont duré trois jours. ‘in signalé aucun désordre, aucun accident,

On le sent Mauie ue: ut donner un complément à cette fète dans quelque merveill: de sa puissante bienfaisance. Des guérisons miraculeuses ont eu ou; core autres celle d'une jeune fille qui ctuit sourde muette de naissai e En se lavant à la fontaine. elle jeta un grand cri en entendant les cloches et les voix de la multitude, et elle commença à bégayer des paroles qui sont devenues de plus en plus distinctes. Des milliers de personnes l'ont vue et entendue; et afin que rien ne manquät à la contestation du miracle, la Providence, avait permis que, quelque temps auparavant, un médecin expérimenté, maire d'une ville importante, représentant un département à l'Assemblée nationale, et animé d'un esprit hostile à l'Eglise, ait donné à cette personne dans le but de la faire entrer dans une institution de sourdes mucttes, un certificat attestant que sa surdité était tout-a-fait incurable.

Les plerins sont retournés dans leurs villes avec l'expression ‘l'ure entière satisfaction ; les journaux ont redit tous les détails de cette fète si grandiose, dans des récits qui ont excité Je plus vif intérét chez les catholiques des deux mondes.

Quelle étonnante histoire que celle dont ies faits se deroulent, depuis le cri d'admiration de Bernadette tombant à genoux devant la Vierge qui apparaissait pour la première fois, jusqu'à cet hommage si extraordinaire de cent mille pélerins, accourus de toutes parts, répétant ce cri à la présence de la Reine du Ciel, rendue sensible pour eux par tontes les merveilles quelle a opérées.

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Maintenant dans quel but a été fait ce pélérinage à Notre Dame de Lourdes ?

Il y a deux ans, à pareil jour, en ce lieu méme, dans une semblable réunion, j'exposais les malheurs ct les humiliations de la France subissant alors l'invasion prussienne ; et exprimant les motifs de l'espérance que nous pouvions entretenir de revoir cette nation qui nous est si chère, reprendre sa gloire et sa puissance, je disais : ‘“ Que n'a-t-on pas à attendre de celle, qui est bénie entre toutes les femmes, et qui a montré à la France une prédilection spéciale, en faisant de ce pays, dans ces derniers temps, le théâtre d'étonnantes merveilles dans l'ordre physique et moral, à Notre-Dame des Victoires, à la Salette, et plus prodigicusement encore près de la ville de Lourdes.” C'est ce sentiment qu'a exprimé la démonstration si solennelle qui vient d'avoir lieu. Les glorieux hommages qui ont été rendus à Marie, les supplications ardentes qui se sont élevées vers elle dans le sanctuaire dont elle a demandé l'érection, ont eu pour but d'obtenir son intervention puissante en faveur de la réhabilitation de la France dans sa foi religieuse, dans sa tranquillité publique, dans sa gloire nationale.

Sur quoi une espérance de cette nature pourrait-elle s'appuyer ? Sur des faits solennels où l'action de Marie a éclaté, et sur un ensemble de considérations religieuses etsociales. La discussion qu'un tel sujet appelle n'est-elle pas digne d'un vif intérèt ?

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