RÉ LÉ SES 28 SR
Tonte association suppose un accord de rt he peut y avoir d'union que ai l'on a des Pracipes communs ; on ne tend à un mêmé but que par d'une participation aux mêmes idées. Comment: 1e membres d'une même société travailleraient-ilé dé concert, si l'un trouve boï cé qué l'autre par comme mauvais, s’il n'y a pas entente sut l'honn où l'utilité de la fin et sur l'efficacité des moyens ? |
Eh bien! on ne peut s'accorder gne sur là vente. Le vrai, c'est ce qui est; l'esprit de l'hotiie ne. pes, n invente pas la vérité : il la recoit, il est à son égard: elle lui est imposée ; il peut la cherchet, ce qui suppose qu'elle existe, mais ne Ja crée point. On conçoit que la a vérité étant présentée avec les caractères qui l'établissent et qui peuvent fraphet enmême temps riombre d'intélligences, toute une association l’adopte. Ii n'en est pas ainsi de l'érrpur. Le faux, c'est ce gare ‘pas. C'estun produit de la faiblesse de l'esprit. Chaque intelligence formers sa théorie, son ordre d'idées, sa conviction selon 4 prédispositions, ses : ses passions qui l'aveuglent, ouh puissance d'une influence étrangère à laquelle elle serait soumise. Des causes diverses agissant sur les esprits divers, lé résultat ne saurait être uniforme: Les idées de l'an ne seraient pas les idées de l'autre, et si chacun tient à la conviction qu'il s’est formée et à laquelle il s'attachera d'autant plus, qu'elle servira davantage son amour propre et ses intérêts du moment, alors il y aura nécessairement une divergeñice d'opinions qui amènera la division. D'ailleurs le défaut de convictions communes pre-
duira bientôt le manque de cette estime qui doit se trouver entre les membres d’une association. Voici un homme animé d'idées tout à fait opposées aux vôtres sur des points importants: vos relations avec lui ne font que montrer l'opposition de son intelli. gence à la vôtre ; la discussion n’amène point cheg lui une adhésionà vos pensées. Vous croyez avoir la vérité pour vous: ne devez-vous pas être portés à eroire en lui à une faiblesse intellectuelle, à un trsvers d'esprit, ou bien à une passion qui aveugle, à an amour propre qui ne veut pas céder, à une volonté plus ou moins pervertie qui refuse d'ouvrir les yeux, ou qui ne veut pas avouer une erreur pourtant évidente? Eh bien! cet homme vous inspirere-t-il äne confiance qui vous portera à vous associer à Jui ?
Si toutefois des hommes d'opinions diverses forment üne union, alors qu'arrivera-t-il? Toute idée tient à être mise en pratique, elle veut agir; la différence des idées devra faire tendre à des actes divers; chacun voudra réaliser ses desseins; de là l'impossibilité d’une action commune, et par conséquent la rupture de l'association formée.
Toute division vient de l'erreur; celle-ci qui est, comme je l'ai dit, le produit de l'esprit prepre, ne peut frapper également les intelligences et obtenir une adhésion commune. Les hommes se divisent parcequ'ils ont des passions opposées; ces passions sont erronées, elles croient voir la beauté, le bonheur, là où ils ne sont pas. Si le pur amour de la vérité animait les cœurs, on la rechercherait avec empressemont, on la trouverait avec, facilité et il n’y aurait plus de matière aux luttes et aux querelles.
La vérité est donc nécessaire à toute association qui veut se maintenir.
Il n'y a au reste de bonheur, de paix, d'ordre que par elle.
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Ici remontons aux principes les plus relevés.
La vérité, c'est Dieu. Deus veritas est. La vérité œ’est la manifestation de la sagesse, de la puissance, de la volonté divine. Toute erreur, je parle d'erreur d'idées, de principes, est implicitement une négation de Dieu, car elle blesse l’un de ses attributs. Elle attaque sa sagesse, sa justice, sa bonté ; elle se met en opposition avec ce qu'il a fait connaître de lui-même ou avec l'ordre qu’il a établi pour le gouvernement du monde.
Dieu veut que la vérité soit connue, propagée. Répandre l'erreur, faire adopter comme vrai se qui est faux, c’est un attentat à la couveraincté de Dieu sur les esprits. Croire le contraire de ce que Dieu a fait connaître par les lumières de la raison ou celles de la révélation, c'est le démentir; par conséquent nier son autorité, c'est-à-dire sa divinité. L'erreur, eoupable ou non, est toujours une flétrissure dans l'intelligence qui en est le sujet ct qui par là-même devient moins agréable à ses youx. |
D'ailleurs l'erreur est presque teujours volontaire dans sa cause : c'est un attachement à un préjugé formé et entretenu par les passions, un amour propre qui ne supporte pas de contradiction, un désir de voir prévaloir ses idées, en un mot un vice de la volonté, qui produit l'obseurité dans l'intelligence ot empêche la lumière de la vérité d'y pénétrer. Une dégradation morale amène souvent un affaiblissemont intellectuel ; quand le cœur tend au mal, la vérité attire difficilement l’esprit ; celui-ci au contraite s'éloigne d'elle, car il appréhende de sa part une
condamnation qui l’humilie. Voilà pourquoi Dieu punit souvent l'erreur; car il y trouve presque ioujours non pas une ignorance plus ou moins excusable, mais l'effet d'une perversité de la volonté qui provoque sa vengeance.
. Au reste l'érréur elle-même conduit nécessaire tent à.ce qui est mal : elle produit le désordre : c'est uñe vois où l'on s'égare et dans laquelle on aboutit à
ur précipics ; a jouinsane qu'elle samble quelquefois dônner ne saurait être que passagère : elle amène tôt Gu tard le trouble qui inquièté et agite. Lors mêmg due l'on serait sincèré, on ne saurait en définitiye trouver le bien où est le faux. La vérité suprèr
rio peut permettre que l'erreur qui la blesse conduis à la félicité. Le bonheur, c'est la poion. de vrai. L'intelligence est faite pour connaître la vérité; elle jouit quand elle a atteint son objet ; d'eut ls satisfaction de l'œil s'ouvrant à la lumiére. Et Etre blessé de la vérité, c'est alors aimer l’erreni pour elle-même; c'est avoir le goût du mal, d'eul porter lé caractère de Satan, le père du mensonge, La recherche de la vérité est un devoir prescrit pa la loi naturelle ; la conscience le dicte à tous... Or
vérité, elle so trouve dans tous les ordres des connaigsances humaines. Il no saurait exister aucun objet des recherches de l'esprit où l'on né rencontre la vérité soit affirmativement soit négativement. Rien 26 és doné être indifférent sous: ce rapport. Oetle mesure, cette opinion, cette théorie que l’on soutient, due l'on propage est nécessairement vraie ou fausse ; elle a nécessairement un effet bon où mauvais.
or 278
‘1'Maïntéant vous figures-vous un homme qui ne prend pas ces principes en considération quand ik agit: ce qu'il cherche, c’est la satisfaction d'un intérêt, d'uné passion. Il doit se dire : coque j j'avance, co que je soutiens, c'est ou éé peut être une erreur; la sagesse divine én péut être blessée, je puis enléver le bien de la vérité aux intelligences auxquelles je m'adresse ; je puis contribuer à faire dévier une partie de la société de la voie de l’ordre et par conséquetit du bonheur. Qu'importe si je parviens à repaîtté mon orgueil, à assouvir ma haine, à contenter ma. tonvoitise ? Est-ce là le langage d'un homme honnéte, d'un homme avec lequel on voudrait s'associer ?
Ne reconnait-on pas encore dans cette disposition le Caractère de l'opération dixbolique? Il y a de la part de celui qui répand l'erreur dans la société tn renouvellement du rôle joué par l'ennemi du getire humain au paradis terrestre.
Voyez-vous le serpent? comme il nie la vérité et affirme la fausseté ! —Si nous mangeons de ce fruit, dit la fomnié, nous mourrons.—Nullement vous ne mourrez point. Noû, digént les propagateurs des fausses doctrines, non, vous i'avez rien à craindre’eu aéquiesçant à now paroles: Méprisez les vaines prohi: Bitionis de l'autorité réligieuse où sociale ; :' seconez le joug et soyez libres de tout fréini. ‘
Vous serez comme des dieux, avait affirmé le serpent.—Vous aurez la richesse, le plaisir, la félicité, vous serez maîtres; tout ira à vos souhaits, répètent les inspirés de satan.
Le fruit défendu a 6t6 mangé, le genro humain eondamné à la misère et à la mort, et voici six mille ans que les hommes sentent l'exécution de cette terrible sentence.
Que deviennent ceux qui ont cru aux paroles des menteurs? allez le demander à tant de victimes des catastrophes et des fléaux qu'ont amenés les erreurs religieuses et sociales.
Voyez au dernier siècle le parole d'une philosophie trompeuse crue si facilement par la faiblesse intellectuelle de cette époque. Elle avait promis la félicité dans la jouissance de l’orgueil et des cens. Le joug de l'autorité religieuse est socoué, ses prescriptions méconnues. Eh bion ! le mensonge produit lo désordre, la terreur, la mort. Les fausces doctrines ont régné: plus de justice, de morale, d'honnétoté . tout est bouleversé ; il n’est plus d'autorité qui maintienns l'ordre social ; Ja force brutale s seule l'empire, cll> répand partout l'épouvante : l'échafaud re dresso dans tor. ‘es les cités, la hache qui coupe los têtes est
en opération permanente, elle immole des milliers de
victimes ; toute une nation est inondée de flots de sang
Oui l'erreur, jetée dans la rociété voilà ce qu’elle produit. Qui n’en appréhenderait les euites funostes ? Par conséquent, il faut prendre garde d’être les propagateurs du faux, même eans le vouloir. Or ne pas faire d'effort pour connaître la vérité, avancer au hasardtoutes sortes de propositions ans s'être assuré qu'elles ne contiennent aucune errour, c’est s'exposer à la responsabilité du mensonge et à toutes ses sonséquences désire nes:
Après ces observations générales, il nous faut entrer dans quelques considérations sur les différents ordres de choses où il importe davantage de connat-
tre et de défendre la vérité.
si tête de tout est l’ordre religieux. C'est en luï qauese concentrent nos intérêts éternels. Que devonsnous être après notre passage si rapide sur cette terre 7 L'idée de l’anésntissement nous répugne:; nous sontoms en nous le désir et l'espérance de l'immortalité de nos Ames. Mais quel sera le sort qui nous est résorvé au delà de notre existence terrestro ? Voilà la question qui domine toutes les autres et qui no s'éclaircit pour nous qu'aux lumières de Ia religion. (Oelle-ci nous dit les dessoins du Créateur à notro égard, l’éternelle destinée qui nous attend et les moyens d'y atteindre. I! suit de là que tout ce qui se rattacho à 1a religion, a la plus haute importance, doit exciter le plus vif intérêt et devenir pour nous l'objet d’une sollicitude qni nous mette à l'abri d'erreurs dont les suites seraient si déplorables.
Mais d’ailleurs l’ordre religieux est le fondement de l'ordre moral et de l’ordre social. Une morale sans religion est une chimère, car ce serait un édifice sans fondement, Une société sans morale ne saurait non plus exister; conçoit-on en effet une société composée de membres qui ne reconnaitraient aucun frein à leurs passions et n'auraient en tout pour mobile que la cupidité personnelle à satisfaire à tout prix? Sous ce point de vue encore on doit sentir combien ilimporte d'éviter toute erreur relativement. à la religion.
T1 est des hommes indifférents aux questions æeligieuses, ils les excluent des discussions sociales. Par préjugés, per passions, où par suite de l'influence des fausses doctrines qu'ils ont reçus, ils se sont #ormé des théories, des systèmes qui contredisent Certains points des dogmes chrétiens ; ils ne s'en mettent nullement en peine; Îls né se gènent point d'émettre des principes, des idées, des assertions qui aftaquent plus ou moins directement la révélation. Si on les juge capables de quelque logique, il faut Aébeusstrement ponser qu’ils ne croient pas à la vérité zoligiouse. és pan es ils admettent sans doute l'existence d’un Dieu Oréateur, mais où dirait qu'ils se représentent l'Être infini en sagesse disant aux hommes : Honorez-moi, où méprisez-moi ; aimez-mol ou s0ÿez indifférents à mon égard; cela ne'm'importé nullement, agissez <omme vous voudrez; faites le bien ou le mal je n'en tiens pas compte. dl ess Eu
‘ L'absurdité est trop évidente : aussi on dit : sans doute l'homme doit honorer son Créateur, mais chaeux selon ss manière de voir. 0"
Ainsi le Seuvage qui adore un vil et hideux reptile, ou une pierre brute ;le payen qui se livre à mille infatnies pour Honorer ses idoles ; le Musulman qui éroit que Dieu a révélé à Mahomet toutes les absurdités du Coran ; le Protestant qui méprise l'Eglise ét no ferait nulle difficulté de "profaner l'hostie consécrée, et le Catholique qui regarde le Pape comme le Vicaire du Ohrist et rend adoration à Ia divinité qu'il croit présente sous les symboles eucharistiques:
tous ces hommes aux cultes divers rendent un hommage:6gal au Dien-trois fois Saint. Du haut de son trône le:Créateur-dit à tous: je suis satisfait de vos sotes; qu'ils soient-bons ou mauvais,'inspirés par ls vérité ou l'erreur, qu'ils expriment les idées les plus opposées. à l'égard de ma sainteté, de ma justice, de ma sagesse, n’importo, ils m’honorent tous également: continuez cette bigarure de cultes: quelque faux ‘ét même ridicules qu'ils puissent être, cela est un spectacle qui: réjpuié. mes régards ‘et satisfait mon QŒur.
‘Voilà comme soil le Dieu des indifférents. Pourquoi faut-il croire qu'ilse trouve des hommes dont l'intelligence se plaise à une telle aberration ?
Messieurs, Dieu est vérité ; il ne‘peut que vouloir la vétité; l'erreur le blesse essentiellement, il ne peut la souffrir. Aussi 'il'à fait connaître ia vérité; etil doit nécessairement vouloir qu'elle soit adoptée parles. esprits et que les hommes conforment'lour conduite.à ses enséignemedts. Sous peine’dé' subir sans cesse les mépris de sa créature, il doit punir ceux qui repoussent la vérité et qui empêchent les autres de la connaître.
Cette théorie seule satisfait l'intelligence.
Il y a donc une religion; révélée par un Dieu essentiellement bon, elle doit faire le bonheur de ses créatures; donc quiconque l'attaque par une fausse doctrine est un ennemi du vrai etdu bien, un ennemi de Dieu et des hommes.
La vrai religion unit ; le catholicisme seul forme une société religieuse ; en lui les esprits sont unis par la participation aux mêmes croyances ; hors de lui il y a bien des aggrégations d'hommes liés entre eux jusqu'à un certain point par certaines idées religieuses générales, mais ne s’accordant nullement sur un ensemble de dogmes positifs, et à cause de cela
0 fractionnant bientôt en sectes qui se contredisent etse combattent; de sorte qu'ils ne sauraient composer entre eux une société ayant un caractère d'unité et de permanence.
Nous, catholiques, nous formons la société ls plus nombreuso du monde; nous sommes parfaite- ment unis de croyance sur tous les points etily sa plus de 18 siècles que nous subsistons sans avoir subi aucune altération dans l'objet de notre foi et de notre espérance. Ah! voilà bien ce qui démontre que c'est la vérité qui fait l'union et cela même est an des caractères les plus expressifs de la divinité de notre religion.
J1 faut done savoir apprécier la vraie religion, son influence sociale, le bonheur qu'elle produit et par conséquent il faut l’étudier, la défendre au besoin, et prendre garde de porter atteinte à ses enseignements. Emettre une assertion qui l’atteint, c'est attaquer la vérité, attaquer Dieu même.
Aussi voyez l'Eglise; comme elle est jalouse au sujet de la conservation intacte de toutes ses doctri- : nes, elle ne peut souffrir aucune erreur; car sa mission est d'affirmer la vérité.
Il y 8 quelques années, à pareil jour, son chef, qui se dit l’organe de Dieu avait proclamé au milieu du plus auguste concours et avec l'appareil le plus solennel un dogme qui touche essentiellement aux plus profonds mystères de lareligion. En déclarant Marie Immaculée, il attestait et réclamait la foi à la révélation enseignant la chute de l’homme et la rédemaption du Christ. Plus de 200 millions d'’intelligences humaines, avec des accents de joie qui ont retenti par tout le monde ont dit : Credo, je crois.
Jamais on avait mieux vu la force de la grande union catholique, et c'est un hommage au dogme même qui fut proclamé alors que vous rendez en ce moment par cette réunion formée sous les auspices de la Vierge dont vous honorez la conception immaculée pour vous conserver dans une pureté de foi que la tache d'aucune erreur ne souille. La vérité, elle doit être immaculée et vous faites honorablement profession d'être les champions ds ce caractère qui fait son essence ; car l’altérer, c'est la détruire.
Le même chef de l'Eglise qui a proclamé le dogme de l’Immaculée Conception, il y a onze ans, a donné, l’année dernière encore, à pareil jour, une autre preuve de sa fidélité à sa mission, qui est de maintenir la vérité. Jo veux parler de cette Encyclique qui a con-
damné tant de doctrines erronnéos.Les débats les plus
animés avaient lieu sur toutes les questions qu'elle
a touchées et qui intéressent au plus haut point
l'ordre social. De funestes erreurs se propageaient
partout; nombre d’esprits s’en laissaient dominer.
Mais le gardien de la vérité apparaît ; il s'assiod ma-
jestueusement dans cette chaire d'où naguères il a
fait entendre une doctrine qui a eu un si éclatant
triomphe. Je vois se dérouler entre ses mainsune
longue feuille où sont inscrites 80 propositions soutenues, défendues, propagées par toutes les ressour-
ces du sophisme, par les intérêts des passions et par la puissance jalouse des Empereurs et des Rois. Le Pontife suprême les dénonce avec un accent d'indignation; puis avec l'autorité de cette voix qui a
puissance, docens quasi potestatem habens, il fulmine cet anathème : Toutes et chacunes des mauvaises opi-
nions et doctrines qui viennent d'être rappelées nous les réprouvons, proscrivons et condamnons, Omnes
et singulas pravas opiniones ac doctrinas commemoratas,
reprobamus, proscribimus atque damnamus,
J'écoute ; est-ce un cri de révolte qui va s'élever d'un nombre plus ou moins grand des 200 millions de sujets du Pontife? Non; mais j'entends l'écho se prolongeant de distance en distance dans toutes les parties du monde catholique et répétant : reprobamus, proscribimus et damnamus, O'en est fait ; il n’y aura pas schisme, division, dans la grande societé, tousses membres croient à la même doctrine ; la vérité les tient unis, ils vont continuer de former l'Egliso une, catholique, apostolique et romaine.
Messieurs, dans vos réunions, vous aurez à vous occuper des questions traitées par l'Encyclique; il vous sera permis de chercher la raison de ces divers points de la doctrine pontificale; une étude approfondie et respectueuse vous permettrait de la trouver; nul enseignement catholique n’a à redouter les investigations d'un esprit droit. Mais qu'une vire lumière brille à votre intelligence sur ces matières ou que quelque nuage s’interpose entre le dogme énoncé et votre raison, il ne saurait y avoir entre vous scission et contestation ; vous savez que la vérit6 est là comme le soleil au-delà du nuage, et que grâce à une étude plus sérieuse ou à un entretien avec de plus instruits que vous, elle ne tardera pas à vous apparaître avec un éclat qui satisfasse vos regards.
Vous pouvez donc demevwrer en union parceque vous croyez a la même doctrine ; c'est la vérité qui vous tiendra unis.
Vous figurez-vous une association ayant pour but le développement intellectuel formée entre des hommes de croyances diverses. Si l’on veut traiter une question sociale tant soit peu importante, il faut nécessairement toucher à une des 80 propositions de l’'Encyclique ; elles embrassent tout ce qui fait l’objet des plus ardentes discussions de notre siècle. Vous trouverez la religion se présentant à toutes les investigations de la science dans l’ordre métaphysique, moral et social, et venant poser là un de ses dogmes en disant: Prenez-garde d'y porter atteinte. Si l’un des membres de l'association veut franchir la limite qu’il ne reconnait pas à l'Eglise, le droit de lui opposer, un autre, attaché à sa foi soutiendra sa :
proscription; de là querelleetcombat; l'association se brise et la guerre s'allume.
Direz-vous : il y aura une entente pour ne pas toucher aux questions religieuses. Ah! c'est que vous ne savez pee jusqu'où vont les attributions de la foi dans le domaine intellectuel. Fi vous youle: vous mettre tont-à-fait en dehors desa sphère, alors vous renfermerez l'activité de votre esprit dans nn cercle d'une bien étroite circonférence. Vofre association n'aura pour effet que de l’abaisser et non de l'élever et do le développer. ds
Par exemple, vous prenez pour point de discussion la peine de mort, et vous en venez à dire: c'est une injustice, c'est un meurtre social. Mais voici la religion qui vient avec l'Ancien Testament, donnant partout au pouvoir civil le droit de faire mourir le coupable; avecle Nouveau, où St. Paul nous montre le prince comme ministre de Dieu, armé du glaive pour frapper le méchant et faire respecter l’autorité par la crainte : avec l'autorité de l'Eglise si prompte à réprimer toutes les erreurs, et qui n’a jamais porté le plus léger blâme sur le pouvoir civil punissant de mort, qui a honoré, canonisé même les princes qui l'ont exercé.
Voilà donc une de ces questions tranchées par la religion à l'égard desquelles la division entre catholiques devient impossible. Si l’on s’obstine à dire que la religion n'a rien à voir dans cette matière, vela prouve qu'on n’y voit pas grand' chose soi-même,
Et que d'autres questions ardemment controver: sées aujourd’hui où la Théologie a droit d'intervenir comme juge, par exemple, celles de ls soumission au pouvoir politique, de l’usure, du divorce &. autres.
Ce que je viens d'exprimer fait voir qu'en ce dui concsrne l'ordre intellectnel et social, on ne peut s'associer qu'entre catholiques : l'union alors sera
stable ai forts parcequ'eile aura la vérité pour lien.
| api on pas éoiñine le nôtre, où dent sociétés ifféréntes d'origine, de langage et surtout de relioh, sont mélées, où conçoit qu'à raison d'intérêts nuns, ét pour le maintien dés relations amicälese értaines associations peuvent se former entre les | mbres de ces sociétés aux éroyancès opposées, aris un but dé commerce, d'exploitation industriel k ‘économie p litique, de recherchesscientifiques. äht qu'on se boïnera à une sphère d'action pure thént pratique, on pourra s'entendre. ‘Toutefois il y éûra beaucoup de précautions à premdré pour ne pas hoürter, car par suite des principes différents dont n pénétré et qui agissent quelquefois sans dû'on s'en aperçoive, on pourra se surprendre à marer non côte à côte, mais en sens opposé. L'ordre er Liqu est partout traversé dans son orbite par Dé te moral. Tout fait appelle une idée qui l’expli- YA qualifie, et force par là même de remonter
ADS principse. Lorsqu'
sh 4 { pe,
ersqu'on entre dans la région de + lp avèc des convictions religieuses diverses, ‘vient la controverse qui divise. fra Voilà pourquoi l'Eglise n'aime pas les associations des catholiques avec les hérétiques ou les incrédules, Sans doute elle prêche la éharité ; elle veut que cette verti qui lui est si propre, préside à toutes les relations privées et sociales: elle veut qu'on ploré l'infortüne de ceux dont l'intelligence est ivéé de la lumière de la foi et elle recommande à ar égard üne bienveillance qui ne rencontre de faite qué là où elle compromettrait la foi éllé-iné. iné. La séparation, sous lé rapport religieux, n'empé-
che pas l'affection fraternelle qui est le devoir des membres de la grande famille humaine. Mais l'Eglise ne veut pas que ses enfants aient en général des rapports intimes avec ceux qui lui sont ennemis ou indifférents. Elle a lu le texte sacré: Cum sancto sanctus eris et cum perverso perverteris, ce que lo langage familier a traduit ainsi: Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. Notre âme cherche sans cosse à pénétrer dans celle des autres, à leur impo- ‘ser ses ‘\6es, sessentiments ; elle s'exprime de toute sorte ds manières, par la paroie, par l’action, par l'exemple pour faire dominer ses convictions ; nous voulons vivre dans les esprits et les cœurs des autres, Sur chacun de ceux avec qui nous sommes en raprt, nous tendons à exercer l'attraction de l’aimant, ans cette action magnétique réciproque des membres d'une même société le plus fort en intelligence, en moyens naturels d'influence, aura bientôt dominé le plus faible, si celui-ci reste à la portée de ses atteintes, en se tenant renfermé dans le cercle de l’association où l'opération s'exerce.
Si je ne craignais pas d'imprimer à cet entretien une teinte trop religieuse pour la circonstance, j'ajouterais que d’après les données de la foi, l'esprit de Dieu ou celui du prince des ténèbres domine dans toute âme: que. chacun de ces esprits a une force d'expansion qui se fait sentir au dehors du sujet qu'il tient immédiatement sous son empire. Tout homme est pour les autres un foyer de lumières ou d'erreurs, de grâce qui porte au bien, ou de séduction qui entraine au mal.
De là la nécessité de choisir ceux ayee qui l’on s'unit dans quelque but que ce puisse être. Oui, soyez en rapport avec un esprit opposé à votre foi, avant longtemps, d’une manière plus ou moins directe, vous aurez à discuter sur la religion ; et alors il
: faudra rompre ou abjurer lâchement la défense de vos convictions catholiques; mais cette honteuse faiblesse amènera bientôt l'adhésion à l'erreur que vous auriez laissé impunément émettre devant vous de fausses doctrines, | Je conclus: aimez-vous la vérité ? ne vous associez qu'à ceux qui y croient et qui l’aiment comme vous.
I est une union la plus intime de toutes et d’une importance majeure pour le bonheur qu’elle peut donner à ceux qui la contractent ; c’est celle qui est la bâse de la famille et à laquelle le Christ a imprimé un caractère sacré. Ce n’est pas un simple intérêt qui en forme le nœud, c’est le sentiment le plus fort du cœur humain, l'amour. Eh bien ! l'amour ne suppose-t-il pas l'accord parfait pour qu'il ait sa
jouissance complète ? Toute division l’altère: toute
opposition d'idées et de sentiments tend à le détruire. Voyez maintenant ces deux cœurs qui s’ex-
priment une affection ardente—Attendez—il n’y a
pas entre ces époux une foi religieuse commune ;
ils sont divisés sur le point le plus important de tous.
Les voilà forcés tout d'abord à une contrainte de chaque jour, pour n'avoir pas à se heurter au sujet
d’une doctrine ou d’une pratique religieuse; il ne
leur est point permis de s’entretenir des intérêts de leursâmes. Quand ils sentent le besoin de la prière,
il faut qu'ils s’éloignent l’un de l’autre pour ne pas
.@ntendre les açcentsdiscordan deleurssupplicatiotis; s.ne peuvent gouter lie able jouissance d'umir Leurs cœurs dans nne même aspirstion vers le (cièl. chu eux la conviction religieuse nè cède pas à une complaisance qui met l'amour huniein au-desshs de Jamour divin, il faut lorsque l'heure du culte public est arrivée, qu'au sortir de leur demeure ils se ‘tournent le dos pour aller par des voies différentes au temple qui doit recevoir leur hommage envers leur Créateur.—Mais voici les fruits chéris de leur union ; ils sont élevés dans la diversité de croyances de leurs parents; nécessairement leur affection fraternelle ex souffre. Bientôt s'élèvent sur leur éducation entre le père et la mère des dissidences qui troublent la paix, ou ne disparaissent que par un sacrifice du devoir qui déchirera la conscience. Mais plus on avance dans Ja vie, plus la destinée qui suit le tertie dé l'existence terrestre excite dé sollicitudes. L'épotse catholique jette les yeux sur l'âme de son époux étranger à sa religion et surcelle dé ses enfants élevés dans l’erréur paternelle ; elle sait la maxime de sa foi: hots de l'Eglise point de salut. Quelle amère et désespérante tristesse dans ce regard qui semble dire : au-delà de cette vie jamais je ne vous reverrai, vous qui êtes si chers à mon cœur: vous n’avéz pas voulu partager ta foi; hélas ! vous ne pouvez partager mon espérance, .
Quélle urion eonjugale que celle où l'un des épotix sent continuellement cette terrible angoisse déchirant so cœur! Cotnment donrier le nom d'amour su sentiment qui l'a f‘rmée? Ah! l'amour, l'aiour véritable, il veut être. éternel. C'est ün bonheur sans fin que l'on souhaite à l'objet de soh affection. Mais l'itanoréelle félicité, elle ne péutse trouver que dans le sein de Dieu qui ést la vérité, qui a fait con. naître la vérité, ét qui ne sauräit appeler à lui ceux
dit repoussé la vérité, . Le catholicisme seul (4 ga aire espérer limmorta ité à un amour légitime. érféut peut s'y méprendre, être .le jouet. d’une in: on sous ce rapport; mais le catholique sait 06 Me sa foi lai enseigne, et en s'unissant à qui ne pe pas sa croyance, il, fait un acte provenant
‘un sentiment qui pour moi est un mystère, tant il he bâraît étrange à 1 un cœur qui sait aimer, | . éeule in, d'en quelques circonstanoes, je mottrais aveo | “Église, serait le zèle espérant amener une conversion; mais, qui ne le sait, ce motif sa montre rarement conime mobile principal dans ces alliances.
Il faut donc encore éilver à dire: La vérité seule, ébjet d'une convictioiéommune, peut faire le bon-
eur de ces unions, ‘où l'affection ne bornant pas son ardeur aux Limites. étroites du temps, aspire à une immortelle durée. :
Messicurs, les questions qüi se rattachent diréctetnérit à la religion n6 sont pas célles que vous. auréz à traiter le plus souvent dans vos assemblées. Ce seront futôt des matières de l'ordre social, politique où Evo qui séront l’objet de vos études et de vos ons.
pr jeune hoïnme instruit est appelé à exércer son influence sur la société : il doit se préparer à lui être utile. Il aura à parler, à écrire. Le but de cette
ssociation est de vous faire acquérir des connaissances et des aptitudes qui vous permettront de faire ‘un usage honorable pour vous et avantageux aux autres de la parole ou de la plume ; ou si vous ne vous croyez pas appelés à exercer une sorte de domination intellectuelle sur les autres, du moins vous aurez pour fin de vous prémunir contre un empire fureste que vous auriez vous-même à subir. Mais, m'adressant spécialement à ceux de mes auditeurs qui voudront et pourront prendre part aux affaires de l’ordre politique ou civil, je leur demanderai; Quel est le but de l’action publique que vous voulez exercer ? Est-ce votre seul intérêt ‘petsonnel que vous prétendez satisfaire ? faire de Pergdent, selon l'expression vulgaire d'un désir vulgaïff: vous créer un nom qui attire sur vous la considération publique, servir un parti par haine de certdins: hommes ou par un dévouement aveugle à certäits autres ?—Non, non. Vous vous écriez tous noblament; nous voulons le bien de notre pays; nous ne dédaignons pas peutêtre la fortune et l'honneur, mäis’ ce que nous cherchons dans notre action politique, c'est le bonheur de la patrie, dont nous voulens, toujours être les enfants fidèles et dévoués.
Vous roulez le bien. Ilne pet être, nous l'avons vu, que là ou est la vérité. Eh ‘bien, croiriez-vous qu'il n’y a pas de vérité dans les questions sociales et politiques? Ce serait désespérant pour l’intelligence naturellement avide du vrai. Quoi, est-ce qu'il faut se jeter à corps perdu dans cette lutte des agitations sociales sans avoir, sinon toujours une conviction assurée, du moins l'opinion fortement probable que la vérité, le bien se trouvent au but vers lequel tendent ces efforts? (Ce ne serait alors qu’une action insensée et même criminelle.
La vérité existe dans l’ordre de choses dont il est question. Sans doute elle n'apparaît pas avec la certitude que donne la révélation ; elle est quelquefois couverte de voiles plus ou moins épais qu'il faut savoir fiire disparaitre pour qu'on la voie face à face, et que par là-même on la reconnaisss.
Il y a pourtant les principes fondamentaux qui tonant à l'ordre religieux participent de la certitude de celui-ci, comme je l'ai déjà énoncé. L'origine de la société politique, la légitimité du pourvoir, le devoir d’obéir à ses prescriptions, les limites de son autorité, sont des questions que la théologie seule a droit de résoudre, .Et. cependant que d'assertions opposées à ses enselgriements s'émettent tous les jours sur ces matières; l'erreur en ce cas, entraineraït les conséquences les: plus funestes.
Toutes les questions où un. principe moral est intéressé relèvent angsi du tribunal religieux.
Avant de soutenir ‘une opinion sur ces points, il faut s'assurer des décisions dont ils auraient pu ‘être l’objet de la at de l'autorité chargée de Dieu ‘de prononcer su: lo. vrai et sur le faux, le juste et l'injuste. Il faut étudier ces questions à la lumière théologique. Il west pas permis à l'esprit d'en appeler à son sngoment de la décision religieuse, mais il peut chercher à se procurer la satisfaction d’en pénétrer la raison. La vérité reconnue sur ces points, il ne saurait y avoir de division entre les membres d’une association animés de la même foi. C'est un avantage immense qu'un accord sur ces grandes et fondamentales questions ; l'esprit y trouve une sécurité qui lui donne la satisfaction et la paix: et l’on ne perd pas son temps à des discussions qui, si elles n'avaient pas la religion pour juge, ne seraient qu’un sujet de luttes déchirant sans cesse les esprits et les cœurs.
. 11 # des questions de forme A de législation civile, d'économie politique, de prospérité matérielle que l'on agite sans cèsse, Est-ce que réla tivemeht à ces matières il ne saurait ÿ avoir de vérité ?. Sans doute la révélation ne los atteint pas directement ni per ses conséquences immédiates. Elles sont dans le domaine de la liberté d'intellgence et d'action des horanves. Mais enfin telle théorie. n'est-elle pas réellemtit plus qu'une aùtre conforme à la raison, à la”fbrale, utile au bien gpblie ?. Parmi ces mesures diverses, objet de la discussion. n’en est-il pas une. qui soît véritablement plus propre à faire le bonheuüf':de la société? l'y a donc à l'égard do ces questidks une vérité non pas absolue, mais relative aux tenips, aux circonstances, aux besoins divers d’une nation;': Cette vérité peut n'appataître pas d'abord clairement. Appartensat à l'ordre des choses côntingentes, elle ne se présénte pas avec ce caractère de lucidité et de permanence jui exclue hésitation de l'esprit: elle sollicite la dns et peut produire par là-même une division passagère dans les intelligences.. Mais elle n'existe pas moins ; il faut la chercher. Voulez-vous la trouver? Vous qui vous glorifiez du tire d’honnète homme et d'ami de votre patrie, cédant à la voix de la conscience; renoncez à toué parti pris d'avance à toute passion d'orgueil et de jalousie, à toût dévouemént aveugle ou intéressé à tel et tel homme, et dites avec sincérité et énergie ; Je veut connaître la vérité sur ce point, savoir ce qu'il y a de réel ou d’erroné dans telle assertion; ce qu'il y a d'a-
vantageux on non pour le bien public dans cette mesure: et alors avec calme livrez-vous à un examen approfondi de la question, étudiez la sérieusement : cherchez dans yne discussion pacifique les moyens de vous éclairer, et bientôt il jaillira une lumière qui vous fera connaître la vérité, objet de bé désirs, Et si elle contredit une opinion soutenue
re avec plus où moins d'ardeur, alors 14
du devoir répètera ce mot fameux: Brülo ce qhé tu as adoré, et adore oe que tn as brlé. Et l'âme forte, dévonée, animée de l'amour de la vérité féra gé énérensemént le sacrifice imposé sur lautel de la religion et dé la patrie, objets de son culte et de son amour.
Ti eët possiblo sans doute que sur certains points la conviction ne devienne pas la même chez tous les esprits. Tonus malgré la sincérité de leurs dispositions ne sont pas frappés de la même manière par les mêmes considérations. Cela se conçoit pour cès matières ou la vérité et même l'honnêteté dépendent de circonstances variables que tous ne regardent pas du même point de vue et qui peuvent être soumises d'ailleurs aux éventualités d’un avenir incertain. La discussion restera donc ouvêrte sur ces points; mais, si elle est sincère, ellé n'amènera pas la division.
1 y a un axiome qui devrait faire la règle de notre conduite sociale: In necessariis unitas. Dans les choses nécessaires, dans les choses qui intéressent la foi, les principes fondamentaux de la société, et dans toutes celles où la vérité se montrant avec un carac- <ère évident, réclame nécessairement l'adhésion de l'intelligence ; alors qu'il y ait unité, accord,hommage <ommun rendu par tous les esprits et les cœurs à la vérité, à l'honnêteté, à la justice. In dubiis libertas. Làcoù la vérité n’apparait pas clairement, où le devoir ne prescrit rien, alors liberté de pensée, de parole, d'action. Vouloir restreindre cette liberté serait un envahissement des droits de l'intelligence ; il ne saurait jamais être permis d'imposer une doctrine dont la vérité ne serait pas établie. Mais, In omnibus Charitas. Que la charité, l'union, la bienveillance réciproque règnent partout. N'accusons pas d’intentions perverses ceux qui ne pensent pas comme nous, et que toujours malgré les dissidences d'opinions, l'amour de la vérité et le sentiment de la charité nous dominent. Que l’on prenne garde, dans l'intérêt du arti que l’on a pris parcequ'on le croit le meilleur, d'émettre relativement aux faits, aux personnes, aucune assertion erronée; qu’on n'avance rien au hasard, comme on le fait trop souvent dans les débats politiques contre ceux dont on ne partage pas l'opinion. En nul ordre de choses, il n’est permis de soutenir une cause par des assertions qui porteraient an caractère mensonger.
Lorsque vous êtes cités devant un tribunal qui doit décider dans une affaire litigieuse qui regarde, et
souvent pour une valeur modique, les biens d'un citoyen, alors interpelés au nom de Dieu de dire le vérité, vous frémiriez à la pensée d'u témoignage entaché de quelque fausseté, à raison du parjure dont il vous rendrait coupable.
Messieurs, dans les débats politiques il s’agit non du plus ou moins de richesses d’un individu, mais des intérêts les plus graves de la société. Il est question d’une mesure qui peut faire sa prospérité ou son malheur, ou d'hommes appelés à faire les lois qui la régissent et même à présider dans les conseils du gouvernement à ses destinées. L'opinion publique, voilà le tribunal qui va décider en ces points d’une si haute importance sociale. Chaque citoyen a le droit et même souvent le devoir de présenter des raisons et des renseignements qui peuvent éclairer son jugement. Ilest vrai, on n'oblige personne à mettre la main sur l'Evangile pour jurer la vérité de ce qu’on va affirmer. Mais ce procédé n'est point nécessaire, il n’est qu’une forme plus propre à favoriser l’exécution de la justice. La société n'en demande pas moins, et au nom de Dieu qui l’a constituée et veut que l'ordre et la justice y règnent, que quiconque émet une assertion sur les questions qui l’intéressent si fortement, disent la vérité, toute la vérité et rien que lavérité. Chacun doit faire alors comme le rninistre de la religion en témoignage judiciaire, mettre la main sur sa poitrine et ne dire sar les hommes et les choses que ce qu'il sait être vrai, ou ce qu'il juge être bon, utile, après un examen qui permette d'affirmer avec conviction de cœur.
Oh ! si au lieu de parler d’après l'inspiration de la. passion et l'intérêt d’un parti qu'on veut faire triom. pher à tout prix, on se disait avant d’accuser, de flétrir un homme public, ou de faire entendre en faveur d’une mesure des paroles que la sincérité de
la conscience n'approuve pas toujours, si l'on ça disait : cette Poe pont influer sur le
suis citoyen, suis-je per alors ne eraindrait de mer l'honneur, aa patriotisme, 4 do mettre sur son front, non peut-être aux yeux des hommes, mais assurément aux yeux de Dièu, ce titre sbominable: psrjure, Oui, si l'on faisait ces réflexions, que de sephismes de moins égareraient Loge Mon, que de çalomnies de moins atteindraient les hommes publics ! parconséquent, que d'erreurs et d’animosités évitées pour le société ! Oh ! s’il en était ainsi, notre belle ot chère patrie ne verrait plus dans son sein une si déplorable division. Il y aurait sans doute des diyergencer d'opinions sur les moyens de la servir, mais grâce à la bonne foi de ceux qui y prendraient'part, la discussion. ferait tendre à l'unité de vues, parcequ'il y aurait de ls part de tous, recherche de la vérité, Tous s'uniraiené pour assurer à leur patrie sa religion, sa liberté, ses droits politiques et civils, et tout ce qui peut conservér chez elle un caractère de nationalité ; st dans les diverses positions qu'ils occupent, tout eu trayaillant pour eux-mêmes, ils seraient animés du désir de contribuer de toutes leurs forces à sa prospérité et à sa gloire. Oui, qu’il y ait un même amour pour la patrie, et un même désir de connaitre la vérité sur tout cé qui touche à ses intérêts, alors {1 y sura entre ses enfants une union dans laquelle ils trouverent la force de soutenirvictorieusement ses intérêts et d’assurer la félicité générale. Il en est de l'ordre social eomme de l'ordre religieux ; l'unité de conviction, c'est-à-dire, :la participation à la même vérité, fait l'anité d'ème et de cœur. |
La société prise en général, et non pas seulement dans son organisation politique, ne vit aussi que de la vérité. Vousfigurez-vous la société nossible avec des hommes qui ne se mettraient nullement en peine d'exprimer la vérité dans leurs relatiuns habituelles, qui se feraient un jeu de la trahir, et seraient toujours prêts à tromper dès lors qu'il s'agirait de leur moindre intérêt ? La société suppose la confiance ; comment vivre avec ceux dont on se défierait sans cesse ? Aucune relation ayant pour but les affaires ou même le plaisir ne pourrait se former avec ceux dont il faudrait suspecter les paroles en toute occasion. Si jamais le mensonge venait à dominer sur la terre, c'en serait fait bientôt de la grande société humaine.
Il en est ainsi de toute société particulière. Voici une ville: un certain nombre de ses'citoyens, à raison de leur éducation, de leurs relations commerciales, civiles, littéraires ou politiques, des alliances de familles qui ont des ramifications dans nombre de maisons, de ce besoin d'épanchement, d'entretien, de communication réciproque d'idées, de sentiments qui cherchent à se satisfaire dans les visites, les réunions de salon: Voici, dis-je un certain nombre de citoyens qui à raison de tout cela, forment entre eux ce que l'on appelle dans un sens restreint la société, ou si vous voulez, la bonne société. Il peut y avoir entre eux une certaine dissidence sur les matières d’opinions, mais si les uns et les autres observent la franchise dans leurs procédés, les relations continuent et avec elles la paix, une certaine affection, une certaine estime qui font de ces rapports sociaux un des grands
charmes de la vie, Les différences du caractère ne rompent pas le lien : mais supposez le manque de sincérité se faisant sentir dans les communications, le mensonge apparaissant sur les lèvres de ceux avec qui l’on se plaisait à converser : alors la confiance se retire, les bons rapports se rompent et la cité offre le douleuroux spectacle de discordes, de haines qui ne font que s’accroitre sous l'influence des détractions mensongères.
Voyez l'union dans sette relation si étroite, si intime l'amitié. Quel doux sentiment que cette ‘ affection qui unit les âmes! sous sa délicieuse influence on se livre à ses épanchements, qui suivant le mot de Bossuet font entrer, comme pas à pas, dans le cœur des autres. La joie se redouble par le partage qu'on en fait et la peine s’affaiblit par la sympathie que l’on recoit; on s’aide mutuellement dans ses travaux et ses difficultés, et si l’on parcourt ensemble la carrière des sciences et des lettres, il y a une ineffable jouissance à s'enrichir réciproquement du fruit de ses études, à se donner l’un à l’autre une vie intellectuelle plus puissante, plus active. S'il est doux de partager son bien matériel avec celui que l’on aime, il l’est d'avantage de le faire -participer à son trésor intellectuel.
Ces liens qui se forment dès la jeunesse, dès l'adolescence même, entre des compagnons d’études
collégiales ou professionnelles, qu'ils donnent de bonheur, lorsqu'ils ne font que se fortifier dans le cours des années ! Mais l'amitié, est-ce autre chose que la confiance ? Elle ne se forme et ne s'entretient que par la foi en une franchise réciproque, elle repose donc essentiellement sur la vérité. Point d'amis entre les menteurs.
Et cette autre affection, plus forte, plus ardente, mais moins sûre que l’amilié, ne demande-t-elle pas elle aussi la vérité? Trop souvent malheureusement, les yeux couverts d'un bandeau, elle ne sait pas la trouver : elle sc méyrend sur les qualités de l’objet qu'elle cherche ; sa frivole et imprudente expansion lui mérite de tomber dans de pénibles illusions. Mais il n’est pas moins indigne d’un cœur honnète de la tromper. Affecter un sentiment qu'on n’a pas, trahir une confiance dont on est l’objet, attirer ou entretenir l'amour par des qualités hypocrites, cacher ce que l'on est, ou se montrer ce que l’on est pas pour ne pas blesser un attachement que l’on a intérêt à se conserver, c'est là un vil et odieux mensonge qui fait perdre un long temps en des relations sans résultats, cause une amère douleur au cœur objet de la déception, empêche injustement une affection de prendre un autre cours où elle aurait trouvé une satisfaction légitime, et si la trahison va jusqu'à former une alliance sacrée et indissoluble, alors c’est aiguiser, pour le moment plus où moins prochain où elle sera découverte, un coup de poignard qui fait la plus cruelle des blessures pour une vie toute entière.
Oui l'amour demande la vérité. S'il jouit à entendre une expression semblable à celle qu’il profère, c’est qu'il la croit inspirée par la sincérité. Ainsi, la vérité, c'est la vie de l'affection, elle est plus nécessaire encore au cœur qu'à l'esprit,
La vérité, ce n’est donc que par elle qu'existent les relations publiques et privées; en tout et partout c'est elle qui fait l'union. Nous l’avons vu, la religion, la société politique et civile,les relations particulières, le sentiment le plus fort du cœur de l’homme, tout la demande, tout en fait un devoir, tout proclâme qu'elle est un élément essentiel de l’ordre et du bonheur.
Il est un mot que notre siècle a souvent répété, comme exprimant sa tendance, quoique ses divisions incessantes et acharnées en manifestent une toute contraire; ce mot, c’est la fraternité: la fraternité entre les nations, entre les hommes. Ce vœu est noble, c’est celui de Dieu même qui étant notre Père commun veut que nous nous aimions tous comme des frères; mais, la fraternité, c’est l'union des esprits et des cœurs, et par conséquent elle ne peut exister que par Ja vérité.
Que celle-ci soit respectée, que son droit à régir les intelligences soit partout reconnu et défendu, et les discassions cesseront, et la réalité se rapprochera de cet idéal de fraternité, qui doit être l’objet du désir des hommes.
Oh ! que la vérité est précieuse, et par conséquent qu'il importe de la connaître en tout ordre de chose ! Pour l’atteindre il faut la rechercher avec empressement ; elle est un bien d’une valeur assez grande pour qu'on se donne la peine d’en faire le but de ses investigations.
On doit la chercher dans les questions religieuses, sociales, politiques, littéraires. La trouver, ce sera une satisfaction bien vive pour l'esprit. Toute étude à laquelle on se livre pour la connaître, c’est un travail fait pour éclaircir un problème. A la fin de l'opération l’inconnue se dégage, elle apparait et son aspect repose délicieusement l'esprit. La vérité, a dit l’Ange de l'Ecole, c’est une équation entre l’intelligence et son objet. Quelle satisfaction éprouve alors l’âme à s'unir à ce qu’elle a cherché, à s'identifier avec le terme de son désir!
La vérité, on ne doit pas en garder la possession pour soi seul ; il faut Ja faire connaître. La retenir captive en soi-même, ne pas favoriser l'essor qui est de son essence, c’est un crime à son égard. Il faut l'énoncer, aider à sa diffusion dans la société, à son empire sur les intelligences, et pour cela il faut lutter de toutes ses forces contre l'erreur, et démasquer hardiment le mensonge, lequel flétrit les lèvres qui le profèrent, égare l’esprit qui en reçoit l'impression et ne produit que le trouble et le désordre.
Nous devons par tous nos efforts entretenir, fortifier dans la société l'horreur pour le mensonge et attacher linfamie au nom de celui qui ose se le permettre : autrement il marchera bientôt tête levée. S'il ne
craint pas le soulevement de l'opinion contre lui, il se fera un jeu de répandre l'erreur. Malheur à la société où le mensonge est entendu sans indignation et où il peut être regardé avec indifférence comme un moyen de succès pour une cause !
Là où la franchise ne domine plus, l'honneur s’en va. Ilse perd ce sentiment des âmes nobles, qui les fait frémir à l’aspect de toute bassesse, les porte à se respecter elles-mêmes, leur assure l'estime et la considération publique et leur fait supporter avec courage et fierté toute autre perte, fors celle de l'honneur même. Mais l'honneur, son caractère essentiel, c'est la franchise ; de nul qui a menti on ne dit qu'il est honorable.
On regarderait comme la plus insigne injure de s'entendre dire qu'on a perdu l’honneur aux yeux de la société. Celui qui trompe proclame lui-même son avilissement, il se dégrade de ses propres mains : il ôte à son nom cet honneur qu'on ne peut plus retrouver quand on l’a perdu, car comme l’a dit le poëte :
L’honneur est comme une île escarpée et sans bords, On n’y peut plus rentrer dès qu’on en est dehors.
L'honneur, portez-en l'empreinte sacrée dans l'accomplissement du devoir dicté par Ja conscience, et dans un amour de la vérité quine permette jamais à aucun intérêt de la blesser.
Il est des peuples qui ont attaché unstigmate d'infamie à leurs noms à raison de leur manque de franchise. Le mot fides punica flétrit à jamais Carthage et la mémoire des Crétois est couverte d’un opprobre éternel par l’épithète de menteurs que leur donne même le texte sacré : Cretenses mendaces. IL est des nations modernes chez qui le sentiment de Ja franchise ne semble pas se trouver. Elles trompent dans les documents officiels, dans les journaux, dans les livres, dans le commerce et quelquefois dans les relations privées; elles s'apprêtent un triste renom aux âges futurs. Ne leur envions pas l’habileté de la fraude ou l'audace du mensonge. Nous Canadiens, nous sommes fils des Francs; la franchise c'est le nom de notre race, et ce nomil n’a pas été porté en vain par une nation dont les rois, exprimant en eux le caractère de leur peuple, ont été si renommés pour leur franchise, et au sein de laquelle s’est épanouie la fleur de cette chevalerie dont le nom est synonyme de celui de l’honneur,et parconséquent de l’amour de la vérité.
La France est-elle encore le pays des Francs ? Je n'oserais l’affirmer. Mais l’'impiété mensongère n'avait pas encore altéré son caractère primitif, lorsqu'elle envoya sur cette terre que nous habitons ceux qui furent nos pères. Choisis par la main de la religion même, les premiers colons du Canada apportèrent ici en leurs personnes, la foi, la piété, l'intrépidité, et surtout la franchise et l’honnêteté : ces dernières vertus apparaissent dans les annales des temps héroïques de notre histoire avec un carac-
tère qui excite une vive admiration ; nulle querelle entre les habitants de la Nouvelle-France ; la bonne foi et la bienveillance réciproque ne permettent pas à la justice publique de s'exercer ; la confiance des uns envers les autres est telle que pendant les nuits et les absences prolongées la clef n’est point mise aux portes des habitations.
Beaux jours de l'enfance de notre pays, mœurs si pleines de foi envers Dieu et envers les hommes, charmes de la paix et de la concorde, ne serez vous plus qu'un souvenir d’un passé qui ne doit plus revenir! Oh! non, qu'il nous soit permis d'espérer de vous voir renaître en notre patrie. Non il n’est pas effacé pour jamais ce caractère d'honnêteté, de franchise qui faisait tout récemment encore l’horneur du nom canadien.
Oh! lorsqu'on passe au milieu des peuples chez lesquels des causes diverses et surtout l’irréligion ont altéré le sens moral, on se prend à regretter la simplicité et l’honnèteté des mœurs de son pays. Les étrangers même les admirent et nous les envient. J'en ai reçu un témoignage dans une occasion que je ne pourrai jamais oublier. Je quittais Naples avec de nombreux compagnons de voyage sur un bateau à vapeur partart pour la France. Nos regards étaient ravis de cette terre, de cette mer, de ce ciel chantés par les poëtes. Quand cette espèce d’extase où nous plongeait ce tableau enchanteur fut passée, la conversation s’engagea entre les passagers du vaisseau,sur le caractère du peuple que nous venions de quitter, et elle amena par comparaison divers tugements sur les mœurs des principales nations européennes. “J'ai vu bien des peuples, dit un “ gentil:omme anglais, chez qui tout annonçait une “ positiun élevée dans la société, j'ai vu bien des “ peuples, mais dans mes longs voyages en plusieurs
“parties du monde, je n'ai trouvé nulle part une “ hospitalité aussi cordiale, aussi bienveillante, des “mœurs aussi simples, aussi honnêtes que chez le ‘peuple du Bas-Canada”’ A ces paroles je sentis: battre mon cœur canadien d'un noble orgucil et il me semblait que ces lieux si glorieux par leur beauté magique, les grands évènements dont ils ont été le théâtre et les sublimes génies qui les ont illustrés. it me semblait, dis-je, que ces lieux si fameux enviaient la belle et pure gioire que ce témoignoge venait de donner à mon humble patrie,
Faisons tous nos efforts pour conserver à notre pays une si honorable renommée. Rappelons nous souvent Ja noblesse et la pureté de notre origine, et la loyauté de nos ancêtres qui n’a pas encore été essentiellement aliérée chez leurs descendants. Si la bonne foi chancelle parmi nous, elle se ranimera quand Chacun s’entendra redire comme aux temps des preux chevaliers: souviens-toi de qui tu es fils et ne forligne pas.
Mais, Messieurs, qu'est-il besoin d'aller chercher aux temps éloignés de nous l'exemple de la franchise chevaleresque ? Vous l'avez vu de vos yeux. Ici
me parole hésite ! une réserve produite par un sentiment qu'il est facile de comprendre tend à mettre un frein à mes lèvres... Mais, je m’enhardis; il me semble que la circonstance dans laquelle je me trouve, à raison du sujet que je traite ‘evant vous, me dit: fais céder la délicatesse imposée par un lien de famille au devoir d'encourager au bien par uu grand modèle. Oui, messieurs, il n’y a que quelques ‘mois encore, il existait parmi nous un homme devant lequel chacun, de quelque origine, de quelque croyance, de quelque parti politique qu'il fut, s’inclinait avec un profond sentiment de respect et d'affectueuse estime. Ce n’était pas à il'homme à la haute intelligence enrichie par des connaissances aussi profondes que variées que l’on rendait cet honneur; ce n’était pas au citoyen dont la parole et la plume avaient servi avec tant de dévouement la cause de la patrie en des temps orageux et qui avait siégé au premier rang dans les conseils du gouvernement; ce n'était pas au jurisconsulte qui vient d’attacher glorieusement son nom à la législation de notre pays. Non, d'autres citoyens, à quelques-uns de ces titres ont pu avoir un mérite ou du moins une renommée égale ou supérieure, Mais on saluait dans lui l’homme qui, dans sa carrière publique, commencée pour lui dès la jeunesse et se poursuivant au milieu de tant d'intérêts divers, et dans ses relations privées si étendues, a montré une loyauté,
une franchise, un amour de la vérité, une simplicité de cœur, une délicatesse d'honneur et de bienveillance, portées à un dégré qui en faisait sous le rapport de ces qual:tés un homme à part, un type de vertu sociale. Le nom d’'Augustin Norbert Morin, l'honneur et le modèle des Canadiens. sera perpétué, comme on l’a dit, par un souvenir légenduire dans le pays. Puisse l'amour de la vérité qui l’a distingué si éminemment, animer toujours ses compatriotes, et spécialement ceux avec qui il aurait voulu passer ses derniers jours, et au milieu desquels reposent ses restes vénérés.
Je sens qu'il me faut mettre fin à mes paroles qui ont trop longtemps occupé votre attention dont l’indulgence à mon égard me fait un devoir de vous offrir ma vive reconnaissance. Mais pour excuser la longueur de cet entretien et l'importance que j'ai attachée au sujet que j'y ai traité, je rappellerai en terminant, un fait de la plus déplorable signification qui vient de se passer. Je veux parler de la réunion des Etudiants à Liège et à Bruxelles. Là se trouvaient nombre de jeunes gens de France, de Belgique, d'Allemagne, Sans doute, ils ne représentaient pas, il s’en faut, la généralité de la jeunesse instruite de ces contrées ; mais toutefois l’'épouvantable hardiesse de leurs déclarations montrent l'appui qu'ils sentent avoir dans une trop grande partie de la société
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européenne. Jamais l'esprit du mal ne s'était permis une expression aussi audacieuse,
Je rappellerai en frémissant quelques-unes des doctrines émises dans ces réunions.
Il faut, dit l’un de ces jeunes gens, que la révolution triomphe, il lui «ppartient d’anéantir le catholicisme et elle ne peut le faire que par la force ; cette force elle est en nous, nous vaincrons,
Un autre définit ainsi la révolution ; c’est le triomphe du travail sur le capital, de l’ouvrier sur le parasite,et ajoute-t-il par un épouvantable blasphème, c'est le triomphe de l’homme sur Dieu.
Un des membres de cette hideuse réunion exprime ainsi les idées du parti révolutionnaire : Dans l’ordre religieux nous voulons l’anéantissement de toute religion et la négation de Dieu ; dans l’ordre social, : suppression de la propriété, l'abolition de l’héri-
ité.
Après ces parcies, on entend celles-ci : Je demande l'exclusion complète de tout individu qui représente l'autorité religieuse ; il ne faut plus d'autorité, mais la force.
Et vous dames chrétiennes, qui m'écoutez, vous que distingnent ces vertus que le christianisme a mises au cœur de la femme et qui font le bonheur de la société, pardonnez-moi si je rappelle les paroles de l’un de ces misérables ;
Je vois ici des femmes, dit-il, je les remercie d’être venus; elles ne doivent pas rester en dehors du mouvement révoiutionnaire, il faut qu'elles nous aident ; elles ne nous feront pas défaut, j'en suis sûr, qu'elles se souviennent que c’est Eve qui a jeté le premier cri de revolte contre Dieu.
Vous avez entendu l’impiété ; écoutez maintenant la férocité qui en est la compagne : S'il est besoin de la guillotine, nous ne reculerons pas, il faut anéantir
da propriété; si la bourgeoisie résiste, il faut tuer la bourgeoisie, Un autre seconde cette affreuse proposition par ces paroles: Oui, si cent mille têtes font obstacle, qu'elles tombent. Puis l'assemblée infernale se sép: ‘e au cri de vive la république démocratique et sociale.
Aucune répression de l'autorité publique n’a atteint ces abominables doctrines tendant à détruire tout ce qui constitue la société. Sans doute elles ont causé une indignation et une affliction profonde dans le cœur de tous les hommes religieux, mais il n'ya pas eu au milieu du pays où elles se sont produites, une protestation énergique propre à interdire pour l'avenir le renouvellement d’une semblable orgie d'idées et de sentiments; c’est que la franc-maçonnerie est là avec des milliers ct des milliers d'adeptes qui exercent déjà une influence sur l'opinion publique.
Messieurs, vous l'avez vu, la négation de Dieu, l’affranchissement de toute loi morale, la destruction de la propriété, le meurtre et le carnage inondant ia terre de flots de sang humain, voilà le programme avoué de ce parti qu’on appelle la révolution. Mais qui a produit chez cette jeunesse une si déplorable et féroce perversité ? Le mensonge. Tout cela, c’est l'effet de doctrines d’abord beaucoup moins impies et anti-sociales, mais altérant plus ou moins directe-
ment les dogmes religieux, les principes de l’ordre public.
L'Eglise qui seule par sa doctrine infaillible maintient la vérité, a été calomniée dans son histoire, dépréciée dans ses institutions, attaquée dans ses enseignements. Son autorité méconnue, il n'y avait plus de bâse à un ensemble de doctrines propres à soutenir lasociété. Toute autorité a inspiré la haîne, et là où ce moyen paraissait utile pour lui ôter la confiance et le respect, le mensonge a 6t6 mis en œuvre.
Oui, la calomnie, l'erreur, la parole contre la vérité, voilà ce qui de degré en degré a amené cette explosion d'idées anarchiques sous le rapport religieux et social qui menace le monde d'une épouvantable catastrophe.
Vous avez sans doute frémi en entendant ces terribles doctrines, maïs peut-être dites-vous: grâce aux principes de religion et d'ordre qui dominent dans notre société, nous sommes loin d’avoir à craindre les diffusions de ces nombreuses erreurs au milieu de nous.—Ne nous rassurons pas trop, l'esprit du mal a une terrible puissance de propagation; et il se voit peut-être préparé en notre pays, dans un nombre plus ou moins grand d'esprits hostiles aux idées chrétiennes, un accueil à des aberrations intellectuelles et morales menant de dégré en dégré jusqu’à l'adoption de ce programme de la révolution dicté par l'enfer: Guerre à Dieu et mort à tous ceux qui croient en lui. L'Océan n’est plus une distance qui empêche ce cri affreux que la terre d'Europe vient d'entendre d’avoir son écho sur celle d'Amérique ; nous avons besoin d'en étouffer le retentissement par nos éclatantes protestations en faveur de la religion, et de l’ordre social établi par la Providence.
En ces jours l’Europe est infectée d’une épidémie qui a fait des milliers de victimes; à chaque vaisseau qui traverse les mers, on a craint de voir apparaître sur ces rives le fléau destructeur et on avise de toutes parts à des mesures salutaires qui préservent cette contrée de la contagion qui a désolé: les pays d’au delà l’Atlantique.
Faisons de même à l'égard de l'épidémie des doctrines perversss afiligeant d’une manière si funeste la vieille Europe et menaçant notre société. Ne ménageons pas les efforts pour maintenir parmi nous la santé des esprits, je veux dire la vérité. Que chacun élève la voix pour l’énoncer et la défendre selon ses forces et sa position. Ne laissons jamais l'erreur émettre impunément ses assertions mensongères; combattons la avec énergie partout où nous la voyons attaquer les principes conservateurs de l'ordre : que la vérité trouve en chacun de nous un défenseur dévoué. S'il en est ainsi, notre société saura se préserver des atteintes de ces doctrines funestes, fécondes en terribles catastrophes pour les peuples chez qui elles dominent. Cette espérance de salut pour mon pays, elle sera réalisée, si partout comme ici, s'organisent des associations unies dans la foi catholique pour la défense de la religion et de l’ordre social ; si partout comme ici, se rencontrent des citoyens prêts à voue: leur approbation et leur coucours à tout ce qui peut servir la sainte cause de la vérité.