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Servir les sentiments sociaux est la fonction propre

de V intelligence.

Quoique ce principe fondamental convienne beaucoup à la vie individuelle, c'est la vie publique qui en mani* feste le mieux l'irrécusable nécessité. Ce n'est pas que la difficulté y change réellement de nature, ni qu'elle y exige de nouvelles solutions ; mais elle y parvient à un degré bien plus appréciable, qui ne permet aucune incertituçie sur les moyens. L'indépendance mutuelle des divers êtres qu'il faut alors rallier montre clairement que la première condition de leur concours habituel consiste dans leur propre disposition à l'amour universel. II n'y a pas de calculs personnels qui puissent ordinairement remplacer cet instinct social, ni pour la soudaineté et rétendue des inspirations, ni pour la hardiesse et la persistance des résolutions. A la vérité, ces affections bienveillantes doivent être le plus souvent moins énergiques en elles-mêmes, que les affections égoïstes. Mais elles possèdent nécessairement cette admirable propriété que l'existence sociale permet et provoque leur essor presque illimité, tandis qu'elle comprime sans cesse leurs ânta* gonismes ; aussi est-ce surtout d'après la tendance croissante des premières à prévaloir sur les secondes qu'oti doit mesurer le principal progrès de l'humanité. Leur ascendant spontané peut être beaucoup secondé par l'intelligence, quand elle s'applique à consolider la sociabilité en appréciant mieux les vrais rapports naturels^ et à la développer en éclairant son exercice à l'aide dés

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indications du passé sur Tavenir. C'est dans ce noble i^ervice que la nouvelle philosophie fait consister la principale destination de Tesprit, auquel ainsi elle fournit à la fois une incomparable consécration et un champ inépuisable, bien plus propre à le satisfaire profondément que ses vains triomphes académiques et ses puériles investigations actuelles.

Au fond, les superbes aspirations de Tintelligence à la domination universelle, depuis que la grande unité théologique s'est irrévocablement rompue, n'ont jamais pu comporter aucune réalisation, et n'étaient susceptibles que d'une efficacité insurrectionnelle contre un régime devenu rétrograde. L'esprit n'est pas destiné à régner, mais à servir : quand il croit dominer, il rentre au service de la personnalité, au lieu de seconder la sociabilité, sans qu'il puisse nullement se dispenser d'assister une passion quelconque. En effet, le commandement réel exige, par-dessus tout, de la force, et la raison n'a jamais que de la lumière ; il faut que l'impulsion lui vienne d^ailleurs. Les utopies métaphysiques, trop accueillies chez les savants modernes, sur la prétendue perfection d'une vie purement contemplative, ne constituent que d'orgueilleuses illusions, quand elles ne couvrent pas de coupables artifices. Quelque réelle que soit, sans doute, la satisfaction attachée à la seule découverte de la vérité, elle n'a jamais assez d'intensité pour diriger la conduite habituelle; l'impulsion d'une piassion quelconque est même indispensable à notre chétive intelligence pour déterminer et soutenir, presque tous ses efforts. Si cette inspiration émane d'une affection bienveillante, on la remarque comme étant à la fois plus rare et plus estimable ; sa vulgarité empêche, au contraire, de la distinguer quand elle est due aux motifs personnels de gloire, d'ambition, ou de cupidité : telle est, au fond, la seule différence ordinaire. Lors même que l'impulsion men-

DISCOCBS SUR L ENSEMBLE

taie résulterail, en effet, d'une sorte de paiision exceptionnelle pour la pure vérité, sans aucun mélange d'orgueil ou de vanité, cet exercice idéal, dégagé de toute destination sociale, ne cesserait pas d'êlre profondémeni égoïste. J'aurai bientôt lieu d'indiquer coninieot le posilivisme, encore plus sévère que le catholicisme, imprime nécessairement une énergique flétrissure sur un tel type métaphysique ou scientiQque, dans lequel le vrai point de vue philosophique fait hautement reconnaître un coupable abus des facilités que la civilisation procnre, pour une toute autre fin, à l'existence contemplative.

C'est ainsi que le principe positif, spontanément émané de la vie active, et successivement étendu à toutes les parties essentielles du domaine spéculatif, se trouve, dans sa pleine maturité, inévitablement conduit, par une suite naturelle de sa réalité caractéristique, à embrasser aussi l'ensemble de la vie affective, où il place aussitôt l'unique centre de la systématisation finale. Le positi<visme érige doue désormais en dogme fondamental, à la fois philosophique et politique, la prépondérance continue du cœur sur l'esprit.

6. — Dans le régime théologique, l'inteHiffence était l'esclaeUe du coeur ; dans le système positif, elle en est le servitear. '

Sans doute, cette indispensable subordination, seule base possible de l'unité humaine, avait été organisée, quoique empiriquement, par le régime théologique, comme je l'ai remarqué ci-dessus. Mais, d'après une fatalité propre à l'étal initiai, cette première organisation se trouvait nécessairement affectée d'un vice radical qui ne lui permettait qu'une destinée provisoire. Car, elle devait bientôt devenir profondément oppressive pour l'intelligeoce, qui n'a pu s'y faire jour qu'en la modifiant de plus en plus, de manière à finir par la dissoudre, en ré-

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