‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 11 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sultat général de cette inévitable insurrection de vingt siècles, laquelle d'ailleurs a naturellement développé leè anarchiques utopies de Torgueil métaphysique et scientifique. En effet, si le cœur doit toujours poser les ques- • tions, c'est toujours à l'esprit qu'il appartient de les résoudre : tel est le vrai sens que le positivisme vient établir en systématisant à jamais le principe nécessaire de toute économie individuelle ou collective. Or l'impuissance primitive de l'esprit, qui ne pouvait remplir dignement son office qu'après une longue et difficile préparation, a d'abord obligé le cœur de l'y remplacer, en suppléant au défaut de notions objectives par l'essor spontané de ses inspirations subjectives, sans lesquelles toute révolution humaine, tant mentale que sociale, serait restée indéfiniment impossible, comme l'explique mon Système de philosophie positive. Mais cet empire absolu, longtemps indispensable, ne pouvait ensuite éviter de devenir hostile au développement propre de la raison, à mesure que celle-ci parvenait à ébaucher des conceptions fondées sur une appréciation plus ou moins réelle du monde extérieur. Telle est, en général, la principale source directe des grandes modifications successivement survenues dans l'ensemble des croyances théologiques. Depuis que ce système a subi tous les amendements compatibles avec sa nature fondamentale, le conflit intellectuel, devenu plus grave et plus rapide par l'essor décisif des connaissances positives, a pris un caractère de plus en plus rétrograde d'un côté et révolutionnaire de l'autre, d'après l'impossibilité, de plus en plus sentie, de concilier deux régimes aussi opposés. Tel est surtout le caractère de la situation actuelle, où l'an-^ cienne domination de la théologie, si elle était susceptible de restauration, constituerait directement une profonde dégradation intellectuelle, et même par suite morale, en réglant uniquement d'après nos désirs et nos

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convenances tontes nos opinions sur la vérité extérieure. Aussi rhumanité ne peut-elle plus faire aucun pas décisif sans renoncer totalement au principe théologique, qui déjà ne conser^'e, en Occident, d'autre efficacité es* sentielle que de maintenir, par sa résistance nécessaire, la vraie position de la question principale. U oblige ainsi la systématisation nouvelle à se concentrer enfin dans la vie affective, malgré les préjugés et les habitudes propres à l'immense transition révolutionnaire qui dure depuis la fin du moyen âge. Mais le positivisme, en remplissant, encore mieux qu'aucun théologisme, cette condition fondamentale de toute organisation, termine nécessairement la longue insurrection de l'esprit contre le cœur. Car, par une décision à la fois spontanée et systématique, il accorde à Tintelligence la libre participation totale qui lui appartient dans l'ensemble de la vie humaine. D'après l'interprétation positive du grand principe organique, l'esprit ne doit essentiellement traiter que les questions posées par le cœur pour la juste satisfaction finale de nos divers besoins. L'expérience a déjà trop démontré que, sans cette règle indispensable, l'esprit suivrait presque toujours sa pente involontaire vers les spéculations oiseuses ou chimériques, qui sont en même temps les plus nombreuses et les plus faciles* Mais, dans son élaboration quelconque de chaque sujet ainsi proposé, l'esprit doit rester seul juge, soit de la convenance des moyens, soit de la réalité des résultais. C'est uniquement à lui qu'il appartient d'apprécier ce qui est pour prévoir ce qui sera, et de découvrir les pror cédés d'amélioration. En un mot, l'esprit doit toujours être le ministre du cœur et jamais son esclave. Telles sont les conditions corrélatives de l'harmonie finale insr tiluée par le principe positif. On doit peu craindre qu'elles soient gravement troublées, puisque les deux éléments de ce grand équilibre se trouveront bientôt dis-

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