Alliance entre tes philosophes et les prolétaires
L'ensemble des indications précédentes caractérise assez le système final de l'éducation populaire, et la tran* sition immédiate qui doit le préparer. Pendant qu'elle s'acccomplira, l'alliance des philosophes avec les prolétaires réalisera, des deux parts, d'importants avantages, longtemps avant que l'état normal soit devenu possible en Occident. Cet énergique appui permettra à la naissante spiritualité d'obtenir bientôt le respect, et même l'affection, des chefs temporels les plus disposés aujourd'hui à dédaigner toute puissance qui n'est pas matérielle. Leur vain orgueil sera souvent conduit à invoquer l'intervention des philosophes contre la juste indignation des prolétaires. Quelque violente que semble toujours la force du nombre, elle finit, d'ordinaire, par l'être, au fond, beaucoup moins que celle de la richesse. Car elle dépend surtout d'un concours qui, prolongé, exige une convergence intellectuelle et morale, sur laquelle Tinfluence philosophique agit davantage, soit pour former, soit pour dissoudre. Sans que les philosophes puissent jamais disposer à leur gré de nos prolétaires, comme l'ont rêvé quelques roués, ils pourront en modifier beaucoup les passions et la conduite, quand il y appliqueront dignement leur autorité morale, au profit réel, tantôt de Tordre, tantôt du progrès. Ce libre ascendant ne peut résulter que d'un double sentiment habituel de confiance et de reconnaissance, déterminé non seulement par l'aptitude présu-^ mée, mais surtout par les services rendus. Nul ne pou^ vant faire convenablement valoir ses propres réclamations, c'est aux philosophes qu'il appartient de présenter noblement aux classes dirigeantes les justes exigences des prolétaires, tandis que ceux-ci obligeront les chefs temporels à respecter la spiritualité nouvelle. D'après ce
double échange habituel, les yœux des uns seront purifiés de toute tendance anarchique, et les prétentions des autres n'indiqueront plus aucune vaine ambition. Loin de dégrader son propre caractère par des préoccupations intéressées, chacune des deux classes obtiendra ainsi sa principale satisfaction, en se bornant à la noble poursuite de son office social.
Pour achever de caractériser la politique positiviste qui seule convient aux prolétaires, il me reste à indiquer les dispositions d'esprit et de cœur qu'elle suppose en eux, et d'où résultent celles qu'ils doivent exiger dateurs alliés philosophiques. Ces diverses conditions habituelles se réduisent, au fond, à mieux développer les tendances propres au peuple, et déjà prépondérantes dans le centre du grand mouvement occidental.
Sous le rapport intellectuel, il y en a deux priiicipales : l'une négative, ou d'émancipation ; l'autre positive, ou de préparation.