TROISIÈME PARTIE
avaient pas d'abord obtenu spontanément une suffisante prépondérance. Jusque-là, la systématisation mentale et morale ne peut s'accomplir que chez des individus assez préparés, dont chacun s'efforce de réparer, autant que possible, les vices et les lacunes de sa propre éducation, sous la présidence d'une nouvelle doctrine universelle. Ces tardives convictions personnelles dirigent rinitiation collective de la génération suivante, si la doctrine doit vraiment prévaloir. Telle est, à cet égard, la marche naturelle, dont aucune influence artificielle ne peut dispenser. Loin donc d'inviter les gouvernements actuels à organiser déjà l'éducation générale, il faut les exhorter à abandonner franchement les attributions oiseuses ou perturbatrices qu'ils conservent encore à ce sujet, surtout en France. J'ai ci-dessus indiqué la double exception que comporte cette maxime actuelle, pour L'instruction primaire et la haute instruction spéciale, qui doivent attirer de plus en plus une sage sollicitude publique, comme germes indispensables d'une vraie rénovation. A cela près, il importe beaucoup que le pouvoir temporel, central ou local, abdique son étrange suprématie didactique, en établissant la véritable liberté d'enseignement, dont j'ai signalé les deux conditions essentielles-, par la suppression simultanée de tous les })udgets théologiques et métaphysiques. Tant qu'une doctrine universelle n'aura pas librement prévalu, les efiEorts quelconques des gouvernements actuels pour la régénération directe de l'instruction publique ne pour- Tjoni être que rétrogrades, puisqu'ils devront ainsi s'appuyer sur quelqu'une des diverses doctrines arriérées j]u'il s'agit aujourd'hui de remplacer entièrement. , C'est donc chez les adultes qu'il faut maintenant s'effoccer surtout d'établir enfin des convictions systématiques^ qui permettront ensuite la vraie rénovation de l'éducation proprement dite. Parmi les moyens essentiels
194 DISCOURS SLR l'ensemble
que la presse et la parole permettent d'appliquer à cet" indispensable préambule, je dois distinguer ici une suite plus ou moins métliodique de cours populaires sur les diverses sciences positives, y compris l'histoire, désormais digne d'un te! rang. Mais ces cours ne peuvent comporter une pleine efficacité que d'après un caractère vraiment philosophique, et par conséquent social, même envers les moindres études mathématiques. Ils doivent aussi rester toujours indépendants d'un gouvernement quelconque, afin d'éviter toute doctrine officielle. L'ensemble de ces conditions se résume très heureusement, en concevant ces cours comme occidentaux, et non comme purement nationaux. On y provoque ainsi l'active prépondérance d'une libre association philosophique, résultée, dans tout l'Occident, du concours volontaire de ceux qui peuvent dignement coopérer à ce grand office transitoire, par une intervention essentiellement gratuite. Le positivisme peut seul déterminer aujourd'hui une telle formation. C'est surtout ainsi que se développera bientôt la coalition fondamentale entre les philosophes et les prolétaires.
Suivant cette marche indépendante, les efforts destinés à propager les convictions positivistes coïncideront naturellement avec le libre essor de l'autorité spirituelle qui doit y puiser la base de notre régénération. Le régime transitoire se rapprochera donc autant que possible de l'état normal, à mesure que la solidarité spontanée des deux classes extrêmes de l'ordre final se caractérisera davantage. Pour mieux sentir cette tendance graduella, les cours positivistes doivent être compares aux i correspondants. Tandis que les uns préparent dire ment l'avenir, les autres concourent au même 1 jugeant le passé et conseillant le présent, de manière ébaucher à la fois les trois modes essentiels du nouTi spiritualisme.