TROISIÈME PARTIE
sentiments sont plus faciles et plus directes que partout ailleurs. Un défaut ordinaire de notions et d'habitudes administratives rendrait nos prolétaires peu propres aux divers offices spéciaux du gouvernement pratique. Mais il n'en résulte aucune exclusion quant à l'autorité suprême, ni envers toutes les hautes fonctions temporelles qui exigent une vraie généralité sans supposer aucune spécialité* Quand ces postes éminents seront occupés par.de dignes prolétaires, leur sage et modeste instinct saura bien trouver des organes convenables, au sein des classes qui les ont fournis jusqu'ici. Leur salutaire pré* pondérànce assurant désormais le caractère pratique et l'esprit progressif du gouvernement, ils pourront utiliser sans danger toutes les aptitudes spéciales, même celles qui,^ placées trop haut, répugneraient le plus au service républicain. Tous les éléments temporels propres aux diverses phases modernes fourniront ainsi d'heureux auxiliaires de notre transition finale, surtout parmi les militaires et les juges, aisément susceptibles d'une sincère transformation républicaine, sous cette puissante impulsion prolétaire. Pendantqu'une telle suprématie rassurera et calmera la masse populaire, sans exiger aucune grave compression habituelle, elle réagira sur les chefs industriels de manière à les rendre de plus en plus dignes de leur finale élévation temporelle, à mesure que leurs sc^ntiments s'épureront et que leurs vues s'élargiront.
Ainsi, les conditions de la liberté et celles de Tordre public vont concourir à transférer révolulionnairement le pouvoir central à quelques éminents prolétaires, tant que durera l'interrègne spirituel. Leur avènement nécessaire ne répandra point chez leurs frères une ambition perturbatrice, comme celle qu'y excite aujourd'hui l'ardeur des richesses ; car tous sentiront aisément la nature exceptionnelle et les conditions indispensables de cette rare grandeur.
La destination d'une telle anomalie politique djl mine aussi son mode d'accomplissement. 11 faut, en effet, l'affranchir de cette routine intéressée qui, pendant la dernière génération, fit du pouvoir local une sorte d'apprentissage obligatoire pour le pouvoir central, quoique celui-ci fût toujours le vrai but des ambitions parlementaires. Une irrécusable expérience a trop confirmé, sous ce rapport, les saines indications théoriques, qui représentent un tel mode comme ne pouvant laisser surgir que de vains discoureurs, dépourvus de toute véritable aptitude politique, suivant le type girondin. Outre que nos prolétaires seraient peu propres à triompher ainsi, on doit assurer que, s'ils avaient le malheur d'y parvenir, ils y perdraient la rectitude et la spontanéité qui constituent aujourd'hui leurs vrais titres à ce commandement exceptionnel.
C'est donc d'emblée, et sans aucun circuit parlementaire, que nos chefs prolétaires devront monter au poste temporaire que leur assigne le positivisme. Notre marche directe vers la régénération lînale pourra dès lors prendre nettement son vrai caractère, autant paisible qu'énergique, par le concours, spontané et systématique, de philosophes purs de toute ambition temporelle avec des dictateurs étrangers à toute tyrannie spirituelle. La raison publique flétrira désormais, comme étant à la fois perturbateur et arriéré, tout docteur qui prétendra commander et tout gouverneur qui voudrait enseigner. En un mot, notre gouvernement révolutionnaire aura subi l'intime transformation qu'eût exigée celui de la Convention, si cette admirable création politique avait pu, suivant l'intention officielle, durer jusqu'à la paix générale.
Tel est le pacte défmitif entre les vrais philosophes et les vrais prolétaires, pour diriger la terminaison organique de la grande révolution, par un sage prolongeai