‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 114 sur 225 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

pouillera de toute vaine prétention théorique, pour le réduire à sa vraie destination pratique. Sous tous ces aspects, les vœux systématiques des philosophes seront beaucoup secondés désormais par Tinfluence spontanée ée leurs alliés prolétaires.

Pour mieux caractériser cette salutaire intervention du peuple dans la politique actuelle, je dois ajouter une dernière indication sur la source propre à fournir un pouvoir central capable de diriger la transition temporelle jusqu'à la cessation de l'interrègne spirituel.

L'heureuse équivoque que présente, surtout en français, le mot peuple, rappelle sans cesse que les prolétaires ne forment point une véritable classe, mais constituent la masse sociale, d'où émanent, comme autant d'organes nécessaires, les diverses classes spéciales. Depuis l'extinction des castes, dont la royauté fut le dernier vestige, c'est parmi les prolétaires que se recrutent essentiellement nos chefs temporels. L'état normal exige seulement que ces nouvelles puissances ne deviennent pas directement publiques, sans avoir exercé d'abbrd, dans les travaux privés, une autorité pratique indispensable à leur éducation politique. En tout régime régulier, le gouvernement proprement dit ne peut être qu'une expansion de la prépondérance civile. C'est pourquoi Tordre final des sociétés modernes assure le pouvoir temporel aux principaux chefs des travaux industriels. Quoiqu'ils y semblent encore impropres, ils ne tarde» ront pas à l'obtenir, à mesure que la réorganisation spirituelle les en rendra plus dignes, et leur en facilitera d'ailleurs l'exercice en simplifiant son caractère, dès lors purement pratique.

Néanmoins, aucune de ces deux conditions ne se trouve assez remplie aujourd'hui pour permettre l'accès habituel du pouvoir temporel à ceux qui en deviendront finalement les organes réguliers. Ils peuvent y bien rem-

plir déjà les divers offices spéciaux, comme nous l'avons récemment vu, même envers les fonctions qui paraissent les plus étrangères aux aptitudes industriélleis. Mais, quant à remplacer la royauté dans son office central, ces classes en sont maintenant incapables, sauf des exceptions personnelles, que rien n'annonce aujourd'hui, et dont ne doit pas dépendre notre régime provisoire. L'élévation des vues et des sentiments leur manquent trop jusqu'ici pour leur *permettre maintenant une telle ascension politique. D'ailleurs, hors de l'industrie, cette double condition de la suprématie pratique ne se trouve pas, en général, mieux remplie. Elle l'est beaucoup moins chez les savants, principalement en France où le régime académique a tellement rétréci l'esprit, desséché le cœur et énervé le caractère, que la plupart d'entre eux sont inhabiles à la vie réelle, et surtout indignes da moindre commandement, même scientifique.

90. — Par exception et pendant la durée de la période tuansiioire, le gouvernement doit être confié à d($ prolétaires.

Cette inaptitude sociale de nos diverses classes spéciales oblige à satisfaire autrement une telle exigence révolutionnaire, en s'adressant là où l'esprit d'ensemble se trouve moins comprimé et le sentiment du devoir mieux cultivé. La saine théorie historique me conduit à déclarer, sans hésitation, que nos prolétaires peuvent seuls fournir habituellement de dignes possesseurs du suprême pouvoir temporel, jusqu'à la terminaison de l'interrègne spirituel, c'est-à-dire pendant une génération au moins.

En écartant tout prestige pédantocratique ou aristocratique, un examen rationnel montre aisément, d'après les indications initiales de cette troisième partie, que, chez le peuple, la généralité des pensées et la générosité des

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