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Le culte de la femme prépare le culte

de V Humanité,

J'ai dû insister sur cette institution, tantôt réelle, tantôt idéale, du culte privé et individuel de la femme, parce que son culte public et collectif ne saurait autrement comporter une profonde efficacité morale. La réunion des hommes forti^e et développe beaucoup leurs sentiments propres, mais sans pouvoir les inspirer. Si donc chacun n'éprouvait isolément une tendre vénération habituelle pour celles qui président à nos principales affections, une multitude ainsi composée se bornerait à répéter, dans les temples de THumanité, de vaines formules en l'honneur des femmes. Mais ceux qui, tous les jours, leur adressent sincèrement de secrets hommages, pourront, par leur concours solennel, exalter souvent leurs nobles sentiments respectifs jusqu'au plus salutaire enthousiasme. Dans ma dernière lettre à mon étemelle compagne, je lui disais spontanément : « Au c milieu des plus graves tourments qui puissent résulter « de l'affection, je n'ai pas cessé de sentir que l'essentiel € pour le bonheur c'est d'avoir toujours le cœur dignec ment rempli d (1). Après notre fatale séparation objective, une expérience journalière a mieux confirmé cette appréciation, d'ailleurs si conforme à la vraie théorie de la nature humaine. C'est par de telles habitudes individuelles qu'on peut convenablement préparer de sincères pratiques collectives.

Uaptitude caractéristique du positivisme est encore plus irrécusable pour ce culte public de la femme que pour le culte privé. Car la prépondérance systématique du point de vue social permet seule de rendre un tel hommage à la destination fondamentale du sexe aimant. Dans les grandes réunions du moyen âge, les chevaliers

(1) V. Testament d'Auguste Comte. (N. des édit.).

manifestaient à la fois leurs divers sentiments individuels, mais sans jamais s'élever au-dessus d'un simple prolongement collectif du culte privé. Quoique ce culte doive rester le préambule de l'autre, celui-ci consistera surtout à témoigner directement la reconnaissance du peuple pour l'office social du sexe affectif, comme organe spontané du principe fondamental de l'unité humaine et premier élément du pouvoir modérateur. Or, une telle appréciation était impossible, au moyen âge, faute d'une véritable théorie sociale embrassant l'ensemble des rapports réels. Elle y eût même été inconciliable avec la doctrine dominante, où Dieu usurpait la place de l'Humanité.

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