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Les femmes exceptionnelles

Cette glorification convient tellement aii positivisme, qu'il peut l'étendre jusqu'aux anomalies. Sans doute, lé culte public de la femme, comme son culte privé, doit se rapporter surtout à la vocation affective qui la caractérise. Mais il faut aussi savoir honorer dignement les natures exceptionnelles qui auront rendu de vrais services à l'humanité, soit dans les carrières spéculatives, soit même par une activité pratique encore plus étrangère au type féminin. Le caractère absolu de l'esprit théologique lui interdisait une telle flexibilité, qui eût gravement compromis ses principales prescriptions sociales. Aussi le catholicisme fut-il contraint, malgré ses regrets d'abord sincères, de laisser sans consécration d'augustes mémoires féminines, dont le culte eût, en effet, été alors encore plus nuisible à la morale qu'utile à la politique. Rien ne caractérise mieux cette impuissance nécessaire que l'admirable histoire de l'héroïque vierge qui sauva la France au quinzième siècle. Une canonisation si méritée fut noblement sollicitée par notre

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éminent Louis XI, et dignement accordée par l'autorilé pontificale. Cependant elle n'a jamais déterminé aucune consécration pratique, et sa désuétude entraîna bientôt le clergé à une sorte d'éloignement spontané pour cette grande mémoire, qui lui rappelait surtout son impuissance sociale. Une telle conduite n'a rien d'accidentel, ni même de blâmable ; car elle fut d'abord inspirée par des craintes, alors très légitimes, sur les dangers moraux d'une pareille célébration, qui eût tendu à dénaturer les mœurs féminines. Mais l'incompatibilité n'existe que pour une doctrine absolue, incapable de glorifier une anomalie sans compromettre la règle. Le positivisme réprouve encore davantage que le catholicisme l'existence guerrière des femmes, comme plus éloignée qu'aucune autre de leur vraie vocation. Il peut seul, néanmoins, honorer dignement l'incomparable vierge que délaissa l'impuissance théologique, et qu'osa souiller, même en France, le cynisme métaphysique. Sa consécration solennelle, à chaque anniversaire de son glorieux martyre, sera non seulement nationale, mais occidentale, comme cet immense bienfait, sans lequel le centre normal des populations d'élite perdait peut-être l'indépendance indispensable à son office européen. Tout l'Occident ayant d'ailleurs participé plus ou moins à la turpitude voltairienne, doit également concourir à la réparation positiviste. Loin de compromettre les mœurs féminines, cette glorification exceptionnelle pourra les consolider, en caractérisant l'anomalie et en manifestant les conditions d'une telle apothéose. On y trouvera une nouvelle confirmation des avantages moraux que procure l'esprit relatif du positivisme, seul apte à apprécier les exceptions sans énerver les règles.

Une telle indication du culte positiviste de la femme par l'homme suscite finalement une question fort délicale» quant à la manière de satisfaire un besoin analogue

chez l'autre sexe. Si les hommes ne peuvent s'élevei directement au culte réel de l'Humanité, sans s'y préparer par ce préambule naturel, les femmes, quoique plus aimantes, sout peut-être assujetties aussi à une préparation équivalente. Toutefois, elle devrait certainement prendre une autre direction, afin de mieux développer, chez chaque sexe, les qualités morales que sa nature laisse insuffisantes. Car l'humanité est autant caractérisée par l'énergie que par la tendresse, comme l'atteste familièrement l'heureuse ambiguïté du mot cœur. L'homme, n'ayant pas naturellement assez de tendresse, exige, sous ce rapport, un exercice assidu, que lui procure spontanément le culte de reconnaissance du à la femme. Au contraire, le sexe alTectif, où l'énergie est insuffisante, doit diriger sa préparation spéciale au culte final de l'Humanité de façon à développer plutôt le c rage que l'amour. Mais mon impuissance masculioi m'interdit de scruter davantage ces intimes besoins dà cœur féminin. La lumière philosophique me conduit à signaler cette lacune inaperçue, sans me permettre de la remplir. A la femme seule appartient une telle tàchi que j'eusse réservée à l'éminente collègue dont je fen j'espère, universellement déplorer la perte prématari

L'ensemble de cette quatrième partie me fait profondément sentir, comme philosophe, notre séparation objective. J'ai, sans doute, constaté l'aptitude fondamen.-. taie du positivisme à incorporer dignement les femtt au grand mouvement moderne, en réalisant, mieux q le catholicisme, tous leurs vœux domestiques et sociatrx^ d'après leur noble office naturel dans le régime définitif, Pourtant je ne puis espérer de leur faire assez goûter une telle appréciation pour obtenir leur aclive adhésion, tant que cette exposition n'émanera point d'un organe féminin, seul capable de l'adapter pleinement à leur nature et à leurs habitudes. Jusqu'alors, on les

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