‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 163 sur 225 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

accusations ne conviennent réellement à Tesprit positif que pendant son âge préliminaire de spécialité dispersive, vicieusement prolongé parles savants actuels. Rien n'est plus contraire aujc beaux-arts que les vues étroites, la marche trop analytique, et Tabus du raisonnement, propres à notre régime scientifique, d'ailleurs si funeste au développement moral, première source de toute disposition esthétique. Mais l'esprit positif perd nécessairement ces vices primitifs, à mesure qu*ii s'étend et se coordonne, en passant à de plus hautes études, suivant ma loi encyclopédique. Parvenu jusqu'aux spéculations sociales, qui constituent sa vraie destination finale, sa réalité caractéristique l'oblige d'embrasser les conceptions esthétiques, comme les considérations affectives, afin de représenter le véritable ensemble des phénomènes humains, même individuels, et surtout collectifs. Ainsi réconcilié avec les deux ordres d'impressions qu*il repoussait d'abord, leur charme naturel l'entraîne bientôt à s'y livrer directement, et à reconnaître enfin leur destination normale dans notre constitution personnelle ou sociale. Voilà comment une culture plus complète et plus systématique dissipe naturellement le long divorce préliminaire de la raison moderne avec le sentiment et l'imAgination.

Au point où ce Discours est maintenant parvenu, tout lecteur attentif doit être spontanément rassuré sur les prétendues tendances anti-esthétiques de la nouvelle philosophie. Quand même le positivisme n'assignerait point directement aux beaux-arts une destination capitale, son influence indirecte ne leur serait pas moins favorable, d'après son principe fondamental, son but caractéristique, et ses moyens essentiels. La seule philosophie qui puisse désormais subordonner l'esprit au cœur doit développer nos facultés esthétiques, par cela même qu'elle confère au sentiment, qui en est la vraie

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source, la présidence systématique de l'unité humaïneî" Une doctrine sociale qui vient terminer l'état révolutionnaire, si contraire aux beau\-arts, leur prépare dès lors un vasie domaine et un fondement solide, en établissant des convictions lixes et des mœurs caractérisées, sans lesquelles la poésie n'a rien de grand- à retracer et à stimuler. Eh poussant nos prolétaires à chercher leur vrai bonheur dans l'essor habituel de leurs facultés affectives et spéculatives, le positivisme assure à l'art son auditoire naturel, d'après une éducation dont la base est surtout esthétique

Mais pour pressentir, à cet égard, l'aptitude nécessaire de la nouvelle philosophie, il suffirait de considérer son efficacité féminine, sa tendance à rehausser la dignité sociale du sexe affectif, tout en fortifiant la constitution domestique. Car, de tous les éléments sociaux, la femme est certainement le plus esthétique, soit par sa nature, soit par sa situation, tant consolidées et développées dans le régime positif. Si notre instinct du bien doit ordinairement aux femmes son premier essor, elles nous initient encore mieux au sentiment du beau, étant aussi propres à l'inspirer qu'à l'éprouver. Leur aspect nous indique à la fois tous les genres de beauté, non seulement physique, mais intellectuelle, et surtout morale. Tous leurs actes sont embellis par la recherche spontanée d'une perfection idéale envers chacune de leurs occupations, même involontaires. Leur existence domestique, affranchie de l'activité extérieure, ne fait, à cet égard, que développer davantage leurs inclinations naturelles. Car, l'èlre voué à l'affection doit spontanément chercher partout le mieux, d'abord réel, puis idéal. Ainsi, la doctrine qui érige les femmes en élément primordial du pouvoir modérateur, et qui leur confère la présidence de l'éducation fondamentale, ne saurait mériter aucun soupçon de tendance anti-esthétique.

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