‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 170 sur 225 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

phique, dont l'absence doit nous disposer à l'indulgence envers ces naïves divagations.

Toute cette théorie positiviste peut se résumer spontanément d'après l'heureuse équivoque inhérente à la dénomination usuelle de l'ensemble des fonctions esthétiques. En le qualifiant d'art, par excellence, l'instinct populaire d'où émanent nos langues, et qui est beaucoup plus éclairé que ne le suppose l'orgueil cultivé, a vaguement pressenti la vraie position encyclopédique de la poésie entre la philosophie et la politique, mais plus près de celle-ci que de l'autre. Quoique les arts techniques se proposent de réaliser des perfectionnements que les arts esthétiques se bornent à imaginer, cependant la poésie accomplit déjà une amélioration indirecte, mais capitale, en modifiant nos sentiments. Si on n'en sépare pas l'éloquence, qui n'en est, au fond, qu'une première ébauche, trop souvent avortée, elle exerce spécialement l'action la plus difficile et la plus décisive, pour exciter ou calmer nos passions, non pas à son gré, mais suivant leurs lois naturelles. Elle devient alors un puissant auxiliaire de la morale, comme on l'a toujours senti. Rien n'est donc mieux motivé que son titre relatif à l'action plutôt qu'à la spéculation, puisqu'elle a surtout en vue le perfectionnement le plus étendu et le plus important, envers lequel les arts matériels, physiques, et même intellectuels, ne sont que secondaires ou préparatoires, malgré leur efficacité propre. Au début de révolution moderne, elle fut souvent qualifiée de science, dans tous nos idiomes occidentaux, en un temps où la science proprement dite était à peine appréciable. Mais, à mesure que le génie scientifique et le génie esthétique se sont librement développés, on a mieux senti leurs différences caractéristiques, et partout le nom d'arf a fini par prévaloir envers l'ensemble de nos fonctions poétiques. Toutefois, cette mutation historique confirme

fin-.

davantage le caractère positiviste de l'idéalisatioD, comme inlennédiaire entre l'appréciation et la réalisation.

DISCOCRS SUR I. ENSEMBLE

124, — L'arl établit l'harmonie entre tes sentimenh. les pensées et les actes.

On comprend ainsi comment l'art constitue la représentation la plus complète, autant que la plus naturelle, de l'unité liumaine, puisqu'il se rattache directement aux trois ordres de nos phénomènes caractéristiques, sentiments, pensées, et acles. Sa source est dans le premier, encore plus évidemment que celle de nos deus autres créations générales. Il a pour base le second, et pour but le troisième. De là résulte son heureuse aptitude à réagir indifTéremment sur toutes les parties à^ notre existence, personnelle ou sociale, et dès lors soiv. privilège exclusif de charmer également tous les rangs et tous les âges. L'art ramène doucement à la réahté \e^ contemplations trop abstraites du théoricien, tandis qu'il pousse noblement le praticien aux spéculations désintéressées. Sa nature intermédiaire le destine encore mieux à cultiver le commerce naturel entre l'affection el3 la raison. Il est également propre à stimuler le sentîmentii: chez ceux qui exercent trop l'intelligence, et à développer le goût de la contemplation dans les âmes les-; plus affectueuses. Le célèbre adage qui le représentes comme le reflet naturel de l'humanité ne convient donc pas seulement à la vie publique, qui devait le suggérer, -^ en manifestant mieux sa réalité. II faut aussi l'étendre à toute notre existence, qu'il retrace et modifie, parce qu'il en émane. En remontant jusqu'à la source biologique de^ cette harmonie sociologique, on la voit résulter de la liaison nécessaire entre le système musculaire et le sys* téme nerveux. Nos mouvements, d'abord învolonlaii

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