CINQUIÈME PARTIE
Nos facultés quelconques d'expression sont toujours d'origine estliétique, puisque nous n'exprimons qu'après avoir fortement éprouvé. Aussi concernent-elles davan* tage, surtout au début, les sentiments que les pensées, vu rénergie supérieure des premiers, principaux stimulants de toute manifestation. Même dans nos langues les plus élaborées, où Tintelligence a tant empiété sur Taffection, sous l'impulsion des besoins publics, on peut encore constater chaque jour cette source nécessaire, en appréciant la partie musicale du moindre discours. Qu'on examine soigneusement les intonations mêlées à la plus sèche exposition mathématique, on ne tardera pas à sentir qu'elles viennent du cœur et non de l'esprit, au point qu'on y peut discerner le caractère moral de l'orateur le moins spontané. La biologie explique aisément cette loi en rappelant que la réaction musculaire, vocale ou mimique, d'où résulte l'expression, est surtout commandée par la partie affective du cerveau, sa partie spéculative étant trop inerte pour provoquer des contractions qui ne lui semblent pas indispensables. C'est pourquoi la sociologie conçoit le fond de chaque langue comme recueillant ce qu'il y a de spontané et d'universel dans l'évolution esthétique de l'humanité, pour satisfaire aux besoins communs de manifestation. Les arts spéciaux exploitent d'abord ce domaine public, et ensuite l'agrandissent. Mais l'opération ne change pas de nature, soit qu'elle émane de l'instinct populaire ou d'un organe particulier. Le résultat dépend toujours davantage du sentiment que de la raison, même aujourd'hui, dans la plupart des cas, malgré la moderne insurrection de l'esprit contre le cœur. Ainsi, la parole dérive <la chant, et l'écriture du dessin, parce que nous exprimons d'abord ce qui nous affecte le plus. Nos besoins :sociaux ont ensuite augmenté l'usage, et même Texten- :^ion, de cette partie du chant ou du dessin qui concerne
la vie active et le degré correspondant de vie spéculative, sujets essentiels des communications habituelles. Alors rintention affective qui avait d'abord inspiré le signe s'efface graduellement sous cette destination pratique, qui rend l'expression plus rapide et moins prononcée. On finit ainsi par attribuer son origine à une convention arbitraire, dont l'universalité spontanée serait pourtant inexplicable. Telle est, en aperçu, la théorie sociologique du langage humain, regardé comme lié à l'ensemble des fonctions esthétiques, avec lequel il coïncide chez les autres animaux, dont aucun n'embellit assez son chant ou sa mimique pour s'élever à l'art proprement dit.
1 26. — Classification des beaux-arts.
Afin que la philosophie de l'art soit ici caractérisée sous tous ses aspects statiques, il suffit maintenant d'indiquer la hiérarchie esthétique. Intermédiaire encyclopédique entre la hiérarchie théorique et la hiérarchi pratique, elle repose aussi sur le même principe fonda mental de généralité décroissante, que j'ai depuis longtemps érigé en régulateur universel de toutes les classi *
fications positives. Déjà nous avons reconnu qu'il foumiV' -^ une échelle du beau essentiellement équivalente à cell^^^ ^ (lui, d'abord établie pour le vrai, s'était ensuite étendu^^^ ^ au bon. Nous devons encore l'appliquer à ranger le^^ — ^ divers beaux-arts suivant un ordre, à la fois de concep- ^cption et de succession, analogue à celui qui convient ain-^'** système scientifique et au système industriel, d'après ^^^ mon grand traité philosophique.
(A»lle classification procède, en effet, selon la généra — ^' lilô décroissante et l'énergie croissante de nos divers ^^ movens d'expression, qui^en même temps deviennent d< plus on plus techniques. La série esthétique qui, son lernie supérieur, se liait directement à la séri^^