CINQUIÈME PARTIE
de l'antiquité, par suite de la prépondérance nécessaire de rimagination dans la construction des doctrines initiales. Le polythéisme a été ainsi regardé comme une œuvre d'art, depuis qu'on a cessé de comprendre la foi correspondante. Mais le long empire de ses croyances suffirait pour constater que, loin de constituer des productions esthétiques, elles émanèrent toujours du génie philosophique de l'humanité, suivant le mode spontané qui seul convenait alors, d'après ma théorie d'évolution. La poésie n'y eut d'autre part que de les embellir, conformément à sa destination constante. Seulement la nature de la philosophie polythéique rendit cet office beaucoup plus favorable à l'essor de l'art que sous tout autre régime ultérieur. Aussi est-ce à cet âge théologique que remontera toujours notre initiation esthétique, individuelle ou collective. Mais l'art n'en resta pas moins extérieur à l'ordre antique. Il n'y put même surgir librement qu'après avoir échappé à la théocratie qui, par une incorporation subalterne, entravait toutes ses créations, en consacrant l'immobilité nécessaire des diverses croyances. La nature de la sociabilité antique lui fut d'ailleurs encore moins favorable. Pouvant à peine y retracer les affections domestiques ou personnelles, la vie publique lui offrait seule un vaste domaine, d'après des mœurs à la fois énergiques et persistantes. Mais on peut reconnaître, jusque chez l'incomparable Homère, que le génie esthétique ne s'exerçait déjà qu'à regret sur cette existence guerrière, faute d'un plus digne sujet d'idéalisation. Le seul grand aspect social qu'elle comportât, le système d'assimilation institué par la succession des conquêtes, n'était point encore appréciable. Quand il le devint assez, le régime antique touchait à sa fin, et cette noble politique ne put inspirer à Virgile que quelques vers admirables, résumés par l'hémistiche caractéristique, pacis imponere morem.