Lart au moyen âge
Malgré d'empiriques préventions, le système social du moyen âge eût été, par sa nature, beaucoup plus favorable aux beaux-arts, s'il avait pu se prolonger davantage. Ce n'était point, à la vérité, d'après les croyances dominantes, dont la tendance anti-esthétique suscita I étrange inconséquence qui, à travers le christianisme, accordait une consécration factice aux dogmes polythéiques. En imposant à chacun un but individuel et chimérique, la foi monothéique n'encourageait d'antre poésie que celle qui concerne l'existence personnelle, alors idéalisée dans ses plus intimes émotions, par d'admirables compositions mystiques, où la langue seule fut insuffisante. A tout autre égard, le catholicisme n'excita Tessor des beaux-arts qu'en leur préparant un meilleur accueil, quand la constitution sacerdotale put assez contenir les vices intellectuels et moraux des croyances chrétiennes. Mais la sociabilité correspondante était beaucoup plus esthétique que celle de l'antiquité. Quoique la vie publique fût restée militaire, elle avait acquis une haute moralité, très favorable à la poésie, en devenant surtout défensive. La juste émancipation des femmes permettait enfin de développer toutes les émotions domestiques. Un nouveau sentiment de la dignité personnelle, pleinement compatible avec le dévouement social, rendait possible l'entière idéalisation de l'existence individuelle. Aussi, l'admirable institution de la chevalerie occidentale, qui résumait ces trois attributs, suscita-t-elle partout un libre essor esthétique, mieux nccueilli qu'en aucun temps antérieur. Mais cette impulsion générale, source trop méconnue de l'art moderne, ne put assez persister, parce que le moyen âge ne dut constituer, à tous égards, qu'une immense transition. Quand la langue et la société furent tellement formées