Avenir de Vart
Tous ces indices concourent donc à nous présenter l'avenir comme la principale époque de l'essor esthétique de l'humanité, à laquelle le passé n'a pu fournir, à
CINQUIÈME PAKTIE 317
cet égard comme à tout autre, qu'une indispensable préparation. D'après ce prélude spontané de notre longue enfance, noire virilité mentale et morale systématisera dignement la culture esthétique, en même temps que la culture scientifique et la culture industrielle, pareillement désorganisées aujourd'hui. La régénération finale ne peut s'accomplir sans une intime incorporation de l'art à l'ensemble de Tordre moderne, préparée par la suite de nos antécédents. En reprenant, sur de meilleures bases théoriques, la grande construction sociale tentée au moyen âge, le positivisme renouvellera aussi l'admirable impulsion esthétique que la réaction classique vint alors interrompre. Ainsi rétablie, elle ne pourra ensuite que se développer de plus en plus, d'après sa profonde solidarité, à la fois spontanée et systématique, avec tout le régime définitif. Voilà ce qui me reste à indiquer directement pour avoir assez caractérisé ici l'aptitude esthétique de la nouvelle philosophie.
Comme seule source désormais possible de convictions fixes et communes, servant de base à des mœurs prononcées et durables, le positivisme serait déjà indispensable au développement ultérieur de l'art moderne. L'interprète et le spectateur doivent également remplir cette condition préliminaire, pour que notre existence, personnelle, domestique, ou sociale, devienne vraiment idéalisable. Il n'y a d'esthétiques que les émotions profondément senties et spontanément partagées. Quand la société manque de tout caractère intellectuel et moral^ l'art destiné à la retracer n'en saurait avoir non plus, et il se réduit à la vague culture de facultés trop naturelles^ pour devoir jamais rester inactives, même lorsqu'elles n'ont aucun grand but. Ainsi, l'efficacité esthétique du positivisme résulterait d'abord de son aptitude à terminer la révolution par la prépondérance directe du mouvement organique.
Mais, outre cette in contes labié influence, coinmuiïëï loule réorganisation quelconque, il faut ici faire sentir que le principe de la reconstruction positiviste est principalement favorable à l'essor des beaux-arts, en faisant prévaloir les opinions et les mœurs qui leur conviennent le mieux.
On ne peut concevoir un régime plus esthétique que celui qui érige le sentiment en base nécessaire de l'unité humaine, et qui assigne pour unique but de toute notre existence le perfectionnement universel, surtout niorat. Quoique la nouvelle philosophie ne semble d'abord se proposer que de former des hommes plus systématiques, on reconnaît bienlùt qu'elle n'institue cette indispensable coordination qu'afin de nous rendre plus sympathiques et plus synergiques, en fondant des mœurs actives sur des convictions inébranlables. En faisant consisler la principale satisfaction de chacun à coopérer au bonheur d'autrui, le positivisme appelle enfin l'arl à sa meilleure destination, la culture des sentiments bienveillants, beaucoup plus esthétiques que les instincts de haine et d'oppression, seuls chantés jusqu'alors. Cette culture devenant notre but principal, la poésie se trouve directement incorporée à l'ensembledu régime définitif, et acquiert ainsi une dignité auparavant impossible. Malgré l'origine scientifique de la philosophie nouvelle, la science y sera réduite à son véritable office, pour construire la base objective de la sagesse humaine, alîn de fournir un indispensable fondement à l'art et à l'iodustrie, qui doivent surtout attirer notre sollicitude continue. Substituant partout le relatif à l'absolu, en rapportant tout à l'fimnnnité, elle bornera l'étude du vrai à ce qu'exige le développement du bon et du beau. Au delà de cette destination, la culture scientifique sera représentée comme détournant, par d'oiseuses contemplalions, du principal but de notre existence, individuelle