Lart et les fêtes publiques
D'après sa participation fondamentale à l'éducation positive, Fart n'aura pas moins de part à l'indispensable complément qu'elle nécessite, pour ramener les individus et les classes aux sentiments et aux principes que l'activité pratique tend toujours à altérer. Dans toutes les solennités, privées ou publiques, relatives à cet important ofQce, le positivisme emploiera davantage les impressions esthétiques que les explications scientifiques. Cette prépondérance devra même y être encore plus prononcée qu'envers l'éducation proprement dite. En effet, la base universelle de la sagesse humaine étant alors systématisée, il suffira d'y faire appel, et le sacerdoce philosophique s'occupera moins de la conception que de l'exposition, dont la nature est surtout esthétique.
L'empirisme révolutionnaire a déjà suscité un vague pressentiment de cette fonction sociale de l'art moderne, comme principal régulateur des fêtes publiques. Mais l'inanité notoire de toutes les tentatives entreprises à ce sujet, depuis le début de la révolution, est très propre à confirmer à la philosophie le privilège exclusif d'un office que la politique ne saurait remplir. Toute fête devant consister dans la manifestation solennelle de sentiments réels, la spontanéité constitue toujours sa condition préliminaire. Le pouvoir qui commande y est donc incompétent, et celui qui conseille n'y doit même intervenir qu'à titre d'organe systématique des dispositions préexistantes. Depuis la décadence du catholicisme, nous n a-
vons plus de véritables fêles, et elles ne pourront renaître que sous le libre ascendant du positivisme. Jusque là le pouvoir temporel continuera vainement d'ordonner des simulacres sans dignité , au milieu d'un tumultueux concours, où les spectateurs tiennent lieu de spectacle. Ses empiriques prétentions deviennent même souvent tyranniques, quand il impose des formules arbitraires à des sentiments qui n'existent pas. Nulle opération sociale ne tombe plus évidemment sous l'unique compétence du pouvoir spirituel, seul apte à régulariser les tendances d'où elle résulte. Or, son office devient alors esthétique. Car, toute fête réelle, même privée, et surtout publique, constitue, au fond, une œuvre d'art, en tant que destinée à ridéalisation, vocale ou mimique, des sentiments correspondants. Aucune fonction ne' saurait être aussi esthétique, puisque la manifestation exige, d'ordinaire, l'intime combinaison des quatre arts spéciaux, sous la présidence de l'art fondamental. C'est pourquoi la routine temporelle a toujours été conduite à subordonner, sous ce rapport, sa suprématie officielle à de libres consultations artistiques, même en invoquant de simples peintres ou sculpteurs, faute de véritables poètes.
Pour constater, à cet égard, l'aptitude esthétique du positivisme, il suffirait de rappeler le culte de la femme, indiqué dans la quatrième partie de ce Discours, et le culte de l'Humanité, qui sera spécialement annoncé par sa conclusion générale. Tous deux constitueront, en effet, les principales sources des fêtes positivistes, tant privées que publiques. Aucune indication directe n'est donc nécessaire ici sur un sujet déjà ébauché et que je compléterai bientôt, dans les limites propres à ce simple prélude d'un traité spécial.
En assignant à l'art un office fondamental qui consolidera sa dignité sociale, le régime positif doit aussi lui procurer de nouveaux moyens généraux, surtout en lui