CINQUIÈME PARTIE
livrant Tensemble du domaine historique, à peine abordé jusqu'ici.
136. — Evocation idéale des grandes époques et des grands hommes.
Obligée, sous l'impulsion classique, de remonter aux types antiques, faute d'inspirations contemporaines, la poésie moderne fut déjà conduite à idéaliser les phases antérieures de l'humanité. Tel fut le principal caractère de notre grand Corneille, consacrant l'ensemble de ses drames à l'admirable peinture des divers âges romains. La prépondérance croissante de l'esprit historique a produit, de nos jours, dans les compositions épiques, une suite analogue de tentatives moins parfaites envers les temps postérieurs, par les éminents chefs-d'œuvre de Walter Scott et de Manzoni. Mais ces manifestations partielles ne pouvaient constituer que les indices spontanés de la nouvelle carrière que le positivisme doit offrir au génie esthétique, en lui ouvrant l'accès familier du passé, et même de l'avenir. Ce domaine immense ne pouvait être livré à la poésie que quand la philosophie en aurait d'abord embrassé l'ensemble. Or, l'esprit absolu de la théologie et de la métaphysique empêchait jusqu'ici de comprendre les diverses phases sociales, surtout assez pour les idéaliser dignement. Au contraire, le positivisme, toujours relatif, est principalement caractérisé par une théorie historique qui rendra familière l'intime contemplation de tous les modes propres à l'existence humaine. Un monothéiste sincère ne saurait bien comprendre et peindre avec succès les mœurs polythéiques ou fétichi- <iues. Le poète positiviste, habitué à la filiation de tous les états antérieurs, peut s'identifier avec un âge quelconque, au point de réveiller nos sympathies pour une phase dont chacun de nous doit retrouver en lui-même
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l'équivalent spontané. C'est ainsi que nous pouvons inainlenir, envers l'antiquilc, les croyances du paganisme, sans affaiblir leur admirable efficacité esthétique par les inévitabies scrupules qu'une telle obligation inspirai! aux chrétiens. L'art nouveau se trouvera donc appelé à faire dignement revivre tous lesàgesanlérieurs, dont quelques-uns seulement sont déjà assez idéalisés, surtout par Homère et Corneille. Il comptera d'autant mieux sur l'efficacité esthétique d'une telle source que le même régime qui la lui ouvrira disposera aussi le public à la goûter. Cette suite presque inépuisable d'heureuses créations, épiques ou dramatiques, se liera profondément, d'une part, à l'ensemble de l'éducation positive, d'une autre part, au culte systématique de rHumanité, pour faciliter l'appréciation et seconder la glorificaj de toutes les phases sociales.
Il faut enfin reconnaître que le régime final, en curant à l'art des moyens plus étendus, lui fournira aussi de meilleurs organes, en faisant cesser une vicieuse spéclalisatioD, directement contraire à la tendance synthétique qui caractérise toujours le véritable génie poétique.
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137. — La nonoelle éducation favorisera les vocaiv esthétiques.
Le positivisme développera nécessairement toutes vraies vocations esthétiques, par le système d'éducation générale qui, institué pour les prolétaires, convient également aux autres classes quelconques. Comme nous ne pouvons idéaliser et peindre que ce qui nous est devenu familier, la poésie a toujours reposé sur quelque philosophie, capable d'imprimer une direction fixe à l'ensemble de nos pensées et de nos sentiments. Aussi tous les vrais poètes ont-ils profondément participé, depuis Homère jusqu'à Corneille, à la plus forte éducation générale