‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 190 sur 225 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Sous le régime théocratique qui dut partout inaugurer révolution humaine, Tactivité pratique fut seule séparée de l'existence contemplative. Mais les diverses fonctions spéculatives restaient réunies chez les mêmes organes, sans aucune distinction entre les aptitudes qualifiées ensuite d'esthétiques et de scientifiques. Quoique leur séparation ultérieure fut indispensable à leur développement respectif, elle était pourtant contraire à l'ordre fondamental, qui n'admet d'autre grande division sociale qu'entre la théorie et la pratique. Elle doit donc aboutir à une nouvelle combinaison, plus intime que la coexistence primitive, de toutes les facultés théoriques, dont l'influence nécessaire sur la vie active s'affaiblirait par leur dispersion. Seulement cette fusion finale ne devait surgir qu'après un suffisant essor partiel de ses divers éléments principaux. Or, ce préambule nécessaire a exigé tout le temps qui nous sépare de l'état théocratique. L'art dut se détacher du tronc commun avant la science, en vertu de son essor plus rapide et de son caractère plus indépendant. Au siècle d'Homère, le sacerdoce avait déjà cessé d'être esthétique, mais il restait encore scientifique, jusqu'à l'avènement des philosophes proprement dits, bientôt suivis des purs savants. C'est ainsi que le régime de la spécialité, qui n'est normal que pour l'industrie, a dû s'étendre d'abord à l'art, et ensuite à la science. Mais, après avoir seul permis l'essor décisif des divers éléments spéculatifs échappés à une théocratie oppressive, ce régime préliminaire constitue maintenant, par sa vicieuse prolongation, le principal obstacle à Tordre final vers lequel tendaient toutes ces préparations partielles. Leur intime combinaison suivant un nouveau principe devient désormais la condition fondamentale d'une vraie régénération.

En appréciant les fonctions essentielles du pouvoir modérateur, soit pour l'éducation, soit pour la consulta-

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lion, on reconnaît aisément qu'elles exigent un inélai| habituel des dispositions eslliétiques avec les aptitudes scienlifîques. Si le public doit participer à ces deux caractères, pourraient-ils être séparés chez ses vrais directeurs spirituels ? On continuera pourtant à les nommer philosophes plutôt que poètes, parce que leurs attributions ordinaires sont plus scientifiques qu'esthétiques: mais ils devront autant sentir l'art que la science. Celleci exige des leçons systématiques, tandis qu'une culture spontanée suflit à l'autre, sauf pour la partie technique des aris spéciaux. D'un autre côté, les hautes fonctions esthétiques ne comportent pas d'organes permanents, puisque leur principale efficacilé suppose l'excellence des compositions, qui, une fois produiles, conservent une éternelle aptitude â fournir partout des moyens d'idéaliser et de formuler nos senliments privés ou publics. Il suflit qu'une éducation convenable ait également préparé les interprètes et les auditeurs à goûter la perfection et à repousser la médiocrité. Tous les rangs sociaux peuvent dès lors, comme on l'a vu souvent, i'ournîr de dignes organes exceptionnels aux nouveaux besoins réels de manifestation atTective. -Mais cet ofSce doit naturellement convenir surtout à la classe phil oso* phique, qui, lorsque son vrai caractère définitif ^ prévalu, sera autant sympathique que systématiqud

- Comparaison entre le génie esUtéliqiie et le ^ philosophique ou scientifique.

Il n'existe, au fond, aucune incompatibilité organtq entre le génie esthétique et le génie scientifique, qui9 se distinguent réellement que par la diversité de lean combinaisons, concrètes et idéales chez l'un, abstraites et réelles chez l'autre. Tous deux emploient le régîiiu^ . analytique pour leurs èlaborations préliminaîrei

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