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CINQUIÈME PARTIE

poursuivent également une synthèse définitive. Les vaines théories qui les supposent inconciliables n'offrent que la vicieuse consécration d'un état passager, suivant la tendance absolue de toute doctrine métaphysique. S'ils paraissent, en effet, n'avoirjamais les mêmes organes, c'est seulement parce que leurs offices caractéristiques ne sauraient être simultanés. Toute situation sociale qui nécessite de grands efforts philosophiques se trouve nécessairement impropre au véritable essor poétique, puisqu'elle exige une nouvelle élaboration dans les opinions fondamentales, dont la fixité est, au contraire, indispensable à l'art. C'est pourquoi l'ensemble du passé montre les révolutions de la poésie succédant à celles de la philosophie, sans jamais coexister avec elles. En étudiant les types intellectuels qui n'ont pu trouver un milieu •convenable, on reconnaît aisément quelesmèmesesprits auraient cultivé avec un égal succès la philosophie ou la poésie selon l'époque de leur apparition. Diderot eût ■été, sans doute, un grand poète, en un temps plus esthétique, comme Gœthe un éminent philosophe sous une autre impulsion publique. Tous les savants qui ont plus induit que déduit offrent des signes évidents d'aptitude poétique. Que l'invention soit abstraite ou concrète, qu'elle s'applique à saisir la réalité ou à l'idéaliser, c'est toujours, au fond, la même fonction cérébrale, avec des destinations différentes, dont les principaux cas ne peuvent jamais coexister. L'admirable génie synthétique de notre grand Buffon doit être apprécié historiquement comme une annonce spontanée de cette fusion finale entre l'esprit scientifique et l'esprit esthétique, fiossuet aurait déjà offert un exemple encore mieux décisif d'égale aptitude à la plus haute philosophie et à la plus sublime poésie, si l'ensemble de la situation lui eût imprimé une impulsion mieux caractérisée en l'un ou l'autre sens.

DISCOURS SLR l'ensemble

Ainsi, malgré les préjugés actuels, aucune incompatibililé naturelle D'empèchera la classe habituellement livrée aux offices philosophiques proprement dits de l'ournir aussi, quand il y aura lieu, les meilleurs organes poétiques. Il suffit alors que les plus éminents penseurs passent de l'activité scientifique à l'activité esthétique, suivant la pente naturelle de tous les grands esprits vers tes compositions les plus nécessaires â leur siècle. C'est seulement pour les arts spéciaux que, d'après leurs esigences techniques, une certaine consécration exclusive restera indispensable chez quelques maîtres choisis, qui dtvieodront alors des membres accessoires du pouvoir spirituel, en vertu de leur digne participation à l'éducation universelle. Même dans ces cas exceptionnels, la spécialité actuelle sera beaucoup modifiée, puisque cette rare élévation ne s'accordera qu'à des natures assez esthétiques pour goûter également tous les beaux-arts, au point de cultiver à la fois les trois qui concernent la forme, comme en Italie au seizième siècle.

Cette aptitude poétique des nouveaux philosophes ne se manifestera, d'ordinaire, que par leur disposîtioD permanente à sentir dignement et à faire bien apprécier les divers modes d'idéalisation. La fonction esthétique ne deviendra habituellement active chez eux que pour la composition des fêtes publiques. Mais, quand les besoins sociaux susciteront d'éminentes créations épiques ou dramatiques, tes principaux d'entre eux deviendront des poètes proprement dits, l'ofiice purement philosophique cessant alors d'exiger les plus hautes intelligences. Les grands travaux de systématisation et d'idéalisation devant désonnais alterner à de moindres intervalles que jadis, on pourrait tes concevoir successivement accomplis par les mêmes organes, si la vie humaine durait davantage. Toutefois, notre faible longévité, et la verve juvénile qu'exigent toutes les hautes

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