‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 209 sur 225 · Représentation poétique du nouvel Etre-Suprême · texte numérisé non relu

Représentation poétique du nouvel Etre-Suprême

D'abord, l'art doit beaucoup participer à la construction directe du type fondamental, sous la seule condition de se conformer toujours aux grandes données scientifiques. Car la science ne peut assez déterminer la nature et la destinée du nouvel Être-Suprême pour suffire aux besoins d'un culte dont l'objet doit se concevoir nettement afin qu'on puisse l'aimer sans effort et le servir avec ardeur. Il appartient au génie esthétique de remplir, à cet égard, les inévitables lacunes que laisse le génie scientifique, toujours contenu dans les étroites limites de la réalité, surtout en un tel sujet. Son propre caractère le dispose à mieux représenter celui de THumanité, parce que l'art y participe davantage que la science. L'indépendance et le concours, dont la combinaison distingue le Grand Être de toutes les autres vitalités, constituent aussi les attributs spontanés de la poésie. Quoique sa nature soit plus sympathique que celle de la science, ses productions sont pourtant les plus individuelles de toutes, celles où le génie propre de chaque compositeur se trouve le mieux marqué, parce qu'il y doit moins à ses prédécesseurs et à ses contemporains. Ainsi, la synthèse fondamentale qui inaugurera le culte final convient davantage à l'art qu'à la science, qui lui fournira seulement une base indispensable. La poésie y

prendra encore plus de part qu'à l'élaboration primitive des types polythéiques, où sa coopération si vantée fut plus apparente que réelle et se réduisit, au fond, à orner les mythes construits par une ombrageuse théocratie. Seule elle achèvera de nous placer au vrai point de vue humaniste, en nous faisant sentir dignement tous les attributs essentiels du Grand-Être que nous composons. Elle chantera tour à tour sa puissance matérielle, son amélioration physique, son progrès intellectuel, et surtout son perfectionnement moral. Antipathique à toute analyse, Tart nous expliquera la nature et la condition de l'Humanité en nous représentant sa vraie destinée, sa lutte continue contre une douloureuse fatalité, devenue une source de bonheur et de gloire, sa lente évolution préliminaire, et ses hautes espérances prochaines. La seule histoire de l'amour universel, âme nécessaire du nouveau Grand-Être,fournirait à la poésie régénérée un sujet intarissable, pour représenter, dans l'individu, et surtout dans l'espèce, l'admirable progression qui nous élève graduellement à la plus pure tendresse, en partant néanmoins d'un brutal appétit.

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