‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 210 sur 225 · L Humanité et les Dieux · texte numérisé non relu

L Humanité et les Dieux

Ce grand office esthétique prendra souvent une forme comparative, qui caractérisera la supériorité du nouveau culte, sans exiger aucune critique spéciale de l'ancien. Pour mieux signaler les principaux attributs du vrai Grand-Être, Tart sera fréquemment conduit, surtout au début, à leur opposer l'imperfection nécessaire de ses divers précurseurs. La nature absolue, indéfinie, et immuable des types théologiques n'a jamais permis d'y concilier assez les conditions essentielles de bonté, de sagesse, et de puissance, dont la combinaison ne nous devient intelligible que dans une existence réelle, assu-

jettie à des lois insurmontables. A des dieux actifs et sympathiques, mais sans dignité et sans moralité, le monothéisme substitua une divinité tantôt inerte et im* passible, tantôt impénétrable et inflexible, quoique toujours majestueuse. D'après la réalité qui caractérise le nouvel Être-Suprême, sa nature relative et modifiable nous permet une appréciation plus complète, et surtout plus apte à nous élever sans cesser de nous dominer. Chacun y sent un supérieur, d'où dépend, à tous égards, sa propre destinée, toujours subordonnée à l'évolution col« lective. Mais cette domination ne nous annule point comme Tancienne omnipotence, parce que chaque digne individualité se reconnaît, à son tour, indispensable au grand organisme. Il n'est suprême que par notre concours^ et son ascendant n'est que supérieur aux autres existences connues. Aucune terreur dégradante ne trouble notre amour envers lui, et pourtant il nous inspire toujours une sincère vénération. Loin de le supposer p^rfiiit^ nous étudions avec soin ses imperfections naturelMs afin de les corriger autant que possible. Nous r;iimon$ d'une affection aussi noble que tendre, qui, au lieu d\ii\e honteuse adulation, inspire une active sollicifu<)e de perfectionnement* Mais tous ces avantages du iHHivt^u culle^ indiqués d'abord par la philosophie, ne IH^uvent être asset développés que par la poésie. Déjà iHvlhe. et surtout Byron, ont pressenti la grandeur morale de Thomme affranchi de toute chimère oppressi^>^. Cependant ils n'ont pu aboutir ainsi qu'à des types insurrectionneK conformes à leur office révolutionnaire. I) faut sortir de rétat négatif où leur génie était retenu (>ar leur situation, et s'élever à la contemplation positive de (ensemble des lois réelles, surtout sociologiques, j^our chanter dignement le nouvel homme en présence du nouveau dieu.

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