PREMIÈRE PARTIE
usurpation mérilenl, à leur tour, les méines reproches, quand ils prétendent, par exemple, tout expliquer en sociologie par des influences purement secondaires de climat ou de race, puisqu'ils méconnaissent alors le» lois fondamentales que peut seule dévoiler une combinaison directe des inductions historique^.
Cette appréciation philosophique du matérialisme explique à la fois la source naturelle et la profonde injustice de la grave méprise dont j'indique ici la rectification décisive. Loin que le vrai positivisme soit aucunement favorable à ces dangereuses aberrations, on voit, au contraire, qu'il peut seul les dissiper irrévocablement d'après son aptitude exclusive à procurer une juste salisfaction aux tendances très légitimes dont elles n'offrent qu'une empirique exagération. Jusqu'ici le mal n'a été contenu que par la résistance spontanée de l'esprit théologico-métaphysique ; et cet office provisoire a constitué la destination, indispensable quoique insuffisante, du spiritualisme proprement dit. Mais de tels obstacles ne pouvaient empêcher l'énergique ascension du matérialisme, ainsi investi, aux yeux de la raison moderne, d'un certain caractère progressif, par sa liaison prolongée avec la juste insurrection de l'humanité contre un régime devenu rétrograde. Aussi, malgré ces impuissantes protestations, l'oppressive domination d<s théories inférieures compromet-elle beaucoup aujourd'hui l'indépendance et la dignité des éludes supérieures. En satisfaisant, au delà de toute possibilité anlérieure, à ce qu'il y a de légitime dans les prétentions opposées du matérialisme et du spiritualisme, le positivisme les écarle irrévocablement à la fois, l'un comme anarchique, l'autre comme rétrograde. Ce double service résulte spontanément de la simple fondation de la vraie hiérarchie encyclopédique, qui assure à chaque étude élémentaire son libre essor inductif; sans altérer sa subordina-
tion déductive. Mais cette conciliatioa fondamentale sera surtout due à Tuniverselle prépondérance, logique et scientifique, que la nouvelle philosophie pouvait senle procurer au point de vue social. Eln faisant ainsi prévaloir les plus nobles spéculations, où la tendanire matérialiste est la plus dangereuse et aussi la plus imminente, on la représente directement comme non moins arriérée désormais que son antagoniste, puisqu'elles entravent également Télaboration de la science finale. Par là, cette double élimination se trouve même liée à l'ensemble de la regénération sociale, que peut seul diriger une exacte connaissance des lois naturelles propres aux phénomènes moraux et politiques. J'aurai bientôt lieu de faire aussi sentir combien le matérialisme sociologique nuit aujounriiui au véritable art social, comme disposant à méconnaître son principe le plus fondamental, la division systématique des deux puissances spirituelle et temporelle, qu'il s'agit surtout de rendre maintenant inaltérable, en reprenant, sur de meilleures t>ases, l'admirable construction du moyen âge. On reconnaîtra ainsi (|uc le positivisme n'est pas moins radicalement opposé au matérialisme par sa destination politique que par son caractère philosophique.
Afin de rendre cette sommaire appréciation à la fois plus impartiale et plus décisive, j'y ai écarté à dessein l(*s graves inculpations morales que suscite ordinairement une telle accusation. Même quand elles sont sincères, ces imputations, si souvent démenties par Texpérience, se trouvent, en effet, contraires à la vraie théorie de la nature humaine, puisque nos opinions, saines ou vicieuses, sont heureusement incapables d'exercer sur nos sentiments et notre conduite Tempire absolu qu'on leur attribue communément. D'après leur relation provisoire avec l'ensemble du mouvement d'émancipation, les aberrations matérialistes furent, au contraire,