‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 29 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

souvent liées, chez les modernes, aux plus généreuses inspirations* Mais, outre que cette solidarité passagère a déjà cessé, il faut aujourd'hui reconnaître que, même dans les meilleurs cas, une telle tendance intellectuelle a toujours altéré, à un certain degré, Tessor spontané de nos plus nobles instincts, en disposant à écarter ou à méconnaître des phénomènes affectifs que ces grossières hypothèses ne pouvaient représenter. On en voit un exemple trop décisif dans le déplorable arrêt prononcé par réminent Cabanis contre Tadmirable chevalerie du moyen âge (1). Quoique le cœur de ce philosophe fût aussi pur, et même aussi tendre, que son esprit était élevé et étendu, le matérialisme contemporain Ta essentiellement empêché d'apprécier l'heureuse organisation du culte habituel de la femme chez nos énergiques ancêtres.

Cette rectification décisive des deux principales inculpations naturellement adressées aujourd'hui au positivisme systématique, par suite de sa solidarité initiale avec le positivisme empirique, me dispense d'insister autant sur les fréquentes accusations de fatalisme et d'optimisme, dont l'injustice est beaucoup plus facile à caractériser.

(1) Cabanis. Rapports du physique et du moral de l'homme, conclusion du V« mémoire ayant pour titre : De Tinfluence des sexes sur le caractère des idées et des affections morales, a Deux circonstances ont principalement contribué, dans les sociétés modernes, à le (l'amour) dénaturer par une exaltation factice ; je veux dire d'abord ces barrières maladroites que les parents ou les institutions civiles ; je veux dire, en second lieu, le défaut d'objets

d'un intérêt véritablement grand et le désœuvrement général des classes aisées, dans les gouvernements monarchiqufs ; à quoi l'on peut ajouter encore les restes de l'esprit de chevalerie, fruit ridicule de l'odieuse féodalité et cette espèce de conspiration des gens à talents pour diriger toute l'énergie humaine vers des dissipations qui tendraient de plus en plus à river pour toujours les fers des nations «. {Note des éditeurs).

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20. — Ijt poùtionmt n'est pas fataliste : il soutient que l'homme peut et doit modifier V ordre extérieur.

Quant à la première, il faut peu s'étonner que, depuis la naissance des théories réelles, elle ait toujours. accompagné clia {uc extension nouvelle du domaine positif. Lorsque des phénomènes quelconques passent du régime des volontés, même modifiées par les entités, au régime des lois, le contraste de leur régularité finale avec leur inslabilité primitive doit, en efiet, présenter d*abord un caractère de fatalité, qui ne peut disparaître ensuite que par une appréciation très approfondie du véritable esprit scientifique. Cette méprise est d'autant plus inévitable que notre type initial des lois naturelles se rapporte à des phénomènes immodifiables pour nous, ceux des mouvements célestes, qui nous rappelleront toujours une nécessité absolue, qu'on ne peut s empêcher d'étendre aux événements plus complexes, à mesure qu'on y introduit la méthode positive. Il faut même reconnaître que le dogme positiviste suppose partout une stricte invariabilité dans l'ordre fondamental, dont les variations, spontanées ou artificielles, ne sont jamais que secondaires et passagères. Les concevoir dépourvues de toutes limites équivaudrait, en effet, à l'entière négation des lois naturelles. Mais, en expliquant ainsi Tinévitable imputation de fatalisme qui s'adressa toujours aux nouvelles théories positives, on voit également que l'aveugle persistance d'un tel reproche indique aujourd'hui une très superficielle appréciation du vrai positivisme. Car si, pour tous les pliénomènes, l'ordre naturel est immodifiable dans ses dispositions principales, pour tous aussi, sauf ceux du ciel, ses dispositions secondaires sont d'autant plus modifiables qu'il s'agit d'effets plus compliqués. L'esprit positif, qui dut être fataliste tant qu'il se t>orna aux études mathématico-astronomiques,

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