Preuve de V impuissance delà doctrine métaphysique
ou critique.
Après avoir reconnu comment le positivisme résulta de la première partie de la révolution, il faut, récipro-
70 DISCOURS SUR l'bnsemble
quement, le concevoir comme devant présider à la 8^
conde.
Ix>in que la révolution ait déterminé la démolition du régime ancien, une saine appréciation historique démontre, au contraire, que cette grande crise provint de rintimc décomposition, d*abord spontanée, puis systématique, que le système politique da moyen Age subit de plus en plus dans tout FOccident, et surtout en France, à partir du quatorzième siècle. Au lien de prolonger le mouvement négatif des cinq siècles antérieurs, elle y mit d*abord un terme nécessaire, en manifestant, par un dernier ébranlement, l'irrévocable résolution d'abandonner entièrement l'ordre déchu, pour procéder directement à une régénération totale. Cette indispensable manifestation fut surtout caractérisée par l'entière abolition de la royauté, à laquelle s'étaient successivement ralliés tous les débris spirituels et temporels de l'ancienne cons titution française. Mais, sauf ce préambule nécessaire qui n'occupa que la séance initiale de la principale assem blée révolutionnaire, l'ensemble du mouvement avait dès le début, une destination essentiellement oi^anique surtout marquée depuis la prépondérance de l'esprit républicain. Il est clair néanmoins que, malgré cette tendance fondamentale, la première partie de la révolution fut, en effet, éminemment négative. Cet avortement initial ne tint pas seulement aux impérieuses exigences de la lutte^ aussi difiicile que glorieuse, par laquellela France maintint son indispensable indépendance contre les formidables attaques de la coalition rétrograde. On doit surtout l'attribuer au caractère purement critique des doctrines métaphysiques qui pouvaient seules diriger alors l'esprit révolutionnaire.
Malgré la solidarité naturelle des deux progressions, négative et positive, qui s'accomplissaient depuis la fin du moyen âge, la première se trouvait nécessairement
mcêe que la seconde. La caducité du régime ancien devait donc susciter le vœu d'une entière rénovation, avant que la préparation élémentaire du régime final fût assez complète pour manilester sa vraie nature générale. On vient même de reconnaitre que l'élaboration décisive de la doctrine régénératrice, loin de pouvoir précéder l'ébranlement révolutionnaire, n'était devenue possible que sous son impulsion. Il est donc aisé de concevoir l'insurmontable ralalilé qui alors obligea d'employer, comme principes organiques, les doctrines purement critiques qui avaient dû présider auK luttes antérieures. Quoique cette métaphysique négative devint réellement sans objet dès qu'on renonçait franchement au régime ancien, ses dogmes étaient seuls familiers et contenaient l'unique formule que comportât d'abord le progrès social. Le mouvement initial dut donc s'accomplir sous l'inspiration d'une doctrine vraiment arriérée, qui ne pouvait suflire à cette nouvelle destination.
Nécessairement impuissante à rien construire, une telle philosopitie ne comportait d'autre efficacité organique que de formuler vaguement le programme, plutôt sentimental que rationnel, de l'avenir politique, sans indiquer aucunement la marche convenable à sa préparation. Ainsi érigés en principes organiques, les dogmes critiques durent bientôt, d'après leur caractère absolu, développer une tendance radicalement anarchique, aussi hostile aux éléoients de l'ordre nouveau qu'aux débris du régime ancien. Une expérience décisive, dont le souvenir est ineffaçable, et qui, par cela même, n'est susceptible d'aucun renouvellement sérieux , mit donc hors de doute l'inaptilude organique de la doctrine qui dirigea d'abord l'esprit révolutionnaire, lequel ne put alors aboutir qu'à démontrer l'urgence d'une rénovation totale, mais sans en indiquer la nature.
72 i)iSi:oi*RS SUR l*
2t>. - Période de réaction (17M à 1830).
Dans uni* telle situation philosophiqoe et politique, le besoin d ordre, devenu prépondérant, dut déterminer une longue réaction rétrograde, qui, commencée par k déisme légal de Robespierre, se développa surtout d'après le système de conquêtes de Bonaparte, et se prolongea faiblement, malgré la paix, sous ses chéti& successeurs. Elle n*a laissé d'autre résultat durable que la démoiutraiion historique et dogmatique de l'école de De Maistre sur rinanité sociale de la métaphysique moderne, dont rinsuilisance mentale ressortait alors de Textension décisive de Tesprit positif aux plus hautes études biol<^ ques, sous les heureux efforts de Cabanis et surtout de Gall. Au reste, cette laborieuse opposition à rémancipation finale de Thumanité, loin d'atteindre son but politique, n'aboutit qu'à ranimer l'instinct du progrès, d'après les invincibles répugnances qu'inspirait partoiit la vaine reconstruction d'un régime tellement déchu que sa nature et ses conditions n'étaient plus comprises par ceux mêmes qui s'efforçaient de le rétablir.
Cet inévitable réveil de Tesprit révolutionnaire se manifesta dès que la paix vint supprimer le principal appui du système de rétrogradation. Mais ce rajeunissement de la métaphysique négative ne s'accompagnait plus d'aucune illusion sérieuse sur son aptitude organique. Ses dogmes ne furent essentiellement accueillis, faute d'une meilleure doctrine, que comme moyens de repousser les principes rétrogrades, de même que ceux-ci n'avaient dû leur faveur apparente qu'au besoin de contenir les tendances anarchiques. Dans ces nouveaux débats sur des sujets usés, le public sentit bientôt que le vrai germe de la solution finale n'existait encore nulle part : aussi a'attacha-t-il d'importance réelle qu'aux conditions d'ordre et de liberté, devenues non moins indispensables à l'éla-