État stationnaire (1830 à
L'indifférence apparente d'un public qui ne voyait sûr aucun drapeau la vraie formule de l'avenir social fut enfin prise par un pouvoir aveugle pour une adhésion tacite à ses vains projets. Aussitôt que les garanties du progrès se trouvèrent sérieusement menacées, la mémorable secousse de 1830 vint mettre un terme irrévocable au système de rétrogradation introduit trente-six ans auparavant. Les convictions qu'il inspirait étaient déjà si peu profondes que ses partisans furent alors conduits spontanément à désavouer leurs propres doctrines, pour développer, à leur manière, les principaux dogmes révolutionnaires. Ceux-ci, à leur tour, se trouvèrent ouvertement abandonnés par leurs anciens organes, à mesure qu'ils parveriaiènt au gouvernement. Rien ne caractérisera mieux, pour l'histoire, celte double subversion décisive, que les débats relatifs à la liberté d'enseignement, alternativement demandée et refusée, à vingt ans d'intervalle, au nom des mêmes prétendus principes, qui ne représentaient plus, des deux parts, que des intérêts.
Cette décomposition radicale de toutes les convictions antérieures laissa directement surgir l'instinct public, qui désormais réclamait surtout la conciliation fondamentale entre l'esprit d'ordre et l'esprit de progrès. Mais cette position finale de la grande question ne rendit que plus sensible l'absence totale d'une solution réelle, dont le positivisme naissant contenait seul le principe. Toutes les opinions actives se trouvaient, au contraire, irrévoca-
74 DISCOURS SUR L'SfRBMBfJB
bleinent devenues à la fois anarchiqaes et rétrognulB. Quant à celle qui entreprenait de les concilier, son inanité organique ne lui permettait d'autre efficacité théorique que d'encourager également l'anarchie et la létiogradatioo, afin de pouvoir toujours les neutraliser ruu par l'autre. Personne, au fond, ne sentait un dénoûaat sérieux de la grande révolution dans la prétendue fondition d'une monarchie constitutionnelle, qui, contraire i Tensemble du passé français» ne pouirait noos offiif qu'une vaine imitation empirique d*ane anofnaliii pnH tique essentiellement propre à TAni^etaRe.
11 faut donc envisager cette dernière demt»-||éi|(éntioi comme une halte naturelle, où le défilât de doctrim^^ minante empêchait de commencer la ternainaiacm o^i* nique de la révolution, malgré Tirrévocable cessation à la réaction rétrograde qui avait dû suivre l'ébranlemert initial. Les vrais philosophes se trouvaient seuls entié déjà dans la nouvelle voie révolutionnaire, depuis qoe la fondation décisive de la science sociale permettait enfin de déterminer sans utopie le caractère général de l'avenir humain, encore inconnu à mon principal précurseur. Mais, pour que la doctrine régénératrice tendit librement vers son paisible avènement social, il fallait écarter ouvertement le mensonge officiel qui représentait la révolution comme terminée par un vain régime parlementaire, et livrer désormais la réorganisation spirituelle à la concurrence directe des penseurs indépendants. Telle sera nécessairement la double réaction philosophique de notre dernière transformation politique.'
28. — 1848. — Abolition de la royauté, L esprit républicain implique subordination de la politique à la morale.
Grâce à Tadmirable instinct de nos énergiques prolétaires, les velléités rétrogrades d'un pouvoir devenu contraire à sa destination primitive ont enfin déterminé
'îrrévocable abolition de la royauté française, qui, depuis longtemps privée de tout prestige, ne constituait plus qu'un obstacle général au progrès, sans aucun véritable profil pour l'ordre. Sa vaine suprématie entravait directement la réorganisation spirituelle, tandis que son ascendant réel ne pouvait empêcher la misérable agitation politique entretenue par des rivalités essentiellement personnelles.
Dans sa signification négative, le principe républicain résume définitivement la première partie delà révolution, en interdisant tout retour d'une royauté qui, depuis la seconde moitié du règne de Louis XIV, ralliait naturellement toutes les tendances rétrogrades. Par son interprétation positive, il commence directement la régénération finale, en proclamant la subordination fondamentale de la politique à la morale, d'après la consécration permanente de toutes les forces quelconques au service de la communauté. Sans doute ce principe n'existe encore qu'à l'état de sentiment ; mais c'était ainsi qu'il devait surgir, et c'est même ainsi qu'il prévaudra toujours après son indispensable systématisation, comme l'établit la première partie de ce Discours. En ce sens, la population française, digne avant-garde de la grande famille occidentale, vient, au fond, d'ouvrir déjà l'ère normale. Car, elle a proclamé, sans aucune intervention Ihéologique, le vrai principe social, surgi d'abord, au moyen âge, sous l'inspiration calbolique, mais ne pouvant prévaloir que d'après une meilleure philosophie cl dans un milieu mieux préparé. La république française tend donc à consacrer directement la doctrine fondamentale du positivisme, quant à l'universelle prépondérance du sentiment sur la raison et sur l'activité. Un tel point de départ doit bientôt conduire l'opinion publique à concevoir la nouvelle philosophie comme seule vraiment apte à systématiser ce régime définitif.