DISCOURS SUR L'EN8SMBLB
29. — Conciliation nécessaire entre l'ordre et le progm] L ordre restera rétrograde tant qae le progrès resien anarchique,
L'ensemble de cette situation fisiit «lii^nx ressortir h question fondamentale posée pendant la phase précédente, la conciliation nécessaire entre Tordre et le pngrès. En même temps, Timpuissance radicale de tonte les écoles actuelles envers cet irrécusable programDel devient ainsi plus évidente. Car, rirrévocable abolilia de la royauté dissout à la fois la seule entrave essentielle | qu'éprouvât encore le progrès social et Tunique garantir régulière qui restât à l'ordre public. Ainsi poussas doBblement à construire, toutes les opinions demeurait pourtant bornées à une simple efficacité négative consistant, pour chacune, à contenir, et même très imparfaitement, Taberration opposée. Dans une situation qui garantit le progrès et compromet l'ordre, celui-ci inspîic naturellement des sollicitudes prépondérantes, qui manquent encore d'un digne organe systématique. Une expérience décisive a cependant prouvé rextréme fragilité de tout régime purement matériel, fondé sur les seuls intérêts, sans affections ni convictions. Mais d'un autre côté, faute de doctrines vraiment dominantes , Tordn spirituel reste impossible. On ne peut pas même compter sur l'efficacité politique du sentiment social/ qui, dépourvu de principes, devient souvent perturbateur. De là résulte la prolongation forcée du régime tnatériel, quoique son insuffisance soit généralement reconnue. La situation républicaine en interdit cependant le mode le plus durable, la corruption proprement dite,. alors remplacée par une compression plus ou moins passagère, chaque fois que l'anarchie devient trop imminente. Mais ces ressources temporaires se proportionnent spontanément aux exigences correspondantes.. Tandis-: que
l'ordre se trouve ainsi plus exposé, son maiolien comporte aussi des moyens plus énergiques. Peu de temps après la composition initiale de ce Discours, une commotion sans exemple conduisit à constater que la république permet d'employer, et même avec excès, à la défense de l'ordre public, des forces très supérieures à celles dont pouvait disposer la monarchie. La royauté perdit ainsi le seul privilège qui lui conservât sincèrement quelques adhésions réfléchies, et désormais son seul attribut politique consiste à représenter la rétrogradation. Cependant, d'après une autre réaction de la même situation contradictoire, le parti correspondant semble aujourd'hui devenu l'organe des résistances qui maintiennent l'ordre matériel. Ses doctrines étant encore les seules qui offrent un certain caractère organique, quoique rétrograde, les instincts conservateurs s'y rallient empiriquement, sans aucune forte opposition des instincts progressistes, qui sentent confusément leur insuffisance actuelle. Mais, en même temps, ces principes se montrent radicalement dissous chez leurs propres partisans, dont la prépondérance officielle repose sur une libre adoption des dogmes révolutionnaires, ainsi destinés à expirer dans le camp rétrograde. Telle est donc la puissance actuelle des besoins d'ordre qu'ils font momentanément prévaloir un parti dépourvu de ses vieilles convictions, et qui semblait éteint avant l'avènement de notre république. Le positivisme peut seul expliijuer et terminer une telle anomalie, fondée sur cette loi évidente : l'ordre restera rétrograde, tant que le progrès restera anarchique. Mais, au fond, la rétrogradation ne se réalise jamais, et même ses principes sont toujours neutralisés par d'incohérentes concessions. Pendant que ta jactance de ses chefs semble détruire le régime républicain, il persiste spontanément d'après sa seule opportunité, que rend plus sensible la puérile opposition de presque tous les
pouvoirs officiels. Quand rinstinci da perfectionnemenl se trouvera systématisé, son irrésistible essor montren bientôt la vraie source de sa stagaation actuelle. •