I.n tiirtaphysique négative surgit d'abord en Allemagne
nisiiih* sa |)rennère application temporelle se réalisa en
llolliinde et en Angleterre par deux révolutions caracté-
riHli(|iicH, qui, ([uoique incomplètes en vertu d'une in-
Miinhante préparation mentale, servirent de prélude à la
f(riin(l(* rrise finale. Mais, après ce double préambule
ii/'ri*«maiir, qui manifesta la vraie destination sociale des
df>Kinf«H critiques, leur entière coordination et leur pro-
|iii|/,filion décisive s'accomplirent en France, où revint
W piinripiil si^ge de la commune élaboration politique
ri nioMili*. \a\ iirépondérance ainsi acquise à l'initiative
fiiiiiriilhi', 1*1 (|ui maintenant se consolidera déplus en
pliife», n>hl iU)iM\ au fond, qu'un retour spontané à Técoiiffinli' iionniili* de TOccident, longtemps altérée par des hi?(»oinN <'xri«|)llonnels. On ne peut prévoir de nouveaux d^pIdrtfiniMitfi i\u rentre de mouvement social que dans un avenir trop éloigné pour devoir nous occuper; ils ne pourront provenir, en elTet, que d'une large extension de
la civilisation principale hors des limites occidentales, comme je l'indiquerai à la fin de ce Discours.
Au nord et au sud de ce centre naturel, se trouvent les deux couples d'éléments occidentaux dont la France continuera de former le principal lien, autant par les mœurs et le langage que par la situation géographique. Dans le premier couple, essentiellement protestant, il faut d'abord placer la vaste population germanique, avec ses diverses annexes réelles, surtout la Hollande qui, depuis le moyen âge, en constitue, à tous égards, la portion la plus avancée ; ensuite vient la population britannique, y compris même son expansion américaine, malgré leur rivalité actuelle. Le second couple, éminemment catholique, comprend : à l'est, la grande population italienne, toujours si nettement caractérisée, malgré sa décomposition temporelle ; à l'ouest, l'ensemble de la population espagnole, d'où la science sociale ne doit pas séparer son appendice portugais, et qui a tant étendu la famille occidentale par ses immenses colonisations. Pour compléter la définition sociologique du groupe d'élite, il faut y joindre les deux éléments accessoires qui, occidentaux par l'histoire, ancienne chez l'un, moderne chez l'autre, et orientaux par leur siège, constituent, à tous égards, d'après leur état' réel, une transition naturelle entre l'orient et l'occident: ce sont, au sud, la population grecque, et, au nord, la population polonaise. Il ne convient pas, d'ailleurs, de signaler ici les divers intermédiaires qui rapprochent ou séparent les principales branches de la grande famille.
Telle est l'immense république dont la nouvelle philosophie doit maintenant diriger la régénération intellectuelle et morale, en combinant l'initiative propre au centre français avec les réactions naturelles par lesquelles chacun des quatre autres éléments doit perfectionner cette impulsion générale. Rien ne tend mieux qu'une
90 DISCOURS SUR l'bnsbmble
semblable tâche à caractériser irrévocablement l'aptitude sociale du positivisme, seul au niveau d'une pareille mission, à laquelle l'esprit métaphysique ne convient pas davantage que Tesprit tbéologique lui-même. Si la caducité de celui-ci détermina la rupture de l'unité occidentale propre au moyen âge, l'activité dissolvante de l'autre en devint l'agent direct. Aucun d'eux ne pent donc pré* tendre à réassocier les éléments dont la séparation antérieure reste surtout entretenue par les inspirations théologico-métaphysiques. C'est uniquement au positivisme spontané, à la fois industriel, esthétique, et scientifique, que sont dus les nouveaux rapports partiels qui, depuis la fin du moyen âge, préparent de plus en plus la reconstruction du lien occidental. L'esprit positif, enfin complet et systématique, est donc seul apte à y présider. Il n'appartient qu'à lui de dissiper radicalement les antipatbies que conservent encore les diverses nationalités, sans altérer pourtant les qualités naturelles de chacune d'elles, afin de constituer, d'après leur sage combinaison, le génie commun de la nouvelle occidentalité.
34. — Première tentative, au moyen âge catholique, de séparation entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel.
C'est ainsi que l'extension totale de la grande crise met en pleine évidence le vrai caractère général déjà signalé par l'examen direct de sa nature centrale. Toutes les bautes considérations sociales, tant extérieures qu'intérieures, concourent donc à prouver que la seconde partie de la révolution doit surtout consistera reconstruire, dans tout l'Occident, les principes et les mœurs, de manière à constituer une opinion publique dont Tirrésislible prépondérance détermine ensuite la formation graduelle des institutions politiques convenables à chaque nationalité, sous la commune présidence du pou-
voir spirituel qui aura dignement élaboré la doctrine fondamentale. Uesprit général de cette doctrine est principalement historique, tandis que la partie négative de la révolution dut faire prévaloir un esprit anti-historique. Une haine aveugle envers le passé était alors indispensable pour sortir énergiquement de l'ancien régime. Désormais, au contraire, notre entière émancipation exige d'abord que nous rendions à tout le passé une complète justice, qui deviendra le tribut le plus caractéristique du véritable esprit positif, seul susceptible aujourd'hui d'une telle aptitude, d'après sa nature toujours relative. Le meilleur signe de la vraie supériorité consiste, sans doute, pour les doctrines comme pour les personnes, à bien apprécier tous ses adversaires. Telle est la tendance nécessaire de la véritable science sociale qui vient aujourd'hui fonder la détermination de l'avenir sur la contemplation systématique du passé. C'est la seule marche qui puisse faire librement prévaloir partout une même conception de la régénération finale, toujours rattachée exactement à l'ensemble de l'évolution humaine, en dissipant à jamais les images confuses et discordantes suggérées par des inspirations arbitraires. La prépondérance croissante du sentiment social concourt d'ailleurs avec le progrès naturel de la raison publique, pour imprimer à la dernière partie de la révolution cet esprit historique qui la distinguera profondément de la première, comme l'indiquent déjà tant de prédilections spontanées.
D'après une telle disposition générale, le positivisme ne doit jamais dissimuler la relation fondamentale de la réorganisation spirituelle qu'il vient accomplir avec l'admirable ébauche qui constitue le principal caractère du moyen âge. Loin de proposer à l'humanité une régénération dépourvue de tous antécédents, nous nous honorerons toujours d'appeler aujourd'hui sa maturité à
réaliser enfin la noble tentative que conçut sol cence avant que les conditions mentales el sociales permissent un succès décisif. Nous sommes trop pleins de l'avenir pour craindre jamais d'être sérieusement taxés de retour au passé. Cette imputation serait surlout étrange chez ceux de nos adversaires qui font aujourd'hui consister la perfeclion politique dans la confusion primitive, soit Ihéocralique, soit militaire, des deux puissances élémentaires.
Leur séparation au moyen âge constitue le plus grand pas qu'ait pu faire jusqu'ici la théorie générale de l'ordre social. Quoique sa réalisation finale fût réservée à de meilleurs temps, cette tentative caractéristique n'en a pas moins marqué le but essentiel, el même ébauché les principaux résultats. C'est là que remonte ce dogme fondamental de la subordination continue de la politique envers la morale, qui dislingue la sociahililé moderne, et qui, malgré de graves et fréquentes atteintes, a toujours survécu, même à la chute des croyances qui d'abord le proclamèrent, comme le montre aujourd'hui sa sanction républicaine chez la nation la mieux émancipée. De là dale, par suite, cet actif sentiment de la dignité personnelle combinée avec la fraternilé universelle, qui caractérise les populations occidentales, surlout celles qui ont échappé au protestantisme. Il faut y rapporter aussi cette unanime tendance à estimer les hommes suivaDi leur propre mérite intellectuel et moral, indépendamment de leur office social, tout en respectant l'indispensable classement résulté d'une inévitable prépondérance pratique. On y doit donc rattacher les habitudes populaires de libre discussion morale et même politique, d'après le droit et le devoir de chacun d'appliquer an jugement des actes et des personnes la doctrine univei^ selle établie dans l'éducation commune. Enfin, il serait superflu d'indiquer la tendance directe de cette grande
institution à oi^niser Tanité occidentale, qui n'avait point d'autre lien systématique. Tous ces effets sociaux, vulgairement attribués à l'excellence de la doctrine chrétienne, sont ramenés, par une saine appréciation historique, à leur véritable source principale, la séparation catholique des deux puissances. Hs sont demeurés propres aux seuls pays où ce régime a pu prévaloir, quoiqu'une morale équivalente, ou même une foi identique, régnât aussi ailleurs. La décomposition de l'organisme catholique les a, du reste, notablement altérés, malgré leur consécration spontanée par l'ensemble des mœurs modernes, là surtout où l'on s'efforçait de rendre à la doctrine sa pureté et son autorité primitives.
Sous tous ces aspects, le positivisme a déjà rendu au catholicisme une plus complète justice qu'aucun de ses propres défenseurs, sans excepter l'éminent De Maistre, comme l'ont d'ailleurs reconnu quelques oignes sincères de l'école rétrograde. Mais cette équitable appréciation ne repose pas seulement sur la grandeur de la tâche ainsi destinée au moyen âge dans l'évolution totale de l'Humanité. Elle résulte aussi d'une exacte démonstration historique de la précocité d'une telle entreprise, dont Tavortement politique dépendit surtout de l'imperfection des doctrines dirigeantes et de l'opposition du milieu correspondant. Quoique le monothéisme répugne beaucoup moins que le poljrthéisme à la séparation continue des deux puissances, la nature nécessairement absolue de tout esprit théologique tendait toujours à faire dégénérer ce régime en une pure théocratie. Sa chute fot même déterminée par la prépondérance finale de cette inévitable tendance, contre laquelle les rois devinrent, au quatorzième siècle, les organes spontanés de la réprobation générale. De même, quoiqu'une telle division se concilie davantage avec les guerres essentiellement défensives du moyen âge qu'avec le système de
conquêtes de lantiquité, cependant tout véritable esprit militaire la repousse radicalement, comme contraire à la concentration d'autorité qu'il exige pour durer. Aussi cette séparation n'a-t-elle pu alors devenir vraiment systématique, sauf dans la pensée de quelques éminents personnages, spirituels et temporels. Sa réalisation passagère fut surtout le résultat nécessaire de Tenseinble de la situation mentale et sociale. Elle ne consista presque jamais qu'en une sorte d'équilibre très précaire, flottant toujours entre la théocratie et l'empire.
35. — Séparation des deux pouvoirs. Instauration d'un pouvoir spirituel, organe de la République occidentale.
C'est uniquement à la civilisation positive de l'Occident moderne qu'il appartient d'accomplir, aujourd'hui ce qui alors ne put être que tenté, en utilisant d'ailleurs, non seulement cette admirable ébauche, mais aussi l'indispensable préparation qu'elle a déterminée. L'esprit scientifique de la nouvelle philosophie et le caractère industriel de la nouvelle activité concourent naturellement à rendre désormais inévitable, et même vulgaire, une séparation continue, à la fois spontanée et systématique, qui ne pouvait, au moyen âge, être que confusément pressentie, sous les plus heureuses inspirations d'un ardent instinct de progrès. Mentalement envisagée, elle se réduit, en effet, à la division nécessaire entre la théorie et la pratique, déjà admise, quoique empiriquement dans tout l'Occident, envers les moindres sujets, et qu'il serait étrange de repousser pour l'art et la science les plus difficiles. Sous l'aspect social, elle proclame surtout la distinction naturelle entre l'éducation et l'action, ou entre la morale et la politique, dont personne aujourd'hui n'oserait directement méconnaître l'essor continu comme l'un des prineipaux bienfaits d'une civilisation progressive. La moralité réelle et la vraie liberté 5*y
trouvent profondément intéressées, afin que la conduite et le jugement puissent comporter de véritables prin cipes, dont l'application, même la mieux démontrable, serait presque toujours insuffisante, si elle restait livrée à l'impulsion spéciale et directe du commandement ou de l'obéissance. Pour l'harmonie générale des forces politiques, il est clair que les deux pouvoirs théorique et pratique ont des sources et des voies tellement différentes, quant au cœur, à l'esprit, et au caractère, que l'influence consultative et l'influence impérative ne sauraient désormais appartenir aux mêmes organes essentiels. Toute tendance sérieuse à réaliser cette utopie rétrograde ne pourrait aboutir qu'à l'intolérable domination de médiocrités également incapables dans les deux genres. La suite de ce Discours montrera d'ailleurs que cette division fondamentale se trouvera de plus en plus placée naturellement sous l'irrésistible protection spéciale des deux éléments sociaux où résident surtout le bon sens et la moralité.
Nos mœurs sont déjà si favorables à ce principe essentiel de toute la vraie politique moderne, que les répugnances qu'il excite proviennent presque uniquement de son adhérence primitive à des croyances justement. déchues. Mais ces préventions révolutionnaires ne sauraient persister quand le public impartial verra cette grande notion directement incorporée désormais à la seule doctrine qui soit dégagée de toute théologie. Chaque conception humaine, et même chaque amélioration sociale, a dû surgir d'abord sous l'inspiration théologique, comme l'ensemble des faits le témoigne clairement, jusque dans les moindres cas. Néanmoins, cette introduction nécessaire n'a jamais empêché l'humanité de s'approprier définitivement des progrès dus à la présidence initiale des croyances qu'elle abandonnait. Il en sera de même pour ce grand principe politique, qui déjà
n*est plus compris réellement que par des esprits positifs, sous rinduction spontanée de ses vérifications partielles. La seule opposition directe qu'il rencontre aujourd'hui provient encore de Tambition métaphysique dont il choque les prétentions caractéristiques à une domination absolue. C'est elle surtout qui inspire le reproche, toujours étrange et souvent menteur, par lequel on tente quelquefois de flétrir, comme théocrates, des philosophes ouvertement affranchis de toutes les croyances qui servent à leurs adversaires pour éluder une discussion décisive. Mais les graves perturbations sociales que suscitera bientôt une vaine obstination pédantocratique à régler par les lois ce qui doit être discipliné par les mœurs, éclaireront l'opinion publique quant à la haute opportunité du dogme positiviste sur la séparation systématique entre le gouvernement moral et le gouvernement politique. L'un, n'ayant d'autre force que la conviction ou la persuasion, se borne toujours, dans la vie active, au simple conseil, tandis que l'autre commande directement la conduite d'après un ascendant matériel. L'ensemble des indications précédentes aboutit à représenter l'esprit organique qui doit caractériser la seconde partie de la révolution comme alliant l'éminent génie social propre au moyen âge avec l'admirable instinct politique de la Convention. Entre ces deux époques, l'élite de l'humanité s'est trouvée réellement dépourvue de toute organisation systématique, et livrée à la double transition qui décomposait l'ordre ancien et préparait le nouveau. Ces deux préambules sont assez accomplis aujourd'hui ; puisque, d'une part, le vœu d'une régénération sociale est devenu irrésistible, tandis que, d'une autre part, la philosophie destinée à la diriger est déjà constituée. Nous sommes donc appelés désormais à reprendre directement, sur de meilleures bases mentales et sociales, la grande entreprise tentée au moyen âge
pour fonder, dans tout TOccident, un régime pacifique et rationnel, en systématisant la prépondérance continue de l'amour universel, dominant à la fois la spéculation et Faction. La marche générale de cette reconstruction sera la même que celle de la démolition préalable. Celleci commença, au quatorzième siècle, en neutralisant les fonctions occidentales de l'organisnie ancien. Pareillement, la régénération finale s'annonce aujourd'hui par la satisfaction directe des besoins intellectuels et moraux communs aux cinq populations avancées.
36. — Doctrine morale du positivisme. Elle consiste à faire prévaloir Valtruisme sur Végoïsme, la sociabilité sur la personnalité.
Afin de mieux caractériser la destination sociale du positivisme, je me trouve ainsi conduit à indiquer sommairement son aptitude nécessaire à systématiser définitivement là morale universelle, ce qui constitue le but de la philosophie et le point de départ de la politique. Tout pouvoir spirituel devant surtout être jugé d'aprèà une telle attribution, rien ne peut mieux manifester la supériorité naturelle de la spiritualité positiviste sur la spiritualité catholique.
Le positivisme conçoit directement l'art moral comme consistant à faire, autant que possible, prévaloir les instincts sympathiques sur les impulsions égoïstes, la sociabilité sur la personnalité. Cette manière d'envisager l'ensemble de la morale est propre à la nouvelle philosophie, qpii seule systématise les progrès accomplis chez lés modernes dans la vraie théorie de la nature humaine, si imparfaitement r^résentée par le catholicisme.
D'après le principe nécessaire de la biologie quant à bi prépondérance fondamentale de la vie organique sûr toute vie animale, la sociologie explique aussitôt l'ascenflanl spontané des sentiments personnels, toujours plus
ou moins relatifs à Finstinct conservateur. Mais elle concilie directement cette inévitable suprématie avec l'existence continue des affections bienveillantes, que la théorie catholique représentait comme étrangères à notre constitution, et seulement inspirées par une grâce surhumaine qui ne comportait aucune loi. Le grand pro-. blême consiste donc à investir artificiellement la sociabilité de la prépondérance que possède naturellement la personnalité. Sa solution repose sur un autre principe biologique, le développement des fonctions et des organes par l'exercice habituel, et leur tendance à s'atrophier par l'inaction prolongée. Or, notre existence sociale provoque nécessairement l'essor continu des instincts sympathiques, tandis qu'elle comprime celui des penchants personnels, dont la libre activité empêcherait bientôt tous IjBs contacts mutuels. Les premiers compensent donc, à un certain degré, leur infériorité native par leur aptitude spontanée à une extension presque indéfinie ; et l'ascendant naturel des seconds se trouve plus ou moins contenu d'après une inévitable résistance. Ces deux tendances permanentes s'accroissent naturellement à mesure que l'humanité se développe, et leur double progrès fournit la principale appréciation de notre perfectionnement graduel. Une sage intervention systématique, à la fois privée et publique, peut améliorer beaucoup cet ordre spontané, en augmentant les influences favorables et diminuant leurs antagonistes. Tel est le but de l'art moral, qui d'ailleurs a, comme tout autre, d'inévitables limites, quoique les siennes doivent être moins étroites, puisque les phénomènes y sont plus modifiables, en vertu de leur complication supérieure.
Ainsi, la morale positive se distingue, non seulement de la morale métaphysique, mais aussi de la morale théologique, en prenant pour principe universel la prépondérance directe du sentiment social. Elle représente
SECONDE PARTIE {f9
le bonheur humain, tant privé que public, comme consistant surtout dans le plus grand essor possible des affections bienveillantes, qui sont à la fois les plus douces à éprouver et les seules dont l'expansion puisse être simultanée chez tous les individus. Cette doctrine, aussi profonde et pure qu'elle est simple et vraie, ne pouvait émaner que d'une philosophie déjà conduite, en vertu dé sa réialité caractéristique, à systématiser enfin la prépondérance mentale du point de vue social, seul susceptible de rallier toutes nos spéculations positives. D'après sa méthode intuitive, la métaphysique n'a jamais pu sortir rationnellement de la sphère individuelle. La théologie, surtout chrétienne, ne pouvait s'élever aux conceptions sociales que d'une manière indirecte, sous Timpul-
slon empirique de son office pratique. Son esprit propre
était nécessairement personnel, soit quant au but proposé à l'ensemble de chaque existence, soit pour l'affection représentée comme dominante. Quoique nos sentiments généreux aient dû surgir d'abord sous un tel régime^ son efficacité morale doit surtout être attribuée à la sagesse sacerdotale, corrigeant les vices essentiels de la seule doctrine qu'elle pût alors employer, d'après les ressources sociales que lui offrait l'antagonisme spontané entre les intérêts imaginaires et les intérêts réels. Dans l'état positif, au contraire, l'aptitude morale est •dir^tement inhérente à la doctrine, et peut se développer beaucoup aussitôt que les convictions s'établissent, avant qu'aucune discipline spirituelle se trouve instituée, sans toutefois que cette propriété doive dispenser d'une telle organisation. Tandis que la morale systématique ae^uiejrt ainsi une consistance jusqu'alors impossible en se U^nt. profondément à l'ensemble des connaissances réelles, la morale spontanée tend directement à dominer 'foute rexMeûce humaine, individuelle ou collective, sous riâitilllsion inimédiate et continue du sentiment social.
Pour mieux caractériser la parfaite unité que procure à la morale positive son principe unique de Tamour universel, il faut le concevoir comme présidant, soit à là coordination naturelle de ses diverses parties, soit aussi à rélaboration spéciale de chacune d'elles.
37. — La progression morale : personnelle, domestique, sociale. Le cœur humain ne peut aller du premier au troisième degré que sous rinfluence des sentiments domestiques.
Leur succession générale d*après les trois degrés essentiels de notre existence, d*abord personnelle, puis domestique, et enfin sociale, représente spontanément Téducation graduelle du sentiment fondamental, développé peu à peu par des affections de moins en moins énei^ques, mais de plus en plus éminentes. Cette progression naturelle constitue réellement notre principale ressource pour parvenir, autant que possible, à la prépondérance normale de la sociabilité sur la personnalité. Entre ces deux états extrêmes du cœur humain, il existe, en effet, un état intermédiaire, propre à déterminer une transition spontanée, sur laquelle repose la vraie solution habituelle du grand problème moral. C'est surtout par les affections de famille que l'homme sort de sa personnalité primitive, et qu'il peut s'élever convenablement à la sociabilité finale. Toute tentative pour diriger l'éduca-^ tion morale vers l'essor direct de celle-ci en franchissant ce degré moyen, doit être jugée radicalement chimérique et profondément désastreuse. Une telle utopie, trop accréditée aujourd'hui, loin de constituer un véritable progrès social, ne représente, au fond, qu'une immense rétrogradation fondée sur une fausse appréciation de l'antiquité.
D'après cette destination fondamentale de la vie domestique comme lien naturel de la personnalité à la
sociabilité, sa coordination nécessmrç. f^ufSra ici pour caractériser le plan général de la morale -^positive, toujours conforme à Tordre des relations réelles^.
L'évolution individuelle du sentiment social commence, dans la famille, par l'inévitable essor ifeTafiFection filiale, première source de notre éducation morale» où surgit rinstinct de la continuité, et, par suite,, la vénération des prédécesseurs : c'est ainsi que chaque nouvel être se rattache d'abord à Tensemble (}u passé humain. Bientôt après, l'affection fraternelle vient compléter cette ébauche initiale de la sociabilité, en y joignant l'instinct direct de la solidarité actuelle. L'âge viril ouvre ensuite une nouvelle évolution domestique, en introduisant des relations éminemment volontaires, et dès lors encore plus sociales que les liaisons involontairesdu premier âge. Cette seconde époque de l'éducation morale commence par l'affection conjugale, la plus fondamentale de toutes, où la mutualité et l'indissolubilité du lien assurent la plénitude du dévouement. Tjrpe suprême de tous les instincts sympathiques, son nom est le seul qui n'exige aucune qualification. De cette union par excellence résulte naturellement la dernière affection domestique, la paternité, qui termine notre initiation spontanée à la sociabilité universelle, en nous apprenant à chérir nos successeurs : nous sommes ainsi liés à l'avenir coinme nous l'étions d'abord au passé.
J'ai dû placer le groupe de sentiments domestiques qui se rapporte aux relations volontaires après celui qui concerne les liens involontaires, afin de suivre le cours individuel de l'évolution affective, pour caractériser la vie de famille comme intermédiaire nécessaire entre l'existence personnelle et l'existence sociale. Mais la disposition doit être inverse quand on établit directement la tliéorie propre de la famille, à titre d'élément naturel de la société proprement dite. Alors il faut considérer
d*abord le seaHfliçnt qui constitue essentiellement la famille, en .iûtrbduisant une nouvelle unité sociale, souvent rédUi.t^, eneffel, au couple élémentaire. Une fois créée pai^Tynion conjugale, la famille se perpétue par tatTecti<)n>. paternelle suivie de Tamour filial, et s'étend ensuiie';par le lien fraternel, seul apte à rapprocher immédiatement les diverses familles. Dans cette autre .(*.opytlination, les sentiments domestiques se trouvent
. . rangés suivant leur énergie décroissante et leur extension \ (*.roissante. Quoique le dernier soit, d'ordinaire, le moins
.' ' puissant de tous, il acquiert une importance fondamentale, quand on y voit la transition directe des affections purement domestiques aux affections proprement soriulcs, dont la fraternité constitue partout le type spontané. Toutefois, pour compléter cette sommaire esquisse iruna telle théorie, la sociologie doit encore placer, entre V'^% deux ordres de sentiments, un intermédiaire trop |)au apprécié jusqu'ici, relatif à la simple domesticité, MU luti relations de la famille viennent se fondre avec i^tillas de la société. Le nom seul d'un tel lien devrait mO^'^^^'^l'l^^' suffire, malgré nos mœurs anarchiqnes, \k\k\i\: uoiu rappeler que, dans tout état normal de l'hu- Ml^iuilc, il constitue un complément naturel des affec- \\\k\\^ privées, destiné à terminer l'éducation spontanée s\\{ ttv^uliment social, par l'apprentissage spécial de l'obéis- ^^M^i- v^\ du commandement, tous deux subordonnés *\\\ iUUU'ipii universel d'amour mutuel.
\'\\W VM|û(ii*' indication de la principale théorie morale V'U'V'^0^^^^ iih^i^/ l'aptitude fondamentale de la systénia- \h'SM\<** jM»t»ilivii,dont l'appréciation doit ensuite ressortir y\^s \ v^HV-H^l^lt^ du traité auquel ce Discours ne sert que \\\^ \\\\'^\\\\W H'^**^'"'* ^^ ^^^^^ pourtant devoir encore Mlrt\i^>\'^ M iw l'*H<^nération totale de la morale person- \\\\\v- \<\y I*' iMi^llivlnuK» seul fait enfin prévaloir dignekV\v\^\ \^ kMUu^HM» uul(|uc de toute la doctrine nouvelle.
eh y rattachant directement à Tamour ce qui n*a élé essentiellement rapporté qu*à Tégoïsme, même dans la philosophie catholique.