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Prépondérance du pouvoir central pour assurer

l'ordre public.

Quant aux conditions de l'ordre public, la sanction systématique du positivisme doit aussi les consolider beaucoup, en surmontant les préjugés révolutionnaires contre la prépondérance directe du pouvoir central. La division métaphysique entre la puissance executive et la puissance législative ne constitue qu'un vicieux reflet empirique de la grande séparation ébauchée au moyen âge entre les deux éléments nécessaires du gouvernement humain. Malgré leurs vaines démarcations constitutionnelles, le pouvoir local et le pouvoir central se disputeront toujours l'ensemble de' l'autorité temporelle, irrationnellement dispersée entre eux par des nécessités passagères. Tout le passé français ayant été favorable à la prépondérance du pouvoir central jusqu'à sa dégénération rétrograde vers la fin du dix-septième siècle, nos prédilections actuelles envers le pouvoir local constituent donc une véritable anomalie historique, qui tend toujours à cesser avec les inquiétudes de rétrogradation. En nous offrant, à cet égard, une énergique garantie, la situation républicaine changera bientôt la direction

habituelle de nos sympathies politiques. Outre sa responsabilité seule réelle, le pouvoir central présente aujourd'hui un caractère mieux adapté à nos besoins essentiels, par Tesprit pratique qui nécessairement y prévaudra de plus en plus, et qui le dispose davantage à abdiquer franchement toute prétention à la suprématie spirituelle. L'assemblée où réside le pouvoir local se trouve, au contraire, souvent entraînée, par son caractère équivoque, vers une domination théorique, dont elle ne remplit néanmoins aucune condition essentielle. Sa prépondérance serait donc ordinairement funeste à la vraie liberté d'examen, que son instinct doit lui représenter comme la source naturelle d'une autorité spirituelle destinée à restreindre la sienne. Le positivisme, qui maintenant seul peut apprécier ces diverses tendances, ose seul aussi proclamer sans détour la prédilection systématique qu'elles doivent inspirer envers le pouvoir central, dans la plupart de ses luttes avec le pouvoir local. Supérieurs à tout soupçon de rétrogradation et de servilité, les philosophes qui, renonçant à toute position politique, se vouent aujourd'hui à la réorganisation spirituelle, ne craindront pas de recommander avec énergie la prépondérance directe du pouvoir central, et la réduction du pouvoir local à ses attributions indispensables. Notre situation républicaine, malgré les apparences contraires, favorisera bientôt cette salutaire transr formation de nos premières habitudes révolutionnaires, soit en dissipant la juste défiance qu'inspirait l'esprit rétrograde inhérent à la royauté, soit en facilitant la répression exceptionnelle de toute dégénération ultérieure, sans qu'il faille troubler d'avance notre politique habituelle en vue d'une éventualité désormais peu redoutable. Quand le pouvoir central aura assez manifesté un vrai caractère progressif, il trouvera l'opinion française fort disposée à restreindre beaucoup le pouvoir local.

soit en réduisant rassemblée représentative au tiers du nombre exorbitant qui prévaut aujourd'hui, soit même en bornant ses attributions essentielles au vote périodique de l'impôt. La dernière phase rétrograde et la longue halte parlementaire ont introduit, à cet égard, pendant une génération, des dispositions exceptionnelles, que la n^arche d'un sage gouvernement et les démonstrations d'une saine philosophie transformeront aisément. Contraires à l'ensemble de notre passé, elles n'offrent à nos mœurs politiques qu'une vaine imitation d'un régime essentiellement propre à la transition anglaise. Par suite même de sa récente extension, le mode représentatif sera sans doute bientôt discrédité en France, quand cet extrême essor aura manifesté l'insuffisance radicale et la tendance perturbatrice que lui reproche la vraie philosophie.

Outre ce perfectionnement essentiel de chacune des deux grandes conditions propres à notre régime provisoire, le positivisme systématise et consolide leur intime çonnexité naturelle. D'une part, il fait sentir que la véritable liberté exige aujourd'hui l'énergique prépondérance d'un pouvoir central vraiment progressif, convenablement réduit à sa destination pratique par une sage renonciation à la suprématie spirituelle. Cet ascendant habituel est maintenant indispensable pour contenir les tendances oppressives des diverses doctrines actuelles qui, toutes plus ou moins incompatibles avec la séparation des deux puissances sociales, poussent à fonder la communion mentale sur une compression matérielle. Sans cette autorité tutélaire, la. pleine liberté philosophique conforme à nos mœurs actuelles serait d'ailleurs menacée aussi par les dispositions anarchiques inhérentes à l'interrègne spirituel. D'une autre part Tessor de cette liberté peut seul permettre au pouvoir central d'obtenir sur le pouvoir local une prépon-

dérance permanente, nécessaire pour la consolidation réelle de Tordre public; car, le respect sincère d'une telle garantie journalière dissipe aussitôt toutes les craintes de rétrogradation qui empêchent aujourd'hui ce salutaire ascendant. Quelque empiririques que soient ces inquiétudes, jusqu'ici trop naturelles, elles cesseraient certainement d'après l'avènement officiel de la liberté d'enseignement et d'association, qui ôterait au pouvoir temporel tout espoir, et même toute pensée, de faire matériellement prévaloir une doctrine quelconque envers le régime définitif de notre société républicaine.

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