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Affinités entre philosophes et prolétaires

D'après la nature philosophique et la destination sociale du positivisme, il doit chercher son appui fondamental en dehors de foutes les classes, spirituelles ou temporelles, qui jusqu'ici ont plus ou moins participé au gouvernement de l'humanité. Sauf de précieuses exceptions individuelles, qui bientôt se multiplieront beaucoup, chacune d'elles présente naturellement, dans ses préjugés et dans ses passions, divers obstacles essentiels à la réorganisation intellectuelle et morale qui doit caractériser la seconde partie de la grande révolution occidentale. Leur vicieuse éducation et leurs habitudes empiriques repoussent l'esprit d'ensemble auquel il faut désormais subordonner toutes les conceptions spéciales. Un actif égoîsme aristocratique y entrave ordinairement la prépondérance réelle du sentiment social, principe suprême de notre régénération. Non seulement il ne faut pas compter sur les classes dont la domination fut à jamais détruite au début de la crise révolutionnaire; mais nous devons attendre une répugnance presque aussi réelle, quoique mieux dissimulée, chez celles qui obtinrent ainsi l'ascendant social qu'elles convoitaient depuis longtemps. Leurs conceptions politiques se rapportent surtout à la possession du pouvoir au lieu de concerner sa destination et son exercice. Elles avaient sérieusement regardé la révolution comme terminée par le régime parlementaire propre à la halte équivoque qui vient de finir. Cette phase stationnaire leur inspirera de

longs regrels, en tant que spécialement favorable à active ambition. Une complète régénération sociale est presque autant redoutée par ces diverses classes moyennes que chez les anciennes classes supérieures. Les unes et les aulres s'accorderaient surtout à prolonger, autant qtie possible, sous de nouvelles formes, mêmes républicaines, le système d'hypocrisie tbéologique qui constitue maintenant le seul reste effectif du régime rétrograde. Ce honteux système leur offre le double attrait d'assurer la respectueuse soumission des masses sans prescrire aux chefs aucun devoir rigoureux. Si leurs préjugés critiques et métaphysiques tendent à perpétuer l'interrègne spirituel qui empêche la régénération finale, leurs passions ne craignent pas moins l'avènement d'une nouvelle autorité morale, qui nécessairement se ferait surtout senlir aux puissants. Au dix-huitième siècle, la plupart des grands, et même les rois, purent accueillir une philosophie purement négative, qui, en leur ôlant beaucoup d'entraves, leur procurait une célébrité facile, sans leur imposer aucun sacrifice essentiel. Mais ce précédent ne doit pas faire espérer, chez nos riches et nos lettrés, un accueil aussi favorable pour la philosophie positive, qui vient aujourd'hui discipliner les intelligç^ ces afin de reconstruire les mœurs.

A ce double titre, le positivisme ne peut obienij^ profondes adhésions collectives qu'au sein des cls! qui, étrangères à toute vicieuse instruction de mots ou d'entités, et naturellement animées d'une active sociabilité, conslituent désormais les meilleurs appuis du bon sens et de la morale. En un mot, nos prolétaires sont seuls susceptibles de devenir les auxiliaires décisifs des nouveaux philosophes. L'impulsion régénéralrice dépend surtout d'une intime alliance entre ces deux éléments extrêmes de l'ordre final. Malgré leur diversité naturelle, toutefois bien plus apparente que réel!

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