‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 59 sur 225 · Transformation du dogme métaphysique de la · texte numérisé non relu

Transformation du dogme métaphysique de la

souveraineté du peuple.

La première consiste à proclamer, au nom de la masse sociale, les décisions spéciales dont tous les citoyens peuvent ordinairement apprécier assez les motifs essentiels, et qui intéressent directement l'existence pratique de toute la communauté, comme les jugements des tribunaux, les déclarations de guerre, etc. Sous le régime positif, ces nobles formules, inspirées par l'instinct familier de la solidarité universelle, deviendront encore plus imposantes, en invoquant l'ensemble de l'humanité, au lieu d'un peuple particulier. Mais il serait absurde d'étendre le même usage aux cas plus nombreux où la population, incapable de prononcer, doit adopter les résolutions des supérieurs qui ont obtenu sa confiance. Cette nécessité sociale tient, soit à la difficulté de la question, soit à l'influence trop indirecte ou trop restreinte de la mesure. On peut citer, comme types, les décisions, souvent capitales néanmoins, qui concernent les notions scientifiques, ou même la plupart des règles

pratiques, industrielles, médicales, etc. Dans tous ces cas, le positivisme aura peu de peine aujourd'hui à préserver la rectitude populaire des aberrations subversives qui ne s'aggravent que sous l'impulsion d'un orgueil métaphysique, presque inconnu à nos prolétaires illettrés.

Sous le second aspect, l'interprétation normale de la prétendue souveraineté du peuple se réduit à l'obligation fondamentale de diriger toute l'existence sociale vers le bien commun, doublement relatif, d'ordinaire , à la masse prolétaire, soit en vertu de son immense supériorité numérique, soit surtout d'après les difficultés propres à sa destinée naturelle, qui exige une sollicitude artificielle, peu nécessaire ailleurs. Mais, ainsi conçue, cette notion, essentiellement républicaine, se confond avec la base universelle de la vraie morale, la prépondérance directe et continue de la sociabilité sur toute personnalité. Le positivisme est tellement apte à se l'incorporer, qu'elle y devient, conime ce Discours l'a déjà prouvé, le principe unique de sa systématisation totale, même spéculative. En s'appropriant à jamais ce grand précepte social, dont l'esprit métaphysique dut être, depuis la décadence du catholicisme, l'organe provisoire, il le purifie définitivement de toute inspiration anarchique. Car il transporte à l'ordre moral ce que la doctrine révolutionnaire place si dangereusement dans l'ordre politique, d'après son préjugé caractéristique sur la confusion permanente des deux puissances élémentaires. J'aurai bientôt lieu d'indiquer spécialement combien cette salutaire transformation, loin d'affaiblir ce principe républicain, augmentera son efficacité continue, sans exposer aux déceptions ni aux perturbations que le mode métaphysique tend toujours à susciter.

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