‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 60 sur 225 · Aptitude du prolétariat à devenir Vauxiliaire · texte numérisé non relu

Aptitude du prolétariat à devenir Vauxiliaire

du pouvoir spirituel.

Nous sommes ainsi conduits à caractériser directement la principale participation collective qui doit habituellement appartenir aux prolétaires dans le régime final de l'humanité. Elle résulte de leur aptitude naturelle à devenir les auxiliaires indispensables du pouvoir spirituel pour son triple office social d'appréciation, de conseil, et même de préparation. Toutes les propriétés intellectuelles et morales que nous venons de reconiiaitre au prolétariat concourent à lui conférer une telle attribution continue. Sauf la classe philosophique, principal organe de l'esprit d'ensemble, aucune autre partie de la société moderne ne saurait être aussi disposée quç les prolétaires à se tenir convenablement au point de yue général. Leur supériorité est encore plus évidente quant au sentiment social, pour lequel ils dolyeut, ^d'ordinaire, l'emporter même sur les vrais philosophes, dont les tendances trop abstraites gagneront beaucoup au contact journalier d'une noble spontanéité populaire. Ainsi,, la classe prolétaire est naturellement plus propre qu'aucune autre à comprendre, et surtout à sentir, la morale réelle, quoiqu'elle fût incapable de la systématiser. Cette aptitude spontanée se manifeste principalement envers la morale sociale proprement dite, la plus érainente et la plus décisive des trois parties essentielles de la morale universelle. Enfin, outre ces dispositions naturelles de l'esprit et du cœur, les besoins collectifs propres. aU prolétariat rappellent nécessairement au secours des principales règles morales, ordinairement destinées à le protéger* Pour faire prévaloir ces règles dans la vie active, le pouvoir spirituel doit peu compter sur l'assistance des classes intermédiaires, siège naturel de la prépondérance temporelle, dont ses prescriptions

doivent surtout contenir et rectifier les abus. Les tendances ordinaires des grands et des riches vers l'égoîsme et Toppression nuisent principalement aux prolétaires. C'est donc l'adhésion de ceux-ci qu'il faut surtout invoquer à l'appui des règles morales. Ils se trouvent d'autant mieux disposés à les sanctionner par leur énergique approbation, qu'ils doivent rester étrangers au gouvernement politique proprement dit. Toute participation habituelle au pouvoir temporel tend, outre son caractère anarchique, à les détourner du principal remède que la nature de l'ordre social offre à l'ensemble des maux qui leur sont propres. La sagesse populaire appréciera bientôt TiuMÎté nécessaire des solutions immédiates que Ton prône aujourd'hui. Elle ne tardera point, à sentir combien ses légitimes réclamations se lient surtout aux moyens moraux que le positivisme présente au prolétariat, quoiqu'il l'invite aussi à abdiquer une autorité illusoire ou perturbatrice.

Cette tendance fondamentale du peuple à seconder le pouvoir spirituel dans son principal office social est tellemeht naturelle qu'elle s'est déjà manifestée, an moyen âge^ envers la spiritualité catholique. Il fout même rapporter à une semblable affinité les sympathies qu'excite encore le catholicisme, nialgré sa décadence universelle, chez les populations préservées du protestantisme. Les observateurs empiriques prennent souvent ces affections pour de vraies adhésions à des croyances qui, au fond, sont là plus éteintes qu'ailleurs. Maisjçètte illusion historique se dissipera d'après l'accueil que ces populations, mal à propos taxées d'arriérées, feront bientôt au positivisme, quand elles sentiront son apUtudis à mieux satisfaire que lé catholicisme an besoin fondamental qui préoccujpe si justement leur iiiatinct social. ' '

Page 1