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TROISIÈME PARTIE

habituelle du sentiment social, et nous préserver des aberrations que suscitent souvent ses inspirations spontanées. Sa culture directe et continue constitue, sans doute, dans la vie réelle, publique ou privée, la première source de notre moralité. Mais cette condition nécessaire ne saurait habituellement suffire pour contenir la prépondérance naturelle de Tégoïsme, si la conduite pratique n'est point tracée d'avance, en chaque cas important, d'après des règles démontrables, adoptées d'abord de confiance et ensuite par conviction.

Dans aucun art, le désir sincère et ardent de réussir ne saurait dispenser de connaitre la nature et les conditions du bien. La pratique morale et politique ne peut être affranchie d'une telle obligation, quoique les inspirations directes du sentiment y soient beaucoup plus efficaces que partout ailleurs. Trop d'exemples publics et privés ont déjà manifesté pleinement combien il peut nous égarer quand son impulsion n'est point éclairée par des principes convenables. C'est ainsi que, faute de convictions systématiques, les généreuses tendances initiales de la France républicaine envers le reste de l'Occident dégénérèrent bientôt en une violente oppresaïon, quand un chef rétrograde vint faire un appel facile à la personnalité. Les cas inverses sont encore plus communs, et d'ailleurs aussi propres à caractériser cette solidarité naturelle entre les sentiments et les principes. Une vicieuse doctrine sociale a souvent secondé la préix>ndance spontanée de Tégoîsme, en faussant la notion du bien public. L'histoire contemporaine en fournit un exemple trop décisif dans le déplorable crédit qu'obtint, en Angleterre, la théorie sophistique de Malthus sur la population. Malgré le peu d'accueil qu'elle a trouvé chez tôos les autres occidentaux, et quoique réfutée déjà par de généreux penseurs nationaux, cette immorale aberration procure encore une apparente sanction scienti-

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> fïque à la coupable anlipalliie des classes dirigeai envers toute profonde régénération britannique.

Après rélablissemenl d'une doctrine générale, la principale condilion pour constituer l'empire de l'opinim publique consiste dans l'existence d'un milieu social propre à faire habiluellemcnt prévaloir les principes fonda mentaux. Voilà ce qui manquait surtout au spiritualisme catholique, dont l'avortement était ainsi inévitable, même quand les croyances eussent élé moins fragiles. J'ai assez indiqué déjà comment le prolétarial moderne offre, au contraire, un immense point d'appui naturel à la nouvelle spiritualité. Le besoin en est aussi peu contestable que la spontanéité. Quoique la doctrine positive soit, en elle-même, beaucoup plus efficace que ne pouvaient l'être des préceptes non démontrables, il ne faut pas compter que les convictions qu'elle inspire dispensent jamais de cette énergique assistance. La raison est loin de comporter une telle autorifé directe dans notre imparfaite constitution. Même le sentiment social, malgré son efficacité 1res supérieure, ne saurait habituellement suffire pour diriger convenablement la vie active, si l'opinion publique ne venait sans cesse fortiller les bonnes tendances individuelles. Le difficile triomphe de la sociabilité sur la personnalité n'exige pas seulement l'intervention continue de véritables principes généraux, aptes à dissiper toute incertitude quant à la conduite propre à chaque cas. 11 réclame aussi la réaction permanente de tous sur chacun, soit pour comprimer les impulsions égoïstes, soit pour stimuler les affections sympathiques. Sans cette universelle coopération, le sentiment et la raison se trouveraient presque toujours insuffisants, tant notre chétive nature tend à faire prévaloir les instincts personnels. On a vu ci-dessus les prolétaires constituer spontané ment, à cet égard, la principale source de l'opl

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