TROISIÈME PARTIE
résister assez. Qu'on juge, d'après ce double genre d'épreuves, quelle suprématie doit acquérir le légitime usage d'une telle force, quand elle résultera, non d*un concours précaire et passager, mais d'une communion systématique de principes universels. C'est ainsi qu'on peut clairement reconnaître combien la régénération finale des institutions sociales dépend surtout de la réorganisation préalable des opinions et des mœurs. Une telle base spirituelle n'est pas seulement indispensable pour déterminer en quoi doit consister la reconstruction temporelle; elle seule aussi fournira la principale force qui doive en réaliser l'accomplissement. A mesure que Tunité mentale et morale se rétablira, elle présidera nécessairement à l'essor graduel du nouveau système politique. Les principales améliorations sociales peuvent donc être réalisées longtemps avant que la réorganisation spirituelle soit terminée. Au moyen âge, on voit le régime catholique modifier beaucoup la société renaissante pendant que sa propre constitution était peu avancée. Il en doit être encore plus ainsi dans notre régénération.
58, — Organisation de Vopinion publique.
Cette double destination fondamentale de l'opinion publique détermine aussitôt les conditions essentielles de son organisation normale. Un tel office moral et politique exige d'abord de véritables principes sociaux, ensuite un public qui, les ayant adoptés, en sanctionne Tapplication spéciale, et enfin un organe systématique qui, après avoir établi la doctrine universelle, en dirige l'usage journalier. Malgré son évidence naturelle, cette analyse de l'opinion publique est encore si méconnue que quelques indications directes sont ici indispensables .pour caractériser chacune des trois conditions générales/
150 DISCOURS SUR l'ensemblb
La première équivaut, au fond, à étendre jusqu'à Tari social la division fondamentale entre la théorie et la pra>tique, dont personne ne conteste plus la nécessité envers les moindres cas. C'est surtout à ce titre que la -nouvelle spiritualité sera bientôt jugée supérieure à l'ancienne.- Au moyen âge, les principes généraux de la conduile morale et politique ne pouvaient avoir qu'un caractère empirique, sanctionné seulement par la consécratioii religieuse. Toute la supériorité de ce régime sur celui de l'antiquité se bornait donc, sous ce rapport, à séparer ces règles d'avec leur application particulière, pour en faire l'objet direct d'une étude préalable,- ainsi préservée des passions journalières. Malgré l'importance d'tme telle séparation, le défaut de rationalité y laissait au simple bon sens le soin d'éclairer, en chaque cas, ràjjplication des principes, d'abord vagues et absolus d'après la nature des croyances correspondantes. Aussi ï'efBcacité de ce premier spiritualisme résulta-t-eïle surtout de son aptitude indirecte à cultiver le sentiment social, suivant le seul mode qui fût alors possible. Le spiritualisme positif se présente aujourd'hui avec un caractère beaucoup plus satisfaisant, comme fondé sur une entière systématisation, à la fois objective et subjective. Sans rien perdre de leur valeur expérimentale, les principes sociaux y acquièrent une imposante autorité théorique, et surtout une consistance inébranlable, d'après leur relation nécessaire avec l'ensemble des lois réelles de notre nature individuelle et collective. Ces lois coniGirmeronl du moins tous ceux qui n'en seront pas imniédtateineM déduits. Toujours rattachées ainsi à la sociabilité fondamentale, les règles pratiques comporteront, en chaque cas, une interprétation nette et homogène, propre k écarter les sophismes passionnés. Ces principes rationnels qui rendent notre conduite indépendante-des im» pulsions du moment, peuvent seuls assurer re£BcacitK