TROISIÈME PARTIE
taire. Quoique l'industrie moderne n'ait pu encore être systématisée, la division spontanée qui s'y est graduellement accomplie entre les entrepreneurs et les travailleurs constitue certainement le germe nécessaire de son organisation finale. Aucune grande opération ne serait possible, si chaque exécutant devait aussi être administrateur, ou si la direction était vaguement confiée à une communauté inerte et irresponsable. L'industrie moderne tend évidemment à agrandir sans cesse ses entreprises, toute extension accomplie suscitant aussitôt une expansion supérieure. Or, cette tendance naturelle, loin d'être défavorable aux prolétaires, permettra seule la systématisation réelle de la vie matérielle, quand elle sera dignement réglée par une autorité morale. Car, c'est uniquement à des chefs puissants que le pouvoir philosophique imposera de vrais devoirs habituels en faveur de leurs subordonnés. Si la prépondérance temporelle était trop peu concentrée, il n'existerait point assez de forces pour accomplir les grandes prescriptions morales, à moins d'exiger d'exorbitants sacrifices, bientôt incompatibles avec tout mouvement industriel. Tel est le vice nécessaire de toute réformation qui se borne au mode d'acquisition du pouvoir, public ou privé, au lieu d'en régler l'exercice, en quelques mains qu'il réside. On tend ainsi à annuler des forces dont le bon usage constitue notre principale ressource contre les hautes difficultés sociales.