Conciliation nécessaire entre V indépendance
et le concours.
L'ignorance des lois réelles de la sociabilité se manifeste d'abord dans la dangereuse tendance du communisme à comprimer toute individualité. Outre qu'on oublie ainsi la prépondérance naturelle de l'instinct personnel, on méconnaît l'un des deux caractères fondamentaux de l'organisme collectif, où la séparation des fonctions n'est pas moins nécessaire que leur concours. Si Ton supposait entre tous les hommes une telle solida-
rite qu'ils devinssent matériellement inséparables, comme le montrent certains cas superficiels de monstruosité binaire, toute société cesserait aussitôt. Cette hypothèse extrême aide à comprendre combien Findividualité est indispensable à notre nature sociale, afin d'y permettre la variété d'efforts simultanés qui la rend si supérieure à toute existence personnelle. Le grand problème humain consiste à concilier, autant que possible, cette libre division avec une convergence non moins urgente. Une préoccupation exclusive de cette dernière condition tendrait à détruire toute activité réelle, et même toute vraie dignité, en supprimant toute responsabilité. Malgré les consolations domestiques, le seul défaut d'indépendance rend souvent intolérables ces destinées exceptionnelles qui se consument sous le patronage forcé de la famille. Que serait-ce donc si chacun se trouvait dans une situation analogue envers une communauté indifférente? Tel est l'immense danger de toutes les utopies qui sacrifient la vraie liberté à une égalité anarchique, ou même à une fraternité exagérée. En ce sens, le positivisme ratifie essentiellement, quoique d'après un principe contraire, la critique décisive dont le communisme a été l'objet chez nos économistes, surtout dans l'estimable traité du plus avancé d'entre eux (M. Dunoyer).
67. — Dans le régime industriel, les chefs sont indispensables.
Cette utopie n'est pas moins opposée aux lois sociologiques en ce qu'elle méconnaît la constitution naturelle de l'industrie moderne, d'où elle voudrait écarter des chefs indispensables. Il n'y a pas plus d'armée sans^ officiers que sans soldats ; cette notion élémentaire convient tout autant à l'ordre industriel qu'à l'ordre mili-