TROISIÈME PARTIE
stériles, faute d'une impulsion rénovatrice, qui ne pou- .vait émaner que d'une solution systématique, quelque hasardée qu'elle dût être d'abord. Comment une telle nécessité mentale pourrait-elle être éludée envers les sujets les plus difficiles et aussi les plus passionnés ? Au reste, quand les aberrations communistes seront sagement comparées aux autres doctrines sociales qui ont obtenu, de nos jours^ un véritable ascendant, même officiel, on se senUra mieux disposé à les excuser. Sont-elles, par exemple, plus vaines et, au fond, plus dangereuses que l'empirique utopie qui, pendant toute une génération, prévalut eh France, et domine encore chez tant de docteurs, sur la terminaison de la grande révolution par l'installation du régime parlementaire propre à la transition anglaise ? D'ailleurs, nos prétendus conservateurs n'évitent réellement les aberrations communistes qu'en écartant ou éludant les questions correspondantes, qui« pourtant, deviennent de plus en plus irrésistibles. Quand ils s'efforcent de les traiter, ils tombent, à leur tour, dans les mêmes dangers, nécessairement communs à toutes les écoles qui, repoussant la division des deux pouvoirs, tendent toujours à suppléer aux mœurs par les lois. C'est ainsi que les doctrines officielles prônent aujourd'hui des institutions essentiellement communistes, les salles d'asiles, les crèches, etc. ; tandis que Tinstinct populaire les flétrit justement comme contraires au digne essor universel des affections domestiques.
69. — En tant que système^ le communisme est sans valeur, bien qu'il ait été inspiré par de nobles sentiments.
Outre son antagonisme passager avec d'autres doctrines vicieuses, le communisme n'a donc de valeur fondamentale que d'après le sentiment qui Tinspire, sans qu'on puisse jamais admettre sa solution illusoire et
subversive. Mais cette noble source morale suffira seule pour lui conserver une influence croissante, jusqu'à c^ que nos prolétaires aient reconnu que les niêmes besoins peuvent être mieux satisfaits par des moyens plus doux et plus réels. Notre régime républicain, qui d'abord semble si favorable à cette utopie, doit pourtant diminuer bientôt son importance, puisqu'il tend à consacrer directement le principe social d'où elle tire son mérite essentiel, en le dégageant des dangereuses illusions qui l'altèrent aujourd'hui. Surtout en France, où la facilité d'acquérir développe partout le goût naturel de la propriété, on doit peu redouter les ravages pratiques d'une telle aberration, dont la salutaire réaction y déterminera seulement une attention sérieuse aux justes réclamations populaires. Le danger deviendra beaucoup plus grave dans les parties de l'Occident où, l'aristocratie ayant moins déchu, les prolétaires sont à la fois moins avancés et plus opprimés , principalement en Angleterre. Même chez les populations catholiques, où la vraie fraternité a mieux résisté à Tégoïsme anarchique, les perturbations communistes ne sont finalement évitables que d'après l'ascendant plus rapide du positivisme, destiné à dissiper toutes les aberrations sociales, en faisant prévaloir la vraie solution des questions qui les suscitent.
La nature du mal indique aussitôt que le remède en doit être surtout moral, et l'instinct populaire ne tardera pas à sentir cette nécessité, fondée sur la connaissance réelle de l'humanité. En ce sens, le communisme prépare» à son insu, l'ascendant pratique du positivisme, en posant, avec une irrésistible énergie, un problème que la nouvelle philosophie peut seule résoudre sans illusion et sans perturbation.