Contrôler remploi de la richesse est plus efficace
que contester le droit du riche.
Dissipant toute discussion vaine et orageuse sur l'origine et rétendue des possessions, elle établit directement les règles morales relatives à leur destination sociale. La répartition des forces réelles, surtout temporelles, est tellement supérieure à notre intervention, que nous consumerions notre courte vie en débats stériles et interminables si notre principale sollicitude s'appliquait à rectifier, sous ce rapport, les imperfections de Tordre naturel. En quelques mains que réside un pouvoir quelconque, ce qui intéresse essentiellement le public c'est son utile exercice ; et, à cet égard, nos efforts comportent beaucoup plus d'efficacité. D'ailleurs, en réglant la destination, on réagit indirectement sur la possession qui l'affecte accessoirement.
Ces règles indispensables doivent être, quant à leur source, morales et non politiques : dans leur application, générales et non spéciales. Tous ceux qui les subiront les auront volontairement adoptées par Téducation, et leur observance habituelle conservera le mérite de la liberté, comme Aristote le sentait déjà. L'assimilation morale des propriétés privées aux fonctions publiques ne les assujettira point à des prescriptions tyranniques, qui tendraient à dégrader profondémjent le caractère humain, en détruisant la spontanéité et la responsabilité. Cette appréciation normale sera appliquée même souvent en sens inverse, pour consolider les fonctionnaires au lieu d'ébranler les propriétaires. Le vrai principe républicain consiste à faire toujours concourir au bien commun toutes les forces quelconques. Pour cela, il faut, d'une part, déterminer exactement ce qu'exige, en chaque cas, l'utilité générale, et, d'une autre part, développer partout les dispositions corres-
pondantes. Ce double office continu réclame surtout une doctrine fondamentale, une éducation convenable, un esprit public bien dirigé. Il doit donc dépendre principalement de l'autorité philosophique que le positivisme vient installer au sommet de la société moderne. A cette direction toute morale, la faiblesse humaine continuera, sans doute, d'exiger que la législation proprement dite joigne la répression matérielle des violations les plus directes et les plus dangereuses. Mais cet inévitable cornplément deviendra beaucoup plus accessoire qu'il ne le fut, au moyen âge, sous la prépondérance sociale du catholicisme. Les peines et les récompenses spirituelles prévalent davantage sur les temporelles à mesure que révolution humaine développe mieux la liaison de chacun à tous, par la triple voie naturelle du sentiment, de la raison, et de l'activité.