Positivisme et socialisme. — Points communs
et divergences.
L'ensemble des indications précédentes conduit à définir exactement la principale difiTérence pratique entre la politique des positivistes et celle des communistes ou des socialistes. Toutes les écoles rénovatrices s'accordent aujourd'hui à s'occuper surtout du peuple, pour l'incorporer dignement à la société moderne, qui, depuis la fin du moyen âge, prépare sa constitution finale. Elles coïncident aussi quant à la nature des grands besoins sociaux propres aux prolétaires, d'une part, l'éducation normale, de l'autre, le travail régulier, également dignes de systématisation. Voilà tout ce que le positivisme ofire de vraiment commun avec nos diverses doctrines progressives. Mais il se distingue profondément de toutes par sa manière de concevoir et d'accomplir cette double organisation. Il regarde la seconde systématisation comme nécessairement fondée sur la première, tandis que jusqu'ici on les suppose simultanées, ou plutôt on ^'efforce de régler le travail avant de constituer Téduca-
tion. Quoique cette différence d'ordre semble d'abord peu décisive, elle suffit pour changer radicalement le caractère et la marche de notre régénération. Car le mode qui prévaut encore revient, au fond, à tenter la réorganisation temporelle indépendamment de la spirituelle ; c'est-à-dire, à construire Tédifice social sans bases intellectuelles et morales. De là résulte, pour satisfaire aux justes exigences populaires, la préférence stérile et subversive accordée aux mesures politiques proprement dites, dont l'efficacité semble immédiate. Âa contraire, le positivisme est pareillement conduit à Mn prévaloir l'influence paisible et certaine, mais indirecte ou graduelle, du sentiment et de la raison, secondée par une sage opinion publique, sous l'impulsion systéma* tique des vrais philosophes, assistés d'une libre adhésion populaire. En un mot, la double solution du commun problème social sera toujours empirique et révolutionnaire, de manière à rester purement nationale, ou bien elle deviendra rationnelle et pacifique, avec un vrai caractère occidental, selon que l'organisation du travail précédera ou suivra celle de l'éducation.
76. — Nécessité dun nouveau système d'éducation pour résoudre les problèmes sociaux.
D'après cette conclusion, je n'aurais point assez caractérisé ici l'efficacité populaire du positivisme, si je n'indiquais pas sommairement le système d'éducation générale qui doit constituer à la fois le principal ofQce et. Iç plus puissant moyen du nouveau pouvoir spirituel pour satisfaire dignement aux vœux légitimes des prolétaires.
Le mérite social du catholicisme consisia surtout à établir, pour la première fois, autant que le comportait le moyen âge, une éducation systématique, indistinctement commune à toutes les classes, sans même excepter ceux qui étaient encore esclaves. Cet immense service