TROISIÈME PARTIE
se liait nécessairement à la fondation initiale d'un pouvoir spirituel indépendant du pouvoir temporel. Outre ses bienfaits passagers, nous lui devons un principe impérissable, la prépondérance de la morale sur la science dans toute véritable éducation. Mais cette première ébauche dut être fort incomplète, soit par l'imperfection du milieu où elle s'accomplissait, soit d'après les vices de la doctrine qui y présidait. Destinée surtout à des populations opprimées, une telle éducation devait principalement inspirer une résignation presque passive, sauf les devoirs imposés aux chefs, sans aucune vraie culture intellectuelle. Cette double tendance convenait à une doctrine qui plaçait en dehors de toute vie sociale le but essentiel de chaque existence, et qui représentait tous les phénomènes comme soumis à une volonté impéi\jétrable. Sous ces divers aspects, l'éducation catholique 17e pouvait réellement s'appliquer qu'au moyen âge, pendant que l'élite de l'humanité se dégageait peu •à peu de l'esclavage antique, d'abord en le transformant - en servage, pour parvenir ensuite à l'entière libération personnelle. Dans l'ordre ancien, elle eût été subversive ; dans Tordre moderne, elle serait servile et insuffisante. Elle ne devait diriger que la longue et difficile transition de Tune à l'autre sociabilité. Après l'émancipation individuelle, les prolétaires, développant leur activité progressive pour s'élever à leur vraie position collective, ont bientôt éprouvé des besoins intellectuels et sociaux qu'un tel mode ne pouvait aucunement satisfaire.
Voilà pourtant le seul système véritable d'éducation universelle qui ait existé jusqu'à présent ; car on ne saurait accorder ce titre à la prétendue éducation universitaire que les métaphysiciens ont fait graduellement prévaloir, dans tout l'Occident, depuis la fin du moyen âge. Elle ne fut qu'une extension de l'instruction spéciale que recevaient auparavant les prêtres, et qui se réduisait
surlout à l'étude de leur langue sacrée, plus la cultuie dialeclique nécessaire à la déTense de leurs dogmes. Mais la morale restait adhérente à la seule éducation théologique. Au fond, cette instruction métaphysique tà littéraire n'a beaucoup secondé la transition moderne que par son elficacité critique, quoiqu'elle ait aussi assisté accessoirement révolution organique, surtout esthétique. Son insuflisance et son irrationalité se sont de plus en plus manifestées, à mesure qu'elle s'est étendue aux classes nouvelles, dont la vraie destination , soit active, soit même spéculative, exigeait une tout autre préparation. Aussi ce prétendu système universel n'al-il jamais embrassé les prolétaires, même chez les populations protestantes, quoique chaque croyant y devînt une sorte de prêtre.
Par la décrépitude du mode théologique et rimgnissance du mode métaphysique, la fondation d'un vrai système d'éducation populaire ne convient donc qu'au positivisme, seul apte aujourd'hui à y concilier dignement les deux ordresde conditions également indispensahles, les unes mentales, les autres morales, toujours opposées depuis la fin du moyen âge. La prépondérance du cœur sur l'esprit y sera plus solidement constituée que sous le régime catholique, sans comprimer jamais le véritable essor spéculatif. Car la raison s'y consacrera toujours, comme dans la vie active, à systématiser le sentiment, dont la culture spontanée, coramencéedès la naissance, s'y développera constamment, par un triple exercice habituel, personnel, domestique, et social.