‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 100 sur 103 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

de sentir l'avenir. Il suffira de donner une direction comparative aux tableaux anticipés que je viens d'indiquer. Depuis le début de la transition moderne, au quatorzième siècle, l'art s'est surtout développé sous une intention critique , qui pourtant convient peu à sa nature éminemment synthétique. Son essor organique peut donc se concilier pleinement avec la lutte secondaire qu'exige encore la situation actuelle envers les opinions, et surtout les mœurs, qui nous restent du régime déchu ou de la phase transitoire. Cet ébranlement complémentaire , relatif aux plus intimes racines du passé , altérera d'autant moins la grande mission de l'art positiviste, qu'il s'accomplira sans jamais exiger une critique directe. Ni envers la théologie, ni seulement quant à la métaphysique , nous n'avons désormais besoin d'aucune discussion, même philosophique, et, à plus forte raison , poétique. Tout se réduit maintenant à une simple concurrence, le plus souvent implicite, entre les modes opposés suivant lesquels le catholicisme et le positivisme correspondent aux mêmes besoins moraux et sociaux. Or cet office accessoire. dont les bases scientifiques sont déjà posées , est surtout du ressort de l'art, puisqu'il doit s'adresser davantage au sentiment qu'à la raison. J'en ai indiqué le cas le plus caractéristique, à la fin de la quatrième partie , pour la noble coopération que je réservais à ma sainte collègue envers l'initiation positiviste de nos deux populations méridionales , principalement dévolue à l'intervention esthétique des femmes.

Dans cette troisième fonction sociale, la nouvelle poésie rattachera directement sa mission actuelle à son office final , en idéalisant le passé, comme ci-dessus l'avenir. Car, l'avénement du positivisme exige , à tous égards , une scrupuleuse justice envers le catholicisme. Loin d'atténuer le mérite moral et politique du régime propre au moyen âge, la poésie, guidée par la philosophie, devra d'abord le glorifier dignement, afin

de mieux caractériser la supériorité nécessaire de l'ordre final. Elle préludera ainsi à son devoir normal de ranimer le passé , dont la liaison naturelle avec l'avenir doit devenir profondément familière, dans l'intérêt simultané de la raison systématique et du sentiment social.

Quoique prochain, ce triple office, par lequel l'art positiviste inaugurera son incorporation à l'ordre final, ne saurait être immédiat, puisqu'il exige une préparation philosophique qui n'est point encore assez accomplie, ni chez le public occidental , ni par ses organes esthétiques. La génération pacifique qui vient de commencer, en France, la seconde partie de la grande révolution, peut faire hbrement prévaloir le positivisme, non-seulement parmi les vrais penseurs, mais aussi dans le peuple parisien chargé des communes destinées de l'Occident , et même auprès des femmes les mieux disposées. Élevée sous cette impulsion, la génération suivante pourra donc, avant la fin du siècle ouvert par la Convention, compléter spontanément cette inauguration mentale et morale en manifestant le nouveau caractère esthétique de l'humanité ré~ générée.

L'ensemble de cette cinquième et dernière partie représente directement la philosophie positive comme plus favorable qu'aucune autre à l'essor continu de tous les beaux-arts. Une doctrine qui appelle l'humanité au perfectionnement universel devait s'incorporer profondément les spéculations les plus propres à développer notre instinct de la perfection. Elle ne les subordonne à l'étude systématique de la réalité, que pour fournir à l'idéalité une base objective, indispensable à sa consistance et à sa dignité. Mais, ainsi constituées, les fonctions esthétiques conviennent mieux que les fonctions scientifiques, soit à la nature et à la portée de notre intelligence, soit surtout

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