‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 99 sur 103 · CINQUIEME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIEME PARTIE

impulsion rénovatrice , nous avons déjà reconnu que chacun doit y concourir en exerçant aujourd'hui, à un degré plus prononcé , quoique dans un mode moins régulier , l'ofiBce essentiel que lui assigne l'organisation définitive. Or , si cette marche , naturelle aux philosophes qui prennent l'initiative systématique de la reconstruction , convient aussi aux prolétaires qui la consolideront , et môme aux femmes qui la sanctionneront . elle doit également s'étendre au complément esthétique de cette triple fonction organique. Un examen direct rend incontestable cette similitude nécessaire.

La principale fonction de l'art consiste toujours à construire les types dont la science lui fournit les bases. Or celte opéra» tion est surtout indispensable à l'inauguration du nouveau régime. Quand la philosophie en aura assez élaboré les diverses conceptions essentielles, elles resteront encore trop indéterminées pour suffire à leur destination pratique. Gar l'étude systématique du passé ne peut nous fournir directement que le caractère général de l'avenir. Même envers les moindres phénomènes, la détermination scientifique ne saurait devenir complète sans dépasser les limites propres à la vraie démonstration. Dans les recherches sociologiques , ses résultats doivent donc rester davantage au-dessous du degré de plénitude , de netteté , et de précision qu'exigent des notions destinées à la plus familière universalité. C'est alors à la poésie qu'il convient de combler les inévitables lacunes de la philosophie pour inspirer la politique. Au début du polythéisme , elle remplit déjà cet office naturel envers les créations imparfaites de la théologie systématique. II lui appartient encore plus de compléter une appréciation objective où Timagination participe moins. Dans la conclusion générale de ce discours , je vais indiquer davantage cette indispensable fonction poétique au sujet de la conception centrale du positivisme. Le lecteur

pourra dès lors étendre la même explication à tous les autres cas principaux.

Pour accomplir ce grand office, l'art positiviste se trouvera naturellement conduit à nous offrir des tableaux anticipés de la régénération humaine , appréciée sous tous les aspects susceptibles d'idéalisation. Ce sera sa seconde coopération générale à l'impulsion rénovatrice, en développant sa participation initiale. Au fond, ce nouvel office se réduit à régulariser les utopies, en y subordonnant toujours l'idéalité à la réalité , comme en toute autre composition poétique. La liberté spéculative que semble leur procurer l'anarchie actuelle finit par restreindre beaucoup leur essor effectif, d'après les craintes de divagation qu'elle inspire même aux plus rêveurs, dont l'esprit ne saurait devenir insensible aux besoins communs d'harmonie mentale. Mais, quand le domaine de l'imagination se borne à développer et vivifier celui de la raison, les plus austères penseurs subissent volontiers un charme qui , loin d'altérer la réahté, ne fait que mieux ressortir son principal caractère, trop peu /déterminé par la science. Ainsi , en assignant aux utopies leur vraie destination , le positivisme stimulera beaucoup ce genre moderne de compositions poétiques, qui, sous l'inspiration sociologique, peut tant concourir à pousser l'ensemble du peuple occidental vers l'état normal de l'humanité. Les cinq modes esthétiques participeront tous à cette salutaire impulsion, en nous faisant d'avance apprécier, d'après l'idéalisation propre à chacun d'eux , les charmes et la grandeur de la nouvelle existence, personnelle, domestique, et sociale.

Cette seconde assistance générale de l'art dans la grande reconstruction en suscitera naturellement, une troisième , dont le besoin n'est pas moindre aujourd'hui , pour achever de détacher les occidentaux des vains débris du passé qui empêchent

Page 1