‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 15 sur 103 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

rement remplacer cet instinct social , ni pour la soudaineté et rétendue des inspirations, ni pour la hardiesse et la persistance des résolutions. A la vérité , ces affections bienveillantes doivent être le plus souvent moins énergiques, en elles-mêmes, que les affections égoïstes : mais elles possèdent nécessairement cette admirable propriété que l'existence sociale permet et provoque leur essor presque illimité, tandis qu'elle comprime sans cesse leurs antagonistes; aussi est-ce surtout d'après la tendance croissante des premières à prévaloir sur les secondes qu'on doit mesurer le principal progrès de l'humanité. Leur ascendant spontané peut être beaucoup secondé par l'intelligence , quand elle s'applique à consolider la sociabilité en appréciant mieux les vrais rapports naturels, et à la développer en éclairant son exercice à l'aide des indications du passé sur l'avenir. C'est dans ce noble service que la nouvelle philosophie fait consister la principale destination de l'esprit , auquel ainsi elle fournit à la fois une incomparable consécration et un champ inépuisable , bien plus propres à le satisfaire profondément que ses vains triomphes académiques et ses puériles investigations actuelles. Au fond , les superbes aspirations de l'intelligence à la domination universelle, depuis que la grande unité théologique s'est irrévocablement rompue, n'ont jamais pu comporter aucune réalisation, et n'étaient susceptibles que d'une efficacité insurrectionnelle contre un régime devenu rétrograde. L'esprit n'est pas destiné à régner, mais à servir : quand il croit dominer, il rentre au service de la personnalité , au lieu de seconder la sociabihté, sans qu'il puisse nullement se dispenser d'assister une passion quelconque. En effet, le commandement réel exige, pardessus tout, de la force , et la raison n'a jamais que de la lumière; il faut que l'impulsion lui vienne d'ailleurs. Les utopies métaphysiques, trop accueillies chez les savants modernes, sur la prétendue perfection d'une vie purement contemplative , ne

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constituent que d'orgueilleuses illusions, quand elles ne couvrent pas de coupables artifices. Quelque réelle que soit, sans doute , la satisfaction attachée à la seule découverte de la vérité, elle n'a jamais assez d'intensité pour diriger la conduite habituelle; l'impulsion d'une passion quelconque est même indispensable à notre chétive intelligence pour déterminer et soutenir presque tous ses efforts. Si cette inspiration émane d'une affection bienveillante, on la remarque comme étant à la fois plus rare et plus estimable ; sa vulgarité empêche, au contraire , de la distinguer quand elle est due aux motifs personnels de gloire , d'ambition , ou de cupidité : telle est , au fond, la seule différence ordinaire. Lors môme que l'impulsion mentale résulterait , en effet, d'une sorte de passion exceptionnelle pour la pure vérité, sans aucun mélange d'orgueil ou de vanité , cet exercice idéal, dégagé de toute destination sociale, ne cesserait pas d'être profondément égoïste. J'aurai bientôt lieu d'indiquer comment le positivisme, encore plus sévère que le catholicisme, imprime nécessairement une énergique flétrissure sur un tel type métaphysique ou scientifique , dans lequel le vrai point de vue philosophique fait hautement reconnaître un coupable abus des facilités que la civilisation procure , pour une toute autre fin , à l'existence contemplative.

C'est ainsi que le principe positif, spontanément émané de la vie active , et successivement étendu à toutes les parties essentielles du domaine spéculatif, se trouve, dans sa pleine maturité, inévitablement conduit, par une suite naturelle de sa réalité caractéristique , à embrasser aussi l'ensemble de la vie affective, où il place aussitôt l'unique centre de sa systématisation finale. Le positivisme érige donc désormais en dogme fondamental , à la fois philosophique et politique , la prépondérance continue du cœur sur l'esprit.

Sans doute, cette indispensable subordination, seule base

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