‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 19 sur 103 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

malgré les superficielles récriminations de tant d'orgueilleuses intelligences. Si , par exemple , on suppose l'homme soustrait à la nécessité de résider sur la terre , et libre de changer à volonté son séjour planétaire , toute notion de société se trouve aussitôt détruite par les tendances vagabondes et inconciliables auxquelles se livreraient ainsi les diverses individualités. L'irrésolution et l'inconséquence , inhérentes à la multiplicité et à la médiocrité de nos penchants , ne nous permettent une conduite suivie et unanime qu'en vertu de ces insurmontables exigences , sans lesquelles notre chétive raison , malgré ses vains murmures , ne parviendrait jamais à terminer ses confuses délibérations. Impropres à rien créer, nous ne savons que modifier à notre avantage un ordre essentiellement supérieur à notre influence. En supposant possible l'indépendance absolue , tant rêvée par l'orgueil métaphysique , on sent bientôt que, loin d améliorer notre destinée , elle empêcherait tout essor réel de notre existence , même privée. Le principal artifice du perfectionnement humain consiste, au contraire, à diminuer l'indécision , l'inconséquence, et la divergence de nos desseins quelconques , en rattachant à des motifs extérieurs celles de nos habitudes intellectuelles , morales , et pratiques qui émanèrent d'abord de sources purement intérieures. Car tous les liens mutuels de nos diverses tendances sont incapables d'en assurer la fixité , jusqu'à ce qu'ils trouvent au dehors un point d'appui inaccessible à nos variations spontanées.

Mais, quelle que soit déjà l'heureuse efficacité du dogme positiviste, môme en ce que l'ordre naturel nous offre d'immuable, nous devons surtout considérer les modifications artificielles dont cette économie fondamentale est à tant d'égards susceptible, puisqu'elles fournissent la principale destination de toute notre sagesse. Les plus simples de tous les phénomènes, ceux de notre existence planétaire, sont, en effet , les seuls que nous ne

puissions aucunement modifier. Quoique , depuis que nous en connaissons les lois , nous y puissions aisément concevoir diverses améliorations, notre puissance physique, à quelque extension qu'elle parvienne Jamais, restera toujours incapable d'y rien changer. C'est à nous, au contraire, à disposer notre existence pour subir le mieux possible ces irrésistibles conditions générales, dont la simplicité supérieure nous permet des prévisions plus précises et plus lointaines. Leur appréciation positive, de laquelle a surtout dépendu la longue évolution préparatoire de notre intelligence, nous fournira toujours la source la plus nette et la plus décisive du vrai sentiment de l'immuabilité. Si leur étude trop exclusive tend encore à nous pousser au fatalisme, cette influence , désormais réglée par une éducation plus philosophique, peut aisément concourir à notre propre amélioration morale , en nous disposant mieux à une sage résignation envers tous les maux vraiment insurmontables.

Dans tout le reste de l'ordre extérieur, son invariabilité fondamentale se concilie toujours avec des modifications secondaires qui deviennent plus profondes et plus multipliées à mesure que la complication croissante des phénomènes permet à notre faible intervention de mieux altérer des résultats dus au concours d'influences plus diverses et plus accessibles, comme Va tant expliqué mon Système de philosophie positive. Suivant l'esprit de ce même ouvrage, notre intervention acquiert ainsi d'autant plus d'efficacité que les lois naturelles se rapportent davantage à noire propre existence, soit individuelle, soit collective. Envers celle-ci surtout, les modifications comportent une telle extension qu'elles contribuent beaucoup à maintenir encore l'erreur vulgaire qui représente ces phénomènes comme affranchis de toute règle immuable.

Pour compléter une telle appréciation générale du dogme positiviste, il importe d'ajouter que cette aptitude croissante

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