PREMIÈRE PARTIE
de l'ordre extérieur à subir l'intervention humaine se combine nécessairement avec son imperfection plus grande, dont elle constitue ainsi une sorte de compensation spontanée, très-précieuse quoique fort insuffisante ; car ces deux caractères résultent également de la complication graduelle de l'économie naturelle. Le régime astronomique est lui-même très-imparfait malgré sa simplicité supérieure , qui d'ailleurs nous rend plus irrécusables ses divers inconvénients, dont la sommaire considération mérite une attention sérieuse. Quoique nous ne puissions y apporter aucun remède, cette vue nous préserve d'une stupide admiration , et peut utilement concourir à fixer l'attitude définitive de l'humanité en présence des difficultés de tous genres qui caractérisent sa vraie destinée. Surtout elle tend à écarter radicalement la vaine recherche du bien absolu, qui entrave tant la sage poursuite des améUorations réelles.
Envers tous les autres phénomènes, l'imperfection croissante de l'économie naturelle détermine sans cesse une active stimulation de toute notre existence positive, aussi bien morale et mentale que purement pratique, en nous appelant toujours à soulager des maux que nous pouvons en effet adoucir beaucoup par le judicieux concours de nos efforts continus. C'est surtout ainsi que l'humanité peut développer un caractère de fermeté et de dignité toujours étranger à sa longue enfance théologique. Pour quiconque s'élève aujourd'hui au vrai point de vue de l'avenir social, la conception de l'homme devenu, sans scrupule et sans jactance, l'unique arbitre, entre certaines limites, de l'ensemble de sa destinée, constitue assurément une notion beaucoup plus satisfaisante, à tous égards, que l'antique fiction providentielle qui nous supposait toujours passifs. Une telle appréciation habituelle tend directement à fortifier le lien social, où chacun est ainsi conduit à voir sa principale ressource privée contre les misères générales de la condition humaine. En
excitant nos meilleurs sentiments, elle nous fait aussi mieux saisir l'importance delà principale culture intellectuelle, dirigée par là vers sa véritable destination. Quoique cette heureuse influence ait toujours augmenté chez les modernes, elle a été jusqu'ici trop restreinte et trop empirique pour qu'on puisse s'en former une juste idée, autrement qu'en anticipant sur l'avenir humain , d'après une saine théorie historique. Car, notre art systématique ne comprend point encore cotte partie de l'économie fondamentale qui, étant à la fois la plus modifiable et la plus imparfaite comme la plus importante, doit constituer à tous égards le principal objet de notre sollicitude permanente. L'art médical proprement dit commence à peine à sortir de sa routine initiale -, et l'art social, soit moral, soit politique , y demeure tellement plongé, que la plupart des hommes d'état contestent même la possibilité de l'en dégager jamais, quoiqu'il comporte plus qu'aucun autre une systématisation réelle, qui permettra seule de rationaliser tout le reste de notre existence pratique, comme je l'expliquerai ailleurs. Mais ces vues bornées ne tiennent aujourd'hui qu'au sentiment trop incomplet de la réalité des lois naturelles envers les plus éminents phénomènes. Quand l'ordre fondamental est dignement reconnu dans son véritable ensemble, la conception habituelle de l'art devient nécessairement aussi étendue et aussi homogène que celle de la science; aucun bon esprit ne peut alors contester que notre existence sociale constitue désormais le principal domaine de tous deux.
. Le service général de l'inteHigence envers la sociabilité ne se borne donc pas à lui faire connaître l'économie naturelle dont elle doit accepter l'inévitable empire. Pour que cette détermination théorique puisse guider notre activité, il y faut joindre l'exacte appréciation dos diverses limites de variation propres à cet ordre extérieur, et aussi celle de ses principales imperfec-