‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 37 sur 103 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

protestantisme. Les observateurs empiriques prennent souvent ces affections pour de vraies adhésions à des croyances qui , au fond, sont là plus éteintes qu'ailleurs. Mais cette illusion historique se dissipera d'après l'accueil que ces populations , mal à propos taxées d'arriérées, feront bientôt au positivisme, quand elles sentiront son aptitude à mieux satisfaire que le catholicisme au besoin fondamental qui préoccupe si justement leur instinct social.

Quoi qu'il en soit, cette affinité spontanée du prolétariat envers le pouvoir spirituel ne pouvait, au moyen âge, se développer beaucoup, puisque l'élément populaire se dégageait à peine des restes du servage quand le catholicisme obtenait son principal ascendant. La saine théorie historique représente même ce défaut d'appui comme l'une des sources spéciales de l'inévitable avortement de la noble tentative catholique. Cette spiritualité prématurée était déjà dissoute essentiellement, par la désuétude nécessaire des croyances correspondantes, et aussi d'après le caractère rétrograde de l'autorité théologique, quand le prolétariat eut acquis assez d'importance sociale pour lui fournir un soutien décisif, si elle avait pu le mériter. L'ensemble de l'évolution moderne réservait donc au positivisme la réalisation totale d'une telle combinaison , d'après l'alliance fondamentale qu'il va organiser entre les philosophes et les prolétaires, également préparés à cette coalition finale par la transition positive et négative accomphe pendant les cincj derniers siècles.

Directement appréciée , cette association régénératrice est surtout destinée à constituer enfin l'empire de l'opinion publique, que tous les pressentiments , instinctifs ou systématiques , s'accordent, depuis la fin du moyen âge, à concevoir comme le principal caractère du régime final de l'humanité.

Ce salutaire ascendant doit devenir le principal appui de k

morale, non-seulement sociale, mais aussi privée, et même personnelle, parmi des populations où chacun sera de plus en plus poussé à vivre au grand jour, de manière à permettre au public le contrôle efficace de toute existence quelconque. La chute irrévocable des illusions théologiques rend cette force spécialement indispensable, pour compenser, chez la plupart des hommes , l'insuffisance de la moralité naturelle , même sagement cultivée. Après l'incomparable satisfaction directement inhérente à l'exercice continu du sentiment social , l'approbation commune constituera la meilleure récompense de la bonne conduite. Vivre dignement dans la mémoire des autres , fut toujours le vœu principal de chacun , même sous le régime théologique. Dans l'état positif, cette noble ambition acquiert encore plus d'importance, comme seule satisfaction que comporte désormais notre intime besoin d'éterniser l'existence. En même temps que plus nécessaire au nouveau régime moral , la force de l'opinion publique s'y développe davantage. La réalité caractéristique d'une doctrine toujours conforme à l'ensemble des faits y assure mieux l'autorité des règles et l'efficacité de leur application , que ne peuvent plus éluder les subterfuges suggérés par la nature vague et absolue des prescriptions théologiques ou métaphysiques. D'un autre côté, l'invocation directe et continue de la sociabilité , comme principe unique de la morale positive, y provoque aussitôt 1 intervention permanente de l'opinion publique, seul juge naturel de toute conduite ainsi destinée au bien commun. Le but nécessairement personnel de chaque existence, d'après la doctrine théologicométaphysique, ne pouvait autant comporter un tel appel.

Appréciée ensuite dans l'ordre politique proprement dit , il est superflu de prouver que la force de l'opinion publique doit en devenir le principal régulateur. Sa prépondérance s'y réalise déjà, malgré notre anarchie mentale, toutes les fois qu'une

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