TROISIÈME PARTIE
ainsi que , posant enfin le problème fondamental de la vie humaine, le positivisme fait seul ressortir, de la nature même du grand organisme, les diverses bases essentielles d'une solution réelle.
Rien ne peut désormais empêcher nos prolétaires , soit isolés, soit surtout réunis , déjuger librement l'application journalière, et même les principes généraux, d'un régime social qui les affecte nécessairement plus qu'aucune autre classe. Le mémorable empressement de notre population à former partout des clubs, sans aucune excitation spéciale, et malgré l'absence de tout véritable enthousiasme, prouve aujourd'hui combien était contraire à nos mœurs la compression matérielle qu'éprouvaient auparavant ces dispositions spontanées. Au lieu de décroître, ces tendances ne pourront que s'enraciner et se développer de plus en plus , parce qu'elles sont pleinement conformes aux habitudes, aux sentiments, et aux besoins des prolétaires qui forment la principale base de telles réunions. Une véritable doctrine sociale doit les consolider beaucoup , en leur donnant un caractère plus régulier et un but plus important. Loin d'être aucunement anarchiques, elles constituent, au fond , une faible ébauche spontanée des mœurs finales de l'humanité régénérée. En se réunissant ainsi , on entretient le sentiment social par une heureuse excitation journalière. L'opinion publique s'élabore d'une manière à la fois plus rapide et plus complète , du moins après une suffisante préparation individuelle. Personne aujourd'hui ne soupçonne la grande et heureuse influence qu'acquierront ces tendances spontanées, quand une doctrine vraiment universelle les aura dignement systématisées. Elles fourniront alors le principal point d'appui de la réorganisation spirituelle, ainsi assurée d'une active adhésion populaire, d'autant plus décisive qu'elle sera toujours libre et pacifique. Les craintes d'agitation matérielle que réveillent aujourd'hui ces réunions ne
ik'à DIS COURS SUR l'ensemble DU POSITIVISME.
sont dues qu'à une empirique appréciation de notre passé révolutionnaire. Au lieu de propager le goût et de développer l'exercice de ce qu'on nomme les droits politiques, nos clubs tendront bientôt à détourner profondément d'une vaine intervention temporelle, en appelant nos prolétaires à leur principal office social, comme auxiliaires essentiels du nouveau pouvoir spirituel. Par cette noble perspective normale , le positivisme leur offrira un attrait bien supérieur à celui que comportent maintenant les illusions métaphysiques. Au fond , le club est surtout destiné à remplacer l'église; ou plutôt, à se transformer en un temple nouveau, sous l'impulsion graduelle de la doctrine régénératrice , qui peu à peu y fera prévaloir le culte final de l'Humanité , comme je l'indiquerai spécialement à la fin de ce discours. En permettant le libre essor de toutes les tendances progressives , notre situation républicaine ne tardera pas à manifester la disposition spontanée de notre population à donner désormais cette nouvelle issue aux diverses émotions sociales dont le catholicisme fut longtemps le seul régulateur.
Pour achever d'indiquer la vraie théorie de l'opinion publique, il ne reste plus à caractériser ici que la nécessité , trop méconnue aujourd'hui , qui, entre une doctrine et son public, exige un organe philosophique, sans lequel leur relation avorterait presque toujours. D'abord , cette dernière condition est encore plus inévitable que la seconde ; et , en fait , elle n'a jamais manqué. Car, toute doctrine suppose des fondateurs primitifs , et môme des docteurs habituels. Il y aurait une évidente contradiction à concevoir des principes moraux et politiques comme investis d'un haut ascendant social , tandis que ceux qui les posent ou les enseignent seraient dépourvus de toute autorité spirituelle. La métaphysique négative, d'abord protestante , puis déiste , a bien pu faire temporairement prévaloir une telle incohérenee , quand la raison publique se