‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 54 sur 103 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

puient , depuis Robespierre , tous les rétrogrades, démagogiques ou monarchiques A ceux qui conçoivent sincèrement noire vie sociale comme un exil passager , auquel chacun doit participer le moins possible, l'énergique sagesse du peuple répondra bientôt en les invitant, d'après leur propre principe, à abdiquer toute administration d'une économie étrangère à leur unique but.

L'émancipation métaphysique de nos prolétaires est moins avancée, et pourtant aussi indispensable, que leur affranchissement théologique. Chez les populations préservées du protestantisme, les subtiles divagations qui aujourd'hui eitravent tant l'esprit germanique ont , sans doute , obtenu peu de crédit. Mais le peuple conserve partout , même à Paris, un vicieux préjugé en faveur de l'instruction correspondante, quoiqu'il en soit heureusement dépourvu. Il importe beaucoup de rectifier maintenant cette dernière illusion de nos prolétaires , qui seule gêne désormais leur essor social. Elle repose d'abord sur une confusion trop fréquente entre l'instruction et l'intelligence, d'où la modestie populaire conclut que les hommes instruits sont seuls aptes à gouverner. Or, celte méprise, quoique très-excusable, conduit souvent à choisir des guides incapables. Une meilleure appréciation de notre société apprendra au peuple que, malgré l'orgueil de nos lettrés et même de nos savants, c'est hors de leur sein que se trouvent aujourd'hui la plupart des esprits vraiment puissants, parmi ces praticiens si dédaignés, et quelquefois chez les plus illettrés prolétaires. On jugeait mieux au moyen âge, où, l'éducation l'emportant sur l'instruction, on savait admirer et utiliser la profonde sagesse réelle de chevaliers fort ignorants. La rectitude, la sagacité, et même la cohérence, sont, en général, des qualités très-indépendantes de toute instruction, et leur culture ré>ulte jusqu'ici beaucoup plus do la vie pratique que de Tapprcnlissage

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théorique. Quant à l'esprit d'ensemble , principale base de toute aptitude politique, on peut garantir aujourd'hui qu'il manque surtout aux classes lettrées. Cette remarque conduit à apprécier, en second lieu, la principale source du grave préjugé que je reproche à nos prolétaires les plus émancipés. Il tient surtout, en effet, à leur confusion vicieuse entre toutes les sortes d'instructions. La déplorable confiance politique qu'ils accordent encore aux littérateurs et aux avocats montre que le prestige pédantocratique survit chez eux aux prestiges religieux et monarchiques. Mais le cours naturel de notre existence républicaine ne tardera point à le dissiper aussi, d'accord avec l'influence systématique de la saine philosophie. L'instinct populaire sentira bientôt que l'exercice continu des talents d'expression , écrite ou orale , loin de constituer une garantie réelle d'aptitude à la conception, tend, au contraire, à nous rendre incapables de toute appréciation nette et décisive. Reposant sur une instruction dépourvue de tous véritables principes, il suppose ou entraîne presque toujours l'absence totale de convictions fixes. Habiles à formuler les pensées d'autrui , la plupart des esprits ainsi cultivés deviennent finalement incapables de discerner le vrai du faux , envers les moindres sujets, même quand leur propre intérêt l'exige. Le peuple doit donc renoncer aujourd'hui à l'aveugle vénération qui l'entraîne trop souvent à leur confier ses destinées sociales. Ce sentiment hiérarchique est sans doute indispensable au bon ordre ; mais il a besoin d'être mieux dirigé.

Ainsi conduits à examiner quelle doit être leur propre préparation mentale, et dès lors celle de leurs vrais organes, les prolétaires sentiront qu'elle consiste surtout à systématiser, par de saines études scientifiques, leur culture spontanée de l'esprit positif. Leurs travaux journaliers provoquent l'essor rudimcntaire de la véritable méthode philosophique, et di-

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