‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 56 sur 103 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

essentiellement morale des solutions correspondantes. Au fond, cela revient à prendre pour base normale de l'organisation moderne la séparation systématique des deux puissances élémentaires. Ce principe est tellement conforme aux vrais besoins populaires, que bientôt le peuple en exigera l'admission de tous ses guides intellectuels. Pour mieux l'assurer, ils les obligera, sans doute , à abdiquer formellement toute prétention personnelle au pouvoir temporel , soit central , soit même local. Ainsi voués irrévocablement au sacerdoce de l'Humanité, les vrais philosophes inspireront plus de confiance à leurs alliés prolétaires, et aussi aux classes dirigeantes. Dispensée de l'application immédiate , la théorie sociale pourra prendre un libre essor, qui, loin d'être perturbateur, préparera dignement l'avenir normal, sans négliger la transition présente. En même temps, dégagée de vaines prétentions doctorales, la pratique ne conservera plus aucune affinité rétrograde avec des doctrines épuisées, et s'adaptera graduellement aux indications rénovatrices de l'esprit public , tout en accomplissant avec énergie son indispensable office matériel.

Pour mieux convenir à leur destination, actuelle et finale, les mœurs populaires doivent seulement développer davantage leur caractère spontané. Cela exige surtout que l'instinct prolétaire se purifie de toute vaine ambition de grandeur ou de richesse personnelles. L'empirisme métaphysique réduirait volontiers la grande révolution à élargir au peuple l'accès habituel du pouvoir, politique ou civil , au delà des anciennes limites. Mais cette faculté, quoique indispensable à l'ordre final, est loin de satisfaire aux vraies conditions populaires, puisqu'elle ne comporte que des améliorations individuelles, qui ne changent pas le sort de la masse sociale, ou plutôt qui tendent souvent à l'empirer, par la désertion des membres les plus énergiques. La Convention seule a su comprendre dignement une telle in-

fluence. Elle seule sut honorer les prolétaires en tant que tels, dans leur office spécial, et dans leur participation générale à la vie publique , principale compensation de leur condition matérielle. Tous les chefs , rétrogrades ou stationnaires , qui lui ont succédé, ont tenté, au contraire, de les détourner du but social , en leur facilitant l'accès individuel des positions supérieures. L'aveugle routine des classes moyennes les a involontairement associées à cette politique corruptrice, en leur faisant prôner l'universelle imitation des habitudes d'épargne qui ne conviennent qu'à elles. Ces habitudes sont indispensables pour accumuler et administrer les capitaux ; elles doivent donc prévaloir dans la partie intermédiaire de l'organisme final. Mais elles seraient déplacées, et même funestes, partout ailleurs , là où l'existence matérielle dépend surtout d'un salaire quelconque. Les philosophes et les prolétaires doivent également repousser des mœurs qui tendent à dégrader leur caractère moral , sans améliorer ordinairement leur situation physique. Chez les uns et les autres , l'absence de toute grave responsabilité pratique, et le libre essor, tant public que privé, de la vie spéculative et affective , constituent les principales conditions du vrai bonheur. Malgré les prédications de nos économistes sur l'efficacité sociale des caisses d'épargne , la saine philosophie justifiera pleinement les répugnances décisives de l'instinct populaire, qui y voit surtout une source continue de corruption morale, par la compression habituelle des sentiments généreux. Les empiriques déclamations contre les cabarets ne les empêcheront jamais d'être les seuls salons du peuple , qui va y cultiver une sociabilité beaucoup plusrecommandable que l'égoïste fréquentation des lieux de dépôt. Quant aux vrais dangers personnels de cette sage imprévoyance , la civilisation les diminue toujours, sans ôter au prolétaire le caractère qui constitue à la fois son principal mérite et sa plus précieuse conso-

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