‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 79 sur 103 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

sponlanée pour le positivisme , d'après les diverses indications précédentes.

Tous ces obstacles se trouvaient pleinement écartés par la noble et tendre amie à laquelle j'ai dédié îc grand Traité dont «e discours est le prélude. Quoique celte dédicace exceptionnelle puisse sembler exagérée, je crains aujourd'hui, vingt mois après ce funèbre hommage^ d"y avoir trop peu caractérisé l'intime reconnaissance dont je me sens redevable à ce vertueux ascendant, sans lequel l'essor moral du positivisme eût été trèsretardé.

Également éminente d'esprit et de cœur, Clotilde de V*"* sentait déjà l'aptitude de la nouvelle philosophie à réorganiser dignement l'influence féminine, tant altérée, depuis la fin du moyen âge, par la transition révolutionnaire. Partout mécon nue, surtout dans sa propre famille, sa grande âme l'avait pourtant préservée de toute aigreur. Malgré des malheurs aussi étranges qu'immérités, sa pureté, encore plus exceptionnelle, la garantissait assez de tous les sophismes anti domestiques, avant même que sa raison eût apprécié la vraie théorie conjugale. La seule composition qu'elle ait publiée contient, à cet égard, celte admirable maxime, que sa destinée rend si touchante : c(ll est indigne des grands cœurs de répandre le trouble )) qu'ils ressentent. » Dans cette charmante nouvelle, qui précéda son initiation au positivisme, on trouve, sur la vraie vocation delà femme, cette opinion caractéristique, si décisive chez un tel juge : a Le véritable rôle de la femme n'est-il pas de don- » nerà l'homme les soins et les douceurs du foyer domestique, » et de recevoir de lui , en échange, tous les moyens d'exis- » tence que procure le travail. J'aime mieux voir une mère do » famille peu fortunée laver le linge de ses enfants, que de la » voir consumer sa vie pour répandre au dehors les produits de » son intelligence. J'excepte, bien entendu, la femme éminente

» que son génie pousse hors des sphères de la famille. Celle-là » doit trouver dans la société son libre essor, car la manifesta- » tion est le véritable flambeau des intelligences supérieures. » Une telle appréciation , émanée d'une jeune dame , aussi distinguée par sa beauté que par son mérite , réfutait déjà nos utopies anarchiques. Mais , en outre , la composition plus étendue que sa mort a laissée incomplète était directement destinée à réparer les atteintes portées aux dogmes domestiques par une éloquente contemporaine , au-dessus de laquelle le talent relevait autant que la vertu. Noblement dominée par le sentiment , cette âme privilégiée savait pourtant conserver à la raison toute sa juste influence. Au début de ses études positivistes , elle m'écrivait : « J'ai compris mieux que personne la » faiblesse de notre nature , quand elle n'est pas dirigée vers un y) but élevé et inaccessible aux passions. » Peu de temps après , au milieu des plus gracieux épanchements de Tamitié , sa plume féminine introduisait , presqu'à son insu , cette profonde sentence morale : ail faut à notre espèce, plus qu'aux autres, des » devoirs pour faire des sentiments. »

D'après cette préparation spontanée , on sera peu surpris que ma sainte Clotilde ait dignement senti l'aptitude morale du positivisme , quoique cette étude n'ait pu occuper que sa dernière année. Quelques mois avant sa mort , elle m'écrivait , à ce sujet : « Si j'étais un homme , vous auriez en moi un disciple » enthousiaste ; je vous offre , en indemnité , une sincère ady> miratrice. » Cette même lettre caractérise ainsi sa participation projetée à l'installation morale de la nouvelle philosophie : a Une femme doit marcher modestement derrière le convoi des » novateurs, dût-elle y perdre un peu de son élan. » Elle y apprécie aussi notre anarchie mentale par cette charmante image : « Nous avons tous encore un pied en l'air sur le seuil ^ de la vérité. »

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